‹ La Corse et son avenirChapitre 78 sur 256 · CHAPITRE CINQUIÈME. lfil · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME. lfil

Nous savons que Je gouvernement ne peut tout d’un coup se lancer dans des opérations qui absorberaient des sommes considérables; c’est pourquoi nous serions mal vu de demander l’accomplissement prompt et rapide d’un projet de la plus haute importance, qui résume à lui seul la richesse agricole de toute la Corse. Nous demandons seulement que les plaines marécageuses soient assainies petit à petit, et cela dans le plus bref délai ; car nous sommes convaincu que le revenu territorial de l’île de Corse augmentera par ce moyen d’une façon assez notable pour égaler celui des départements les plus florissants , les plus riches de la France.

«Nous reconnaissons cependant, dit M. Richard, » ingénieur, qu’un assainissement partiel est une pure » illusion. On conçoit facilement, en effet, qu’il ne » suffit pas de se débarrasser des eaux stagnantes et » d’assécher les marais dont on est devenu proprié- » taire , et qu’il faudrait que la même opération eût » été faite sur la plaine entière dont la propriété fait » partie. Tant que cette condition ne sera pas satisfaite, » on sera infecté par les miasmes développés autour » de soi, car ces miasmes ne respectent pas les clô- » tures. n

L’assainissement de cette partie du territoire de la Corse est d’autant plus important, que l'achèvement de tous ces travaux conduira naturellement à la création de beaucoup de villages aux embouchures de toutes les rivières, attirera infailliblement l’homme de la montagne vers les terres basses, et les produits de ces contrées s’échangeront alors avantageusement contre ceux des continents voisins.

Nous croyons fermement que le jour où l’on aura combattu l’insalubrité et qu’on pourra, sans exposer sa vie, cultiver les champs fertiles des plaines orientales, ce jour-là il y aura en Corse richesse, aisance et bienêtre ; et, par une conséquence inévitable, la population agricole doublera, triplera naturellement sans qu’on ait besoin de recourir à des mesures extraordinaires. Si le manque de bras est encore un obstacle à l’avancement de l’agriculture , nul doute que cet obstacle ne soit aplani lorsque les immenses espaces de terres incultes accueilleront le laboureur sans lui inspirer la terreur et la mort.

La quantité de terrain qu’il s’agirait d’assaiuir est très-grande, elle occupe presque toute la côte orientale de l’île ; c’est-à-dire un espace d’environ 25 lieues de longueur à partir de Bastia jusqu’à Porto-Vecchio. C’est cette partie de Pile faisant face à l’Italie qui est la plus fertile. Là l’hiver se fait à peine sentir , et les chaleurs de l’été, tempérées par les vents de la mer, y sont très-supportables. Toutes les productions do la France et de l’Italie y prospèrent bien ; les arbres utiles y réussissent à merveille , et les rivières qui bordent ces belles plaines pourraient faciliter les travaux d’irrigation.

Comme on le voit, tous les avantages semblent accumulés sur cette partie de la Corse, qui fut la seule occupée par les Romains, si l’on excepte quelques places situées sur la côte occidentale. C’est du temps des Romains , en effet , que ces vastes plaines étaient productives, que l’air y était sain comme ailleurs, que les populations étaient nombreuses et que les villes florissantes d’Aleria et de Mariana s’élevaient sur le bord de

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