CHAPITRE HUITIÈME
dans un champ cullivé, et lorsque la pourretle s’est élevée à une certaine hauteur, on la fauche et on la donne ainsi aux vers à soie. L’expérience nous démontre que ce procédé ne change rien à la bonté de la récolte et à la qualité de la soie. Nous voudrions engager les agriculteurs de la Corse à mettre en pratique ce système ; mais la difficulté de se pourvoir toujours d’une si grande quantité de graine mérite considération. Nous savons qu’il faut du temps et des soins pour faire celte provision , et cette graine étant fort délicate , si par malheur elle venait à souffrir de quelque influence extérieure, elle ne prospérerait pas, et le cultivateur pourrait, pour cette année-là, être complètement privé de sa récolte ; ceci n’arrive jamais avec des arbres ; la graine de mûrier est une de celles qui exigent le plus de précaution pour être bien conservée. Une très-bonne méthode est de planter de la pourretle pour avoir des mûriers nains; on les taille à la hauteur de trois pieds et demi environ; dans cet état ils durent fort longtemps, leur feuille est très-bonne, et les dépenses de la cueillette s’élèvent à peu près au tiers de celles qu’exigent les grands arbres, dont les rameaux étendus ne peuvent être dépouillés qu’en montant dessus ou par le moyen d’une échelle , ce qui prend passablement de temps.
Tout le monde sait aujourd’hui que la culture du ver à soie réussit parfaitement en Corse ; ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que, tandis qu’en France la vie de ces insectes est de quarante à quarante-cinq jours, trente -cinq jours ont suffi en Corse pour les . acheminer à commencer leurs admirables travaux. Il est évident pour tous que celle circonstance est d’autant plus avantageuse qu’une économie de huit à dix jours
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en est une réelle sur la main-d’œuvre; dans un intervalle moins long, il y a aussi une meilleure chance contre les accidents atmosphériques qui sont quelque* fois nuisibles à ces précieux animaux.
La récolte en Corse peut se commencer quinze jours ou trois semaines avant la récolte usitée en France; c’est encore un avantage. Les vents chauds et étouffants du sud, les temps orageux qui rendent l’air lourd et chargé de vapeurs, sont les ennemis les plus dangereux des vers à soie ; ces vents en Corse ne font sentir leur influence que dans les mois de juillet, août et septembre, tandis que les vers parcourent toutes leurs périodes dans les mois d’avril et de mai ; ainsi donc les accidents qui frappent souvent les cultivateurs du continent sont peu à craindre ; avec des locaux où la circulation est bien ménagée, on peut les préserver toujours de ces funestes mortalités; plusieurs villes de la Corse offrent des lieux parfaitement exposés pour celte industrie. Si le vent du sud, dont nous venons do parler, est un ennemi pour le ver, la rosée blanche du matin est plus dangereuse encore pour la feuille du mûrier; lorsqu’elle s’attache sur la feuille tendre et qu’un soleil ardent vient à la saisir, la feuille reste brûlée presque entièrement. Quand une pareille calamité a lieu en France, la récolte se trouve par ce fait réduite de moitié, souvent des trois quarts, le cocon est mollasse et imparfait, la soie qui se fabrique est loin d’étre aussi belle, car elle n’est que le produit d’une feuille malade ou d’une seconde pousse plus grossière, plus tardive, et qui donne une nourriture beaucoup plus inférieure, En Corse on n’a pas à craindre les effets de cet accident; il n’y gèle
CHAPITRE HUITIÈME, jamais, et notamment au mois d’avril, époque où la végétation du mûrier se trouve dans un état si périlleux à cause des gelées blanches.
Il ressort de tout ce que nous venons de dire que , sou s le rapport de la culture du mûrier et des vers à soie, l’Ile de Corse se trouve dans d’excellentes conditions d’avenir. Sol, climat, exposition, tout y est favorable ; mais pour convaincre plus amplement le lecteur de la vérité de nos assertions, pour donner plus d’autorité à nos paroles , nous tenons à transcrire dans ce chapitre un rapport adressé à M. le préfet de la Corse sur l’état de l’industrie séricicole en Corse.