‹ La Corse et son avenirChapitre 44 sur 256 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Description générale.

Nous venons de retracer le caractère du peuple corse dans les diverses circonstances de sa vie politique et privée ; nous allons tâcher de donner ici une idée exacte de la nature extérieure de ce pays, non moins belle que la nature morale, dont nous avons fait ressortir les traits les plus saillants de noblesse et de grandeur.

Nous nous efforcerons de faire un tableau aussi vivant que possible de toutes les âpres beautés, de toutes les sublimes horreurs, de toutes les surprenantes merveilles du règne végétal de cette île, où l’on peut étudier les âges du monde , et où les générations , en sé succédant , ont laissé tour à tour des traces profondes de leur passage.

On peut dire que jamais le sentiment du beau n’a été aussi vif et aussi général que de nos jours ; les églises gothiques noircies par les siècles, les castels au pied desquels ont passé tant de générations , les vieux bois contemporains de ces vieux monuments , toutes ces choses enfin que le siècle précédent regardait en quelque sorte sans les voir, comme s’il eût été absorbé par l’idée du présent, se sont illuminées d’une poésie soudaine sous la plume de Chàteaubriand et de Lamartine, et ont ouvert à la société de nos jours tout un monde féerique de nouvelles jouissances.

Quoi de plus beau que Pile de Corse ? Jetée, comme un vaisseau , au milieu de l’immensité des mers ; s’étendant majestueusement sur un long espace, du nord

au sud, de l’est à l’ouest, elle peut, ajuste titre, rivaliser avec les plus magnifiques pays de l’univers, par son aspect sauvage , qui rappelle l’enfance du monde , par sa physionomie riante et pittoresque, qui inspire l’àme de l’artiste et du poète.

Placée en face de l’Espagne et du Piémont, entre la France et l’Algérie, près de la Sardaigne, de la Sicile et de l’Italie, la Corse n’a rien à envier aux contrées qui l’entourent , et offre un spectacle à la fois éblouissant et confus, varié et splendide. Son sol est riche et fécond, ses productions naturelles sont variées et abondantes ; son ciel est doux et serein ; ses montagnes, au front altier, sont gigantesques et imposantes ; ses forêts cn6n , jadis pleines de religion et de poésie , peuvent facilement être comparées aux plus belles de l’Europe.

D’un côté , ce sont de fraîches collines jetées tout autour du pays comme une vaste ceinture, et présentant partout les formes les plus coquettes et les plus capricieux contours ; des monts ardus, escarpés, surmontés, comme un casque, d’une aigrette guerrière ; des rochers farouches , de vieilles tours et des châteaux seigneuriaux en ruine , comme pour attester qu’il fut pour la Corse des époques de troubles civils et de guerres implacables. De l’autre , des pentes douces, vertes et bien cultivées ; des villages que les pins à la tige svelte , les châtaigniers , les noyers avec leurs formes sphériques et leurs massifs de verdure, couvrent à l’envi ; des hameaux, au-dessus desquels pendent d’énormes rochers, plus menaçants pour eux que les avalanches, pour les villages suisses.

Telle est la Corse.

Mais ce n’est pas tout encore : quand le regard

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