II. — FORMES DU TERRAIN
Un profil en long, suivant le cours de la Bandama et se prolongeant du Golfe de Guinée vers l'intérieur, donnerait les indications suivantes sur le relief général de la Côte d'Ivoire. A 12 milles au large, les fonds, en face Lahou, passent brusquement de 900 à 200 mètres déterminant l'amorce du continent africain. Au Nord de la lagune, le sol se dresse
Joseph
Planche VI
Fig. 13. - — \uc ^jrise du Tandarabakro (pays Akoué).
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FiîT. 14. — Oiidulalions du inassil" Yaouré.
à une cote variant entre 30 et 80 mètres pour prendre la forme d'un plateau corrodé et affecté par des plissements nombreux. A ce plateau succède, à partir du 6^5 de latitude environ et en s'élevant franchement vers le Nord, une pénéplaine accidentée par des mouvements locaux et par une succession d'ondulations qui seront étudiées plus loin. Le schéma du profil de la mer à Bouaké joint à cette étude, montre, à partir de la lagune, deux grands bourrelets du sol, puis l'accession au plateau africain par une pénéplaine à forte rampe entre les 6^5 et 8° de latitude Nord qui s'adoucit ensuite jusqu'aux limites septentrionales de la colonie. Cette accession est évaluée à un mètre en moyenne par kilomètre entre Abidