CHAPITRE PREMIER
progressive de la population descendue à 240,000àmes, si on ne se rappelait que le peuple corse s’est battu à outrance depuis l’établissement des Romains jusqu’en 1769.
D’autres causes ont arrêté l’essor de ce pays depuis qu’il est français en paralysant tout progrès agricole, industriel et commercial. Le banditisme et les inimitiés de familles ont succédé aux guerres nationales.
Mais la Corse, cette terre classique des bandits, est guérie de cette plaie qui la rongeait; son sol n’est plus arrosé d’un sang précieux ; la sécurité des personnes est aujourd’hui garantie ; le flot de ces malheurs est arrêté par des lois énergiques, exceptionnelles, mais nécessaires. La source seule reste à tarir.
Nous n’hésitons pas à dire que la Corse, qui possède des ressources incalculables ef variées, peut devenir un jour, avec l’intervention de l’État et des capitalistes du continent , un des plus riches: départements de la France.
« De tous les départements de la France, dit M. Monn lherot, de l’Académie de Lyon (dans son ouvrage ayant » pour titre : Une promenade en Corse), la Corse est » évidemment celui qui présente la réunion la plus » complète des richesses territoriales de différentes na- » tures. Elles sont encore presque toutes négligées ou » enfouies soit dans le sein des montagnes, soit dans »1e lit des torrents, soit à quelques pouces sous la sur- » face d’une terre qu’on laisse inculte. »
Tout le monde a salué avec allégresse et fêlé avec des transports de joie la conclusion de la paix. Les Corses se sont associés â cet élan national et font des vœux pour sa durée , car ils comprennent que c’est
sons son empire que leur pays délaissé, dédaigné peutêtre, pourra voir ses germes civilisateurs se développer, ensuite se perfectionner.
Dans la guerre d’Orient la Corse a largement payé son tribut ; plus de soixante officiers de nos compatriotes sont tombés couverts de gloire devant l’ennemi , et leurs noms gravés sur des tables de marbre 1 passeront à la postérité.
Mais aujourd’hui que l’épée est dans le fourreau, la Corse, plus que les autres provinces de l’empire, a besoin de compter sur l’appui et le secours de la France. .Nous aimons à croire que la France ne sera pas ingrate envers ce département , et qu’elle se montrera disposée à favoriser uhe île qui peut légitimement prétendre à une ère rémunératrice.
L’Empereur, nous l’espérons, transformera ce superbe pays qui rappelle tant de souvenirs passés. Son œuvfre sera grande. L’active impulsion de son gouvernement est necessaire , car il s’agit de métamorphoser une contrée encore vierge où tout est à créer et à développer. Sans son initiative, les progrès seraient encore lents , les sages mesures déjà adoptées en vue de la grandeur de l’ile seraient sans résultat, et n’atteindraient pas le but utile à la fois aux intérêts moraux et matériels de la Corse, et à la fortune publique de la patrie.
Le sol du continent prend une physionomie nouvelle et se transforme d’heure en heure, grâce à la vapeur, à l’électricité et aux eapitaux immenses qui sont dis—
1 Le conseil municipal de la ville d'Ajaccio a vote des fonds en conséquence. (On compte dans l'armée française plus de cinq cents officiers corses. )