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CHAPITRE III PRÉHISTOIRE

Au cours de ces dernières années un certain nombre de témoins de l'industrie néolithique ont été recueillis en Côte d'Ivoire par MM. les Administrateurs Marc Simon dans les cercles de Touba et des Lagunes et Cheruy dans le cercle de rindénié, par moi-même dans la Bandama, la région Dida et la région de Kong. Je rappellerai aussi pour mémoire les matériaux rapportés par M. l'Administrateur- Adjoint Moesch de Jacqueville, d'Alépé et du Baoulé lesquels ont fait l'objet de deux notes de xM. Hamy dans le Bulle fin du Muséum d'histoire naturelle.

Ces découvertes permettent aujourd'hui d'affirmer que les pierres polies se trouvent dans toute l'étendue de la Côte d'Ivoire. On les rencontre invariablement sur les sentiers, dans les plantations, dans le lit des rivières où souvent par suite d'un long roulage, elles ont en partie perdu leur forme primitive. Beaucoup sont mises à jour par les effets de ravinement et du ruissellement particulièrement intenses

(I) Extrait des Bulletins et Mf^'/noires df la Sori(>t(- dd/it/iru/wlogie de Paris, séance du <5 mai HMH.

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dans le pays, et leur présence est fréquemment signalée dans les cases indigènes ou dans les cases fétiches en raison de l'origine céleste qui leur est attribuée par les noirs de l'Afrique Occidentale.

Il est des instruments qui ne diffèrent pas sensiblement qu'ils proviennent de la zone de forêt dense qui s'étend dans la partie méridionale de la Colonie sur 120.000 kilomètres, des régions de savane à bouquets de bois du centre ou des savanes herbeuses et très éclaircies du Nord. Toutefois le type de la hache dont M. Simon m'a remis deux forts beaux exemplaires provenant des pays Abbey et Abidji doit appeler particulièrement l'attention. Je l'appellerai hache de Lowigiiié, du nom du village où le j^lus grand spécimen a été recueilli. Cet instrument parait spécial à la région sylvestre de la Côte d'Ivoire. 11 m'a été signalé en effet que des outils semblables avaient été découverts récenmient en pays Bakoué dans le cercle du Bas-Sassandra par M. le Lieutenant Perrin (1), c'est-à-dire aussi dans un pays de haute forêt, à la même latitude et à environ 220 kilomètres à l'ouest des Abbeys. Au surplus, M. E. T. Haniy a décrit (2) une hache identique « rappelant le matchette ou sabre d'abattis » utilisée par les indigènes et recueillie par M. l'Administrateur-AdjointMoeschà Alépé, dans la forêt, à cent kilomètres à l'Est des Abbeys

Voici les caractéristiques des deux haches que j'ai rapportées et qui ont été trouvées dans des cases de chefs.

(1) Renseignement donné par M. rAdminislrateur Boudet. ('2) Nouvelles découvertes de l'âge de pierre à la Côte d'Ivoire (M. E. T. Hamy, Bulletin du Muséum d'histowe naturelle, année 1907,

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l** Nature de la roche : schiste vert amphibolique.

Longueur 0 70 cm.

Largeur 0 13 cm.

Poids 7 kg. 110 gr.

Lieu de découverte : ancien ejuplacement du village Lowiguié.

2" Nature de la roche : schiste vert amphibolique.

Longueur 0,48 cm.

Largeur 0,08 cm.

Poids 1 k. 800

Lieu de découverte : pays Abidji.

La hache rapportée par M. Moesch est d'une roche de même nature et mesure 0,44 cm. de long sur 0,07 cm. de large (1).

Certains auteurs prétendent que des instruments de cette taille, de ce poids, de ce polissage et de ce fini n'ont pu être que des armes d'honneur ou d'apparat. De ce que des haches semblables ont été rencontrées dans la zone sylvestre, sous la même latitude et sur une distance de plus de 300 kilomètres ne peut-on cependant être amené à penser qu'elles ont été utilisées par des peuplades qui, ayant eu à travailler plus spécialement le bois et à tailler des arbres atteignant 50 mètres de haut, étaient parvenues à donner ta leurs outils ce degré de perfection ?

La présence d'outils propres à la forêt laisse en outre supposer ou que la zone sylvestre de la Cote d'Ivoire a été

(1) Il convient de remarquer tjuà peu près la même proportion existe entre la longueur et la largeur de ces trois haches.

habitée de tout temps par des peuplades vraiment autochtones ou, si la forêt a été un moment inhabitée, que le refoulement des peuplades était commencé à l'époque de la pierre polie et que les haches de grande taille ont été confectionnées par les immigrés suivant les nécessités d'un milieu nouveau. En tout état de cause, il importe d'observer avec quel art ces instruments vraiment admirables ont été polis.

Les autres haches de ma collection sont à coupe circulaire (région de Touba) ou équarries de chaque côté du tranchant (régions de Kong, du Dida, de l'Indénié, de Touba) ; ces dernières de tailles très différentes mais toujours plus petites que les haches à coupe circulaire sont les plus communes. L'extrémité opposée au tranchant est souvent conique, parfois triangulaire, rarement rectangulaire.

Voici les caractéristiques de deux haches à coupe circulaire de la région de Touba.

1° Hache à grain fin :

Longueur 0,127 mm.

Largeur 0,053 mm.

2° Hache en schiste : ,

Longueur 0,125 mm.

Largeur ....... 0,040 mm.

Une usure prononcée se remarque sur un côté du tranchant.

