CHAPITRE SIXIÈME
•bien fabriqués 1 n’auraient rien à envier aux plus vantés de l’Europe. Un gourmet distingué de Bordeaux nous disait, il y a quelque temps, qu’on pourrait, en perfectionnant le système de vinification, obtenir en Corse des vins peut-être supérieurs à ceux de Malaga et de Madère , de Lunel et de Frontignan. Nous sommes convaincu que le jour où les Corses fabriqueront leurs vins selon les procédés nouveaux intelligemment appliqués dans le département de la Gironde, ce jour-là les vins de l’ile de Corse seront connus, appréciés et bien vendus sur tous les marchés où se distinguent de notre temps les vins si renommés connus sous le nom de vins de Bordeaux ; ce jour-là , dit le gourmet en question, on obtiendra des vins blancs très-estimés , et des vins rouges qui approcheront par la qualité de ceux de Château-Margaux , Château-Laffitte et Château- Latour. Nous croyons que^ dans l’état actuel des choses, il serait très-utile pour la Corse de donner à la culture de la vigne le développement le plus considérable, car nous avons la certitude que cette branche agricole pourrait, dans un avenir prochain, si on en comprenait toute l’importance, être pour tout le pays une source de richesse de plus pour accroître notablement l’aisance et le bonheur des habitants.
Les 9,885 hectares * de terrains cultivés en vigne produisent à peu près 300,000 hectolitres de vin, et une assez grande quantité de raisin qu’on fait sécher. Mais nous savons qu’il y a encore 12,365 hectares susceptibles de cette culture et pouvant facilement tri-
1 Ceux de M. Martinenjjhi ont mérité une médaille de deuxième dusse à l'exposition universelle.
1 Robiquet, Statistique de la Corse.
pler les produits de ce genre. Qu’on se mette donc à l’œuvre, car les moments sont favorables, et la Corse acquerra sous ce rapport une réputation qu’on ne pourra lui disputer, car elle possède tous les éléments essentiels à sa prospérité.
C’est afin d’aider, de faciliter la tâche de nos compatriotes , que nous voulons leur apprendre le moyen de fabriquer et de conserver leurs vins. Nous habitons Bordeaux depuis deux ans , nous sommes nous-même propriétaire de vignes, et nous avons pu, de nos propres yeux , voir comment on manipule les vins et les moyens auxquels on a recours pour les bonifier et pour les conserver.
Sous le rapport du choix des plants, de la taille, de l’époque de la taille et des travaux de la vigne , nous n’avons rien à dire, car on s’y entend en Corse aussi bien qu’ailleurs, surtout aux environs d’Ajaccio et au cap Corse. Nous voulons cependant donner quelques conseils relativement au foulage, à la fermentation, à la préparation des tonneaux, au décuvage, au soutirage, au soufrage, au collage des vins rouges, au collage des vins blancs et aux moyens de rendre au vin sa limpidité.
Du foulage.
En Corse, on est dans l’usage de faire fouler la vendange dans des caisses percées de trous en la faisant piétiner par des hommes. Cette méthode est vicieuse, Car un grand nombre de grains arrivent entiers dans la cuve, et il faut alors que la fermentation lasse crever la peau de ces grains, ce qui retarde nécessairement la fermentation générale, et semble contraire au prin-