‹ La Corse et son avenirChapitre 31 sur 256 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

qui mit au monde, deux années après, Napoléon, dont Paoli fut le parrain.

Mais revenons à l’histoire de Paoli, et disons qu’à l’époque dont nous parlons, le grand Frédéric , touché des prodiges de sa valeur, lui envoya une épée d’honneur où étaient inscrits ces mots : Patria, libertas.

L’univers enfin avait fixé les yeux sur ce berceau d’hommes gigantesques par leur génie et leurs prodigieux triomphes. Tandis que la réputation du général corse resplendissait de la gloire la plus pure et la mieux méritée, Gènes était partout vaincue, expulsée de tous lieux et menacée même dans ses propres murs ; c’est pourquoi elle dut recourir à la cour de Versailles pour obtenir aide et assistance. Ses démarches furent infructueuses ; les humiliations résultant des mille défaites qu’elle venait de subir coup sur coup lui confirmèrent de plus en plus que désormais il y avait pour elle impossibilité matérielle de reprendre par les armes la souveraineté d’une contrée qu’elle n’avait pu défendre ni conserver. Gênes donc, répondant aux exigences du mauvais sort, offrit la Corse à la France, qui l'accepta (le 15 mai 17G8). Le comte de Marbeuf, chargé du commandement de l’expédition, débarqua dans le golfe de Saint-Florent, pour opérer la soumission de tout le pays. La guerre était déclarée : Paoli, quoique possédant des forces assez peu considérables, lutta pourtant longtemps encore pour l’honneur de sa patrie en péril ; il sut résister au marquis de Chauvelin , successeur de M. de Marbeuf. A la tête de quinze mille hommes, Chauvelin parvint tout d’abord à s’emparer de Poggio, d’Olmeta, d’Oletta, des tours de Fornari, de Morletta, deFuriani, de Biguglia, de Borgo, de Penta et de Loretto,

malgré l’audace el l’énergie de la défense. Paoli se ballit et se défendit avec un courage surnaturel qu’il savait si bien communiquer à ses compatriotes ; il reprit Penta, Vescovalo , puis s’empara de IJorgo et de Mariana, où les Corses firent six cents prisonniers sous les yeux mêmes de l’armée française. La lutte sc prolongeait sans succès décisifs ; c’est pour cela que Chauvelin dut solliciter de nouveaux renforts. Mais tandis que les combats se succédaient sans aboutir à aucun résultat sérieux, le général français, reconnaissant la difficulté de s’emparer de la Corse de vive force, recourut aux moyens de séduction pour introduire le désordre et la méfiance parmi les insulaires. Ses tentatives ne furent pas tout à fait infructueuses; quoi qu’il en fût, la lutte se poursuivit quand même, avec des chances diverses, sur plusieurs points de la Corse, où les positions étaient tour à tour conquises, perdues et reprises.

La cour de Versailles, ne voyant pas d’un œil favorable cet état d’incertitude, voulut tenter un coup décisif; à cet effet elle nomma M. de Vaux général en chef en remplacement de M. Chauvelin, et envoya en Corse des renforts très-considérables. L’armée française , forte de plus de cinquante bataillons, allait enfin sc mesurer pour la dernière fois avec la brave armée de Paoli, trop faible par le nombre. Les Corses eux-mêmes, en présence de tels préparatifs, se préparèrent au combat, adoptèrent la résolution de défendre jusqu’à la dernière extrémité le sol de la patrie. Une consulte extraordinaire se réunit à la Casinca, le 15 avril 1769, et là il fut décidé à l’unanimité que le général Paoli était autorisé à faire une levée en masse depuis l’àge de 16 ans jusqu’à 60. Le 9 mai 1769, une action générale s’engagea

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