CHAPITRE TROISIÈME
l’état civil le nom de Napoléon Bonaparte, fils de Charles Bonaparte et de Letizia Ramolino. Cet enfant a grandi et s’est fortifié sous le beau ciel de la Corse. Plus tard, les événements politiques le lancèrent dans le vaste sentier d’une carrière à jamais mémorable. Homme de génie et de cœur, il sut vaincre la révolution , rétablir l’ordre social, repousser l’ennemi au delà des frontières, doter la France d’un monument impérissable dû à son esprit législateur, et ouvrir à la civilisation tout un monde nouveau pour elle, qui, dans les temps de sombre mémoire , n’avait pour temple qu’un échafaud humide et sanglant.
Napoléon était Corse ; et cependant l’agriculture , le commerce et l’industrie de son pays sont encore dans un état déplorable ; mais ne nous écartons point de notre sujet; faisons plutôt une réflexion relativement au triste état dans lequel est la maison des Bonaparte.
Nous le disons avec regret, à la vue de ce bâtiment si riche en souvenirs touchants , l’âme s’attriste et comprime en elle-même un sentiment tout naturel d’indignation ! Quoi ! on construit tous les jours des palais éblouissants et féeriques, des châteaux dorés, des monuments gigantesques, et on n’a pas encore songé à restaurer des masures pourtant précieuses , à décorer, au moins modestement, ce lieu sacré, où le plus grand des héros embellissait par l’étude son jeune esprit, dans le silence de son cabinet , qui n’a pour tout meuble aujourd’hui que les quatre murailles lézardées et un plancher vermoulu! Quoi! disons-nous, un simple bourgeois fait construire pour sa famille des tombeaux souvent magiques, et on n’a pas encore eu l’idée de retirer d’une
chétive chapelle les cendres augustes de la mère du grand homme , pour les pincer dans un monument digne d’elle! Il suffît, nous le croyons, d’appeler l’attention sur ces faits déplorables, pour qu’on s’empresse d’y mettre un terme
Bastia. Ville maritime, à 152 kilomètres d’Ajaccio. Chef-lieu d’arrondissement. Cour impériale, tribunal de première instance et de commerce. Chef-lieu de la dix-septième division militaire. Consulats étrangers. Place de guerre de deuxième classe. Ecole d’hydrographie de quatrième classe. Lycée impérial. Société d’agriculture. Population : 17,141 habitants. Cet arrondissement est borné au nord par la mer de Ligurie, à l’est par la mer Tyrrhénienne , au sud et au sud-ouest par l’arrondissement de Corte, à l’ouest par la Méditerranée et Calvi ; il comprend toute la partie septentrionale de l’Ile et une partie de la portion orientale.
L’origine de cette ville remonte au quatorzième siècle, et comme la plupart des anciennes villes de la Corse , elle a été exposée et souvent victime de vicissitudes po-
1 Nous lisons dans le Journal de la Corse (n« du 10 décembre 1836) le passage suivant : » Nous sommes heureux de pouvoir apprendre & « nos lecteurs que des ordres ont été donnés par l'Empereur pour la
> restauration de la maison Bonaparte & Ajaccio , et la construction de » la chapelle funéraire qui doit recevoir 1rs restes mortels de Madame i Mère et de S. Km. le cardinal Fcsch. Par une lettre en date du 10 » de ce mois, M. Charles Abhatucci annonce en outre it M. le préfet t que Sa Majesté avait daigné, le même jour, faire inscrire au budget,
> dans sa liste civile pour 1837, un crédit de deux cent mille francs i affecté à la restauration de la maison et à la construction de la clta- » pelle funéraire. •
Nous avons accueilli cette nouvelle avec la plus vive satisfaction. — Mais nous pensons que deux cent mille francs sont insuffisants pour l'exécution des travaux projetés.