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CHAPITRE V LA FAUNE

La faune est extrêmement riche et variée en Côte d'Ivoire. Sa répartition est beaucoup plus fonction du climat que de la nature du sol. A de rares exceptions près, toutes les espèces de la forêt se trouvent dans les savanes septentrionales où, en outre, apparaît une partie de la faune soudanienne. Le lion, le chacal, la grande hyène tachetée, le léporidé, le charognard (vautour), l'ibis rose et noir, le marabout, etc., ont leur habitat au Nord du 8° de latitude de même que le petit éléphant rouge (sama-oulé) à dents courtes.

Pendant toute la période de sécheresse, les galeries forestières, qui indiquent dans le Nord les lits des rivières, sont le refuge de la faune en quête de points d'eau. Elles sont aussi la demeure de prédilection des mouches tsé-tsé qui affectionnent les endroits humides où l'état hygrométrique se maintient au minimum de 70. Il semlde qu'en savane certaines espèces vivent en bandes ou en troupeaux plus nombreux que dans la forêt (éléphants, antilopes, buffles, etc.). Nous nous bornons à donner ci-aj^rès une nomenclature des principales espèces de la Côte d'Ivoire.

Mammifères. — 1^ Famille des singes. — Elle est largement représentée dans la Colonie par :

Le chimpanzé commun dans la région forestière (Si?riia).

Le colobe (colohus polycomus) à long poil noir et luisant, à queue blanche et à barbiche blanche. 11 atteint plus d'un mètre et près de deux avec sa queue.

Le colohus fuliginosiis au long poil roux.

Le cynocéphale [Papis Sphinx) habite surtout la savane dans les endroits rocheux.

Le capucin ou singe diane (Cercopithecus Diana) dont la fourrure épaisse grise et blanche, barrée de rouge sur le dos, est fort recherchée.

Le singe pleureur [Cercopithecus patus).

Le singe gris [Cercopithecus callitrichus). Il s'apprivoise facilement. Dans les villages de Soko et de Zanzan (cercle de Bondoukou) il vit avec les habitants sans être jamais inquiété.

Le singe vert [Cercopithecus Rufo-viridis).

Le singe des palétuviers [Colohus cristatus).

Le « pain à cacheter » ainsi appelé parce qu'il a sur le nez une tache blanche [Cercopithecus stampflii).

2*^ Ordre des carnivores. — Famille des Félidés. — La panthère existe dans toute la colonie jusque sur le littoral, la plus dangereuse serait celle à robe foncée.

Le chat tigre, le chat gris rayé noir.

Le lion sans crinière sa tient dans les régions désertiques du Nord, au Lato, au Kinkenné, dans le Sud de Kongj dans la région de Bouna (Monts Kinnta), entre Kong et Bouna, au Nord du cercle de l'Ouorodougou, dans les parties inhabitées au Sud et au Nord du cercle de Kong, dans le massif

du Noholou du cercle d'Odienné. A l'exception d'un spécimen tué près du poste de Bouna et dont nous avons vu la peau café au lait très clair, nous n'avons jamais entendu parler depuis plus de huit ans d'une chasse au lion dans la colonie.

Famille des hyénidés. — La hyène tachetée dont on entend très fréquemment le son* le cri lugubre autour des villages du Nord.

Famille des canidés. — Le chacal en bandes dans les régions désertiques et pierreuses (district de Bouna).

Le blaireau, la fouine, etc.

Famille des mustéridés. — La loutre.

Famille des viver ridés. -^ La genette, la civette, nandinia binotata dont la fourrure est fort jolie et qui s'apprivoise très bien.

3° Ordre des chéiroptères. — La petite chauve-souris insectivore, la roussette frugivore atteignant une grande envergure.

40 Ordre des rongeurs. — Le léporidé ou lièvre des savanes, diverses variétés d'écureuils, plus connus sous le nom de rats palmistes et des écureuils volants ; l'aulacodeou fauxagouti dont la chair est très appréciée ; quantités de variétés de rats ; un rongeur pourvu de membranes lui permettant de planer d'arbre en arbre (1), deux variétés de porc épie dont l'une atteint 25 et 30 kilos.