Les haches présentent parfois des traces profondes d'emmanchement. C'est le cas d'une hache à deux étranglements de chaque côté, figurée sur la planche 1 de nature gneissique, provenant de la région de Touba et mesurant 0,145 mm. de long sur 0,047 mm. de large.

Une hache à un étranglement de chaque côté ressemble assez à un maillet à rainure circulaire. Ses caractéristiques sont les suivantes :

Nature de la roche ... à î^rain lin

Provenance région de Touba

Longueur 0,130 mm.

Largeur 0,060 mm.

Deux cônes gneissiques provenant de la région de Touba paraissent avoir servi de broyeurs et provenir d'anciennes haches sectionnées.

1° Hauteur 0,065 mm.

Diamètre de la section. . . . 0,037 mm.

2° Hauteur 0,070 mm.

Diamètre de la section .... 0,034 mm.

Un disque de schiste présente une surface plane et polie sur la tranche ; la partie centrale éclatée, usée sur chaque côté bombé indique un percuteur.

11 est des outils du cercle de Touba dont l'un des côtés du tranchant présente une face plane et l'autre deux faces planes formant angle obtus.

Un outil de schiste (Touba) a l'un de ses côtés en forme de trapézoèdre {0, 100mm. X 0,050 mm.).

Un petit grattoir en hématite de la même région, ayant 0,037 mm. X 0,021 mm. est caractérisé par un tranchant très net et par un polissage fort soigné (1).

Je signalerai également parmi les objets les plus typiques

{[) M. de ZelUiei- a déjà signalé des oulils eu héinalile (noies sur le préhistorique soudanais).

Planche XXII

Fig. 49. - Outils polis.

Fig. 48. - Hache (le Lowi£fui

Clichés Sté d'Anthropologie de Paris.

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une pointe de lance en schiste du cercle de Touba, un certain nombre de polissoirs à main de l'Indénié, et un instrument légèrement éclaté ayant la forme d'une coquille d'huître.

Enfin partout se trouvent en grand nombre des erminettes dont beaucoup ont nettement gardé leur forme : un côté du tranchant plat, l'autre bombé.

Il est intéressant de noter que tous les outils rencontrés jusqu'à présent dans la région forestière sont constitués par des schistes alors que des instruments en schiste, en gneiss, en diabase et même en hématite ont été indistinctement trouvés dans la zone de savane du Nord de la Côte d'Ivoire.

La nature des schistes diffère elle-même et certains sont devenus tendres au point qu'ils s'effritent sous l'ongle. Les instruments dont la roche constitutive est le gneiss à éléments très fins ont acquis à la longue un toucher trachiteux très net par suite d'altérations.

Dans certaines régions la roche constitutive de l'outil découvert n'existe pas et n'affleure qu'à une distance assez grande (3 ou 4 jours de marche). C'est par exemple le cas de la hache, décrite en 1904 par M. Hamy, qui a été trouvée sur le littoral sableux de Jacqueville par M. Moesch (1)

La pierre est toujours utilisée à la Côte d'Ivoire comme broyeur. Les femmes s'en servent pour écraser le piment entre une dalle schisteuse à l'aide d'un galet qui prend à la longue la forme sphérique^ ovoïdale ou cylindrique. Elles cassent les graines de palme pour en tirer les amandes d'où l'huile est extraite, entre deux cailloux, et dans les pays

(i) Bulletin du Muséum d*histoh^e naturelle^ anné 1904, p. 534.

aurifères, c'est également sur une dalle de schiste et à l'aide d'un caillou qu'elles broient le quartz pour le réduire en poudre, autrement dit pour le u porphyriser » avant de le soumettre à la bâtée.

Rien, à ma connaissance, n'a encore été signalé en Côte d'Ivoire à propos de monuments ou d'éléments en place concernant l'Age de pierre. Sur quantités d'affleurements gneissicfues, on remarque dans les régions de Dabakala et de Kong principalement dans les environs du village de Sattama (zone de savane) des cuvettes elliptiques à fond poli, régulières ayant toutes environ 0,40 cm. de long sur 0,15 cm. de large. Elles sont souvent nombreuses sur le même affleurement. Les indigènes n'en paraissent pas connaître l'origine ; aucun outil à leurs abords ne permet de déterminer ou tout au moins de supposer quel fut leur usage. Mais il est possible d'affirmer qu'elles sont dues à la main de l'homme et non à des phénomènes naturels d'érosion. Ce sont des polissoirs fixes tels que ceux décrits par M. Dechelette et signalés en plusieurs endroits en France (1).

•Je n'ai observé aucune trace de rainure fusiforme (2) près de ces cuvettes que les indigènes appellent des « pieds de géants » (3). Il m'a été signalé qu'il y en avait de sembla-

(i) Dechelette, Manuel (V archéologie j^réhistorique, p. 526.

(2) En 4014, sur la route d'Akakoumoékrou .'i Bondoukou, jai rencontré depuis ces rainures lusiforraes à proximité de cuvettes elliptiques.

(3) Dans la description des grottes de Pété-Bounodié (Guinée Fran- (.aise), M. le Lieutenant Desplagnes a signalé plusieurs cuvettes de polissage sur des dalles de quartzite formant le plancher des grottes. Ces cuvettes sont appelées par les indigènes actuels de la région : « Pieds des grands hommes » {Bulletin do f/èographie historique et descriptive, no 3, année iy07).

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bles dans le Baoulé, et que, déjà existantes, les indigènes de la partie septentrionale de la Colonie s'en servent d'occasion pour malaxer le fer à sa sortie du fourneau et en dégager les scories.

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