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CHAPITRE TROISIÈME

Autre Vocero ou Ballata.

Il y a quelques années un instituteur avait séduit une jeune fille d’Ota, qui portait le gracieux et poétique nom de Fleur d’Epine (Fior di Spina). Celle-ci ne pouvant décider cet homme à l’épouser, le tua d’un coup de pistolet. Le lendemain une femme de l’endroit, le sein soulevé par l’inspiration, les cheveux épars, improvisa ces quelques strophes :

Stamane , in piaiza d’Ota, Thanna messu la coarona Tissuta in oro ed in argento , Seconda la to pcrsonna,

Dapu stu colpu di pistola Clic in Corsica risona.

Arrivât* da u su baba ,

Si vesti da grand* guerriers , Carca di ferra et di piombu. Colla carchera e la tarsetta,

La stilcttu e la pistola ,

Dicendo : Oggi e a me sicreta.

Quest' aria un caore d’un lione, D’una tigra allatata.

Ha slesa lu bracciu colla pistola , Ed in capu la sbarata ,

Diccndo : Anima infidèle ,

La tu morto è préparais.

Deh ! portatemi a Tallavo ,

Dove so i banditi più ficri , Giacomo c Santa Lacia ,

Questi cnori bravi e guerricri ,

E don élit in compagnia ,

Gircro boschi c scotieri.

Ce matin, dans la place d'Ota,

Ils t’ont mis la couronne Tissae d*or et d’argent ,

Une couronne selon ta personne ,

Après ce coup de pistolet Qui dans la Corse résonne.

Arrivée chc* son père ,

Elle se mit en grande guerrière ,

Chargée de fer et de plomb ,

Avec la cartouchière et la tarsette ,

Avec le stylet, le pistolet,

Disant : C’est aujourd'hui mon secret.

Elle avait le cœur d’un lion ,

D'une tigresse qui allaite.

Elle a étendu le bras avec le pistolet.

Et sur sa tête l’a déchargé ,

En disant: Ame infidèle,

Ta mort est préparée.

Allons!... menez-raoi à Tollavo,

Où sont les bandits les plus fiers»

Giacomoni et Sainte-Lucie ,

Ces cœurs braves et guerriers.

Et avec eux en compagnie.

Je parcourrai bois et sentiers.

sont loin d’être des a de l’harmonie, des

Certainement ces morceaux chefs-d’œuvre; mais enfin il y

images, du mouvement. Or, si on songe que c’est une improvisation , et que les personnes du peuple en font chaque jour de semblables, on conviendra que la race corse paraît douée de facultés poétiques qui ne demandent peut-être qu’à être cultivées pour que cette race donne un jour au monde le Napoléon de l’art.

«Le dialecte corse, dit M. Fée, a une allure tout » italienne, et il faut peu d’efforts pour le comprendre. » Il n’est pas le même dans tous les cantons , quoique » peu différent d’ailleurs. On trouve çà et là quelques » expressions toscanes ou siciliennes, fort peu de gé- » nois, quelques mots grecs et arabes, point d’espa- » gnol, quoiqu’on ait écrit le contraire, et presque pas » de français, ce qui est caractéristique et montre com- » bien peu les conquérants de la Corse ont influé sur ■» le pays. Les désinences qui sont en o dans la langue ■« mère, sont en « dans le dialecte, ce qui lui donne un » air d’étrangeté auquel on se fait bientôt. Il diffère » grandement du sarde , bien plus éloigné de l’italien. » Beaucoup de mots sont contractés; à peine s’il en » existe un vingtième que n’entendrait pas un Italien , » et ce vingtième ne renferme presque pas de mots » usuels ; il suffit de jeter un coup d’œil sur le texte » des voceri pour s’assurer combien il serait facile, dans » la plupart des cas, de le rétablir en bon italien. »

L’ile de Corse donc a ce double avantage qu’elle réunit toutes les délicatesses de la civilisation , et que ces délicatesses tirent un nouveau prix de leur contraste avec les mœurs de la vieille Corse.

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