‹ La Corse et son avenirChapitre 79 sur 256 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

la mer. Mais, hclas ! ce temps n’est plus ! Comment se fait-il donc que de nos jours ces parages, jadis si beaux, si riches et si sains, soient devenus déserts, inexploités, et aient donné asile à l’infection, à un air pestilentiel? La raison première se trouve dans l’abandon de ces terres par la crainte des Sarrasins et les fréquents ravages de la guerre.

«Alors, dit l’abbé Gaudin ', la mer, n’étant plus » contenue par le travail des hommes , a pu franchir » impunément ses limites. Les désastres causés par » une tempête en auront préparé de plus grands pour » la suivante, et entassés pendant une longue suite » de siècles , ils auront à la lin métamorphosé le » terrain.

r> C’est ainsi que se sont formés vraisemblablement » les étangs qu’on trouve le long de cette plage.

» On juge , par quelques anneaux qu’on a trouvés » attachés aux rochers de l’étang de Diana, que c’était » autrefois le port d’Aleria. Le lac de Bigulia n’a peut- » être pas une autre origine; un vaisseau entier, que » les directeurs du terrier ont trouvé enterré à plus » de dix pieds sous le sable, indique clairement com- » bien le terrain s’est exhaussé et toutes les révolutions » qu’il a éprouvées. Quoi qu’il en soit , cette plage si » étendue et si fertile ne contient pas aujourd’hui une » seule habitation. Les propriétaires des terrains n’en » cultivent qu’une faible partie. Cette culture, toujours » éloignée de plusieurs lieues de la demeure des pos- » sesseurs , exploitée sans bestiaux , sans engrais et » avec de mauvais instruments de labourage par des » Lucquois, d’ailleurs livrée pendant l’huer aux dé-

1 Voyage en Corse, p. 12.

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» gâts des troupeaux de chèvres, de brebis qui errent » alors librement dans toute la plaine, enfin qui ne n se recueille que sous un air pestilentiel et dont » les fruits sont toujours mêlés avec des semences de n maladie et de mort; celte culture, disons -nous, » rapporte peu, et ce sol, le plus riche de Pile, aban- » donne de ses habitants, n’apporte presque aucune » utilité. »

Telles sont les causes qui ont eu et ont encore pour résultat de priver la Corse de produits aboudants qu’elle devrait tirer de cette superbe contrée. Ht puisqu’on connaît le fléau dans ses causes et ses effets, puisqu’on est en position de le combattre par le travail et par l’argent, nous sommes porté à croire qu’on se mettra, sans retard, à l’œuvre pour accomplir l’opération capitale qui doit transformer, en leur donnant enfin une valeur, plus de cent mille hectares de terrain d’une qualité supérieure.

Des capitaux assez considérables sont nécessaires pour atteindre le but désiré ; mais, nous dit M. Grandchaud la conquête de la Corse a coûté à la France plus de soixante bataillons et 40 millions, et aujourd’hui l’on n’hésiterait pas à dépenser le double pour s’en emparer si une puissance maritime rivale, solidement établie dans l’île , menaçait Toulon et commandait le commerce français dans la Méditerranée. Or une nation conquise par les armes doit être assimilée à la mère patrie par ses intérêts les plus intimes et par un échange avantageux de ses produits : c’est ce qu’il faut faire pour la Corse, afin qu’à l'heure du danger la

1 La Corse envisagée au point de eue des intérêts français dans la Méditerranée.

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