CHAPITRE TROISIÈME
plonge sur ces vastes campagnes parsemées de mille fleurs odoriférantes , quand il embrasse un immense horizon, on aperçoit, comme des lignes argentines, des rivières avec leurs molles ondulations et leurs méandres capricieux, roulant en quelque sorte la lumière avec leurs flots vermeils. Tandis qu’on contemple avec avidité ces ravissants panoramas, ces jolis paysages , ces belles vallées couvertes d’arbousiers , de myrtes , de cistes et de bruyère ; tandis qu’on admire avec effroi les profonds précipices , les superbes cascades et les larges ravins où mugissent des eaux turbulentes ; tandis enfin qu’un esprit élevé est dans le ravissement , nn autre spectacle d’un caractère bien doux se déroule aussitôt devant les yeux, et une âme artistement douée s’ouvre soudainement d’elle-même au sentiment d’une contemplation délicieuse.
De distance en distance se développent, comme une mer de verdure , d’antiques et immenses forêts qui balancent, aux premiers feux du matin, leur chevelure virginale tout humide de rosée, et reflètent les mille couleurs du prisme. 11 n’y a rien de plus enchanteur et de plus saisissant que ces sapins énormes, qui, comme des pyramides, élèvent d’étage en étage leurs rameaux jusqu’au ciel, entremêlent leur feuillage sombre de manière à intercepter complètement les rayons du soleil et à faire régner à leurs pieds une profonde nuit ! Rien de plus poétique que le silence religieux, l’obscurité profonde qui enveloppent souvent ces végétaux gigantesques ; et si l’on considère les proportions colossales de ces arbres innombrables, si l’on songe aux siècles, qu’ils ont traversés, on ne sent plus que sa petitesse, sa fragilité et son néant, et on est porté, si positif que
l’on soit, à quelque chose qui ressemble à l’adoration. Là où le règne végétal est si prodigieux, l’homme en est écrasé; c’est pourquoi il l’anime et le déifie. Aussi le poète 1 fait-il dire aux cèdres du Liban :
< Et pour qui donc seraient ces siècles d'existence ,
> Et pour qui donc seraient l’àrae et l'intelligence,
> Et-ce donc pour l'arbuste nain?
» Est -ce pour l'insecte ou l'atome,
> Ou pour l'homme , léger fantôme ,
i Qui sèche à mes pieds comme un chaume,
« Qui dit la terre son royaume ,
> Et disparaît du jour avant que de mon dôme ,
> La feuille de ses pas ait jonché le chemin ,
3 Car les siècles pour nous , c’est hier et demain ! ! ! »
Terminons cette description rapide en disant que l’étranger qui parcourt ces beaux lieux ne sait ce qu’il doit admirer le plus, ou de ce ciel d’Italie avec sa douceur et sa lumière d’or, ou de ces forêts grandioses comme la Norvège en offrirait à peine , ou de ces montagnes capables de rivaliser avec les plus belles de la Suisse, ou de cette race d’hommes empreinte d’un si profond cachet d’originalité au milieu de l’effacement de plus en plus complet des types nationaux.
Situation, étendue, sol.
La Corse est après la Sicile et la Sardaigne la plus grande île de la Méditerranée; elle a la figure d’une grande ellipse irrégulière; elle est située entre le 41' et 43' degrés de latitude septentrionale, les 6e et 7* 12 de longitude orientale; elle est baignée au nord par la mer de Ligurie et le golfe de Gênes, à l’orient 1 Lamartine.