50 Ordre des édentés. — Le pangolin, l'oryctérope.

6" Ordre des pachydermes. -- L'hippopotame fréquent

(1) Anomalurus pelii Temm. 11 porte des écailles sur la face interne de la queue.

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Planche IX

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Fig. 19 - Le daman d'arbre (procavia dorsalis).

Fig. 20. — Echinidies (genre Kotula).

dans tous les cours d'eau de quelque importance et le petit hippopotame du Libéria.

Le phacochère, le cochon de brousse et le cochon domestique à poil noir, noir et blanc ou légèrement fauve.

70 Ordre des Ruminants. — La biche cochon (Cephalope de Maxwell).

La grande bubale (hubalis inajor) au poil brun roux et aux cornes en forme de lyre.

L'égocère ihippotragus Koba).

Le koba [cohus onctas) entièrement fauve.

L'élan de Derby (tanrotrajus derby anus).

L'antilope à taches blanches [Tragelaphus soriptus).

La grosse antilope à raies blanches [Tragelaphus ISliger).

L'antilope bœuf à cornes tordues et une quantité d'autres variétés parmi lesquelles l'antilope des marigots dont la hauteur est de vingt-cinq à trente centimètres [Ant. spinigera du genre Nanotragus).

Le chevrotain aquatique.

Le buffle [bubalis Pimuhis) au poil noir très peu fourni est signalé dans toutes les savanes. Ses cornes sont moins développées que celle du grand buffle du centre africain mais aussi rassemblées sur le front par un rouleau cartilagineux.

Un buffle de petite taille et à robe fauve {bo^ brachyceros).

8^ Ordre des Proboscidiens. — Le grand éléphant d'x\frique se trouve dans toute la colonie non loin même d^ littoral. Le sama-oulé ou petit éléphant rouge fréquente les savanes à arbre de karité du Nord.

9° Ordre des Sirénidés. — Le lamantin abonde en lagune et aux embouchures des cours d'eau.

10° Ordre des hyracoïdes. — Le daman d'arbre (procavia

dorsalis) appelé ahua par les indigènes à cause du cri perçant qu'il pousse la nuit sur les arbres.

Reptilos — Parmi les sauriens, le crocodile (1) et le caïman dont il existe plusieurs variétés. Le caméléon, le lézard des murailles, les margouillats (2) (teinte bleue et jaune orange ou brun-vert) , le varan semi-aquatique [varaniis niloticus) seul saurien iierbivore et dont la cbair est recberchée.

Parmi les chéloniens un certain nombre de variétés de tortues terrestres et de grosses tortues marines dont l'une géante atteignant jusqu'à 1 m. 50 de long sur un mètre de large a la carapace cartilagineuse.

Les ophidiens sont représentés par de nombreuses espèces dont plusieurs inoffensives : le serpent vert des bananiers, le naja [naja melanoleuca le plus fréquent et spedo hoemachatis ou naja cracheur), la vipère cornue dangereuse, à tête hideuse mais dont la peau est recouverte de très belles écailles (3), le python royal atteignant 7 et 8 mètres, le serpent noir, le serpent corail, le serpent minute et quantité d'autres spécimens.

Oiseaux. — Nous ne signalerons que quelques variétés parmi les communes.

Dans l'ordre des rapaces l'aigle blanchard, l'aigle pêcheur gris noir et blanc, le INIilan [Mi 'vus Korschum), le charognard ou vautour [Neophron Monachtis)^ le hibou, la chouette.

Dans l'ordre des grimpeurs le touraco vert {Cortjthaix

(1) Crocodilus nlloficus, c. cntophractiis h mâchoire plus allongée et osteolœmus Tetrnpis à tête courte et à nez retroussé.

(2) Agama colonorum.

(3) Docteur Strauss. Voyage de Grand- Lalioa à Tahou, 1903.

perso), le touraco pourpré, le perroquet gris ou vert, deux variétés de toucan.

Parmi les gallinacées, la pintade dont une variété dite pintade huppée, la perdrix à pattes rouges et la perdrix à pattes grises, la poule de rocher, la caille de barbarie.

