‹ La Corse et son avenirChapitre 6 sur 256 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

persés dans toutes les parties de la France. Des projets nouveaux sont conçus, étudiés et approfondis pour effacer les imperfections, combler les vides, augmenter toutes les ressources du pays, et ouvrir à la société de notre temps tout un monde féerique de nouvelles jouissances ; l’esprit de spéculation se développe sans cesse et envahit toutes les classes de la grande famille ; les capitaux émigrent ; le travail devient un besoin , une nécessité ; de nombreuses compagnies se forment et se constituent sous les plus heureux auspices ; la France comprend, en un mot, que la prospérité de tous ses territoires touche de près aux intérêts de l’humanité, et la plus grande activité est donnée à toutes les branches industrielles , commerciales et agricoles.

Ne fora-t-on rien pour le département de la Corse? Sera-t-il toujours condamné à l’abandon le plus injuste et le plus cruel, tandis que d’autres provinces plus mal partagées par la nature atteignent de jour en jour l’apogée de la grandeur?

« Comment se fait-il donc, dit M. Blanqui dans son » rapport sur la Corse à l’Académie, comment se fait- » il que ce département si heureusement partagé sous » le rapport du climat, du sol et des eaux, situé au n centre de la Méditerranée , à portée presque égale de » la France, de l’Italie et de l’Espagne, ressemble au- » jourd’hui si peu aux pays qui l’entourent et marche » d’qn pas si lent dans la carrière de la civilisation ? » Pourquoi ses vallées pittoresques sont-elles veuves de » voyageurs, et ses belles rades dépourvues de vais- » seaux ? Par quel motif nos constructeurs se délermi- » nent-ils à aller chercher des bois au Canada ou ep> « Russie , tandis que la Corse regorge de chênes; blaaes

v cl de chênes verts, de hêtres et de pins innombrables » que le domaine ne peut pas. toujours vendre au prix » de 75 centimes le pied? Pourquoi cette île, qui pour- » rail nourrir un million d'hommes, n’a-t-elle qu’une » population de 200,000 âmes insuffisante à la culture » du sol et forcée d’appeler chaque année à soft aide » 8,000 Lucquois des côtes de l’Italie? Pourquoi enfin » la Corse apparaît-elle, aux regards de l’observateur, » comme une colonie onéreuse à sa métropole ? «

Ne serait-il pas temps , aujourd’hui que l’argent va à la rencontre de l’étranger pour conquérir le globe à la civilisation, au travail, à la paix, au bien-être, que nos financiers, stimulés par l’active impulsion du gouvernement, se décidassent à venir en Corse avec leurs capitaux pour fonder des entreprises et des exploitations? Le pays leur sera très-reconnaissant, car ses intérêts seront directement servis, et les spéculateurs verraient grossir leur capital en dépit de mauvaises préventions, de fausses alarmes répandues parmi eux, et le succès pourrait presque toujours être considéré comme acquis à l’avance.

Tout languit encore en Corse ; l’agriculture est trèsarriérée, et cependant le sol est des plus féconds et se prête à toute espèce de culture ; le commerce est presque nul , et aucun pays ne pourrait mieux en assurer l’accroissement et l’étendue. L’industrie a acquis peu de développement, et pourrait pourtant prendre des proportions colossales , comme nous allons le démontrer.

11 s’agit donc de se mettre à l’œuvre, et la Corse, de pauvre qu’elle est, deviendra riche et prospère, après avoir pleinement servi les intérêts de ceux qui auront contribué à la transformer.

Page 1