Dans l'ordre àhs> échassiers le héron {pyrhnodiapurpnrea)^ quelques aigrettes sur les lagunes [herodias alba), la canepetière, le meilleur gibier d'Afrique, la grande outarde qui se trouve en savane atteignant une grande envergure et pesant jusqu'à 10 kilos.

L'ibis rouge et noir dont certaines variétés habitent sur les cimes des fromagers près des villages (cercle des Tagouanas), le marabout, le vanneau armé, le courlis, la bécassine.

Dans l'ordre des colombes le pigeon vert {Freron midirostres) la tourterelle et le pigeon domestique, peut-être importé. Parmi les palmipèdes, la mouette se trouve sur la côte, aux embouchures des grands cours d'eau et en lagune.

Les passereaux forment quantités d'espèces : le martin pêcheur [halcyon semi-coerida, halcyon cyanoleuca)^ l'engoulevent, le foliotocole reciierché pour ses plumes d'un vert métallique, le tisserand, le mange-mil, le coq de pagode [centropiis senegalensis), le gendarme [hyphantornis aiirifrus), la veuve à longue queue formée de deux plumes (vidiia regia penthetria)^ le grand corbeau blanc et noir, la bergeronnette, l'oiseau-mouche [cynniris splendida) (1).

Invertébrés. — L'embranchement des invertébrés a de très nombreux représentants. Citons parmi les hyménoptères

(1) Voir la liste des oiseaux recueillis ou observés à la Côte d'Ivoire en 1906-1907 et en 1913-1914 par les docteurs Bouet et Millet-Horsin (Extrait de la revue française d'ornithologie, 1916 et 1917).

rabeille qui existe dans toute la colonie surtout dans la haute côte, quantité de variétés de fourmis depuis la fourmicadavre (1) qui dégage une odeur insupportable décelant de loin sa présence jusqu'aux légions de manians envahisseurs (2) et les fourmis rouges des arbres [g. formia). Les hémiptères (hydromètre, punaise des bois, etc.), les coléoptères, les orthoptères (sauterelle, grillon, blatte, etc.), les néoroptères (fourmilion, libellule, termite, etc.), les lépidoptères (écaille, piéride, etc.), les diptères et les aptères tous représentés par d'innombrables espèces dont la nomenclature reste à faire. Signalons de nombreuses araignées dont certaines à piqûre venimeuse (tarentule), deux scorpions communs l'un brun clair de cinq centimètres, l'autre (3) bleu foncé de quinze à vingt centimètres, des acariens ; la tique et la chique, et dans la classe des myrapiodes : la iule et plusieurs scolopendres. L'embranchement des vers semble par contre avoir peu de variétés dans la colonie (lombric).

Poissons. — En mer se trouvent les squales, le requin ordinaire, et le requin-marteau qui se tient dans les premiers rouleaux de la barre en quête de détritus, la raie, la limande, la sole, l'anguille, le thon, la daurade, le mulet, une variété de hareng et de maquereau, etc

Nombre de poissons sont anadromes. Les lagunes et les rivières sont l'habitat d'espèces aussi diverses que différentes de qualité. Parmi les plus communes, signalons le polynemus ou capitaine et le brochet qui atteignent parfois une taille et un poids extraordinaires, le machoiron (Bagrus,

(1) Paltothyrens pestilentius.

(2) G. nnomma.

(3) Paiidinus imperator.

groupe des siluridés), une sorte de goujon, le poisson torpille désigné des indigènes par l'onomatopée « poupouniania ».

Parmi les crustacés, en mer : la langouste, le petit crabe du littoral et un genre tourteau, dans les rivières : la crevette et la langoustine. Dans la classe des lamellibranches : la moule et le donax, le taret et la grosse huître comestible des palétuviers. Dans la classe des gastéropodes : l'escargot dont une variété est grosse comme le poing (1) ; les indigènes de certaines régions les sèchent, les fument et en font une grande consommation.

La classification scientifique de la faune de la Côte d'Ivoire, notamment celle des invertébrés, présente un champ d'études qui reste complètement à épuiser. Ce dernier embranchement est d'une incroyable richesse particulièrement en hémiptères, coléoptères et lépidoptères dont les espèces encore indéterminées paraissent fort nombreuses.

Animaux domestiques. — La Côte d'Ivoire ne peut compter jusqu'à présent parmi les pays d'élevage de l'Afrique tropicale. Toutefois, le bétail en général' est beau, assez robuste, bien adapté au climat et les races qui le représentent pourront être facilement améliorées.

La plupart des régions ont des représentants de la race bovine. La race baoulée est petite, vigoureuse, et les bœufs de consommation sont excellents. Le Lobi, la région de Koroko sont assez riches en bovidés. La race du cercle d'Odienné est saine, bien charpentée ; elle paraît provenir du croisement des bœufs du Fouta-Diallon et des bœufs à

(1) Achatina variegata.

bosse du Soudan. Dans l'Ouorodougou, la race est plus forte et plus haute que celle du Baoulé. Il est regrettable que le troupeau bovin de la région, qui comptait plus de 50.000 têtes, ait été très éprouvé, réduit à un dixième, par la terrible épidémie de péri-pneumonie qui se déclara en 1911 dans le Soudan méridional pour se propager en haute Côte d'Ivoire. En raison des soins empressés donnés au bétail par les indigènes de cette région, il est vraisemblable que la race se reconstituera rapidement.

Dans le Nord les indigènes pratiquent la traite. La quantité de lait possible à obtenir d'une vache, même entraînée à la lactation, est naturellement très loin d'atteindre ce que l'on peut obtenir d'une vache laitière d'Europe. Le lait luimême n'a pas le goût de nos pâturages.

En forêt, les bovidés ont des représentants se rapprochant du type baoulé. Les cornes sont faiblement développées. La robe est généralement blanche ou noire, plus rarement rousse et souvent tachetée. Les troupeaux sont souvent de quelques têtes seulement. Les animaux à demi-sauvages restent sans soin. Ils pâturent dans la brousse et se rassemblent le soir dans les agglomérations. Rarement les bœufs sont consommés. Ils sont des objets d'échange, ils constituent surtout le principal appoint de la dot. Ajoutons que le cheptel d'une grande partie de la zone sylvestre a disparu pendant les opérations de la pacification et que les efforts de l'administration tendent à le reconstituer. Une partie des bœufs consommés dans la colonie sont amenés du Soudan ; ils comprennent principalement des bœufs à bosse et hauts sur pattes, de petits bœufs du Mossi et du Lobi.

Le cheval ne s'acclimate guère que dans la haute côte et

supporte rarement plus de deux hivernages. Son entretien exige de très grands soins. L'élevage est pratiqué cependant par les Pallakas entre Kong et Koroko.

Le mouton se rencontre à peu près dans toutes les régions, mais en assez petit nombre. Les cornes sont peu saillantes. Le poil court est blanc avec des taches noires. Les indigènes ne prennent aucun soin des moutons qui forment une race chétive.

Le cabri, bas sur pattes, au poil marron et noir est extrêmement résistant. On le rencontre presque partout. Il constitue une race prolifique et ne demande aucun soin. La chèvre est susceptible de fournir un lait abondant et de bon goût.

Le porc à poil noir ou roux abonde dans quelques villages où il a été probablement introduit de fraîche date.

Le chien est élevé par certaines peuplades (Guérés du Haut-Gavally, Lohis et Goulangos du cercle de Bondoukou, Sénoufos, etc.) pour la boucherie. Le chien indigène est petit, à poil court et roux. Au Nord se trouve une race plus forte que Tindigène utilise pour la chasse et la garde de ses plantations. ^

L'âne et le bœuf porteur ne se rencontrent que sur les routes de caravanes de la haute côte empruntées par les colporteurs du Soudan.

Les poulets sont chétifs, les indigènes délaissant absolument leur élevage à l'exception des Sénoufos qui en prennent grand soin en vue de la vente. 11 existe dans quelques villages une variété assez belle de canard, des pigeons et dans le Nord des pintades domestiques.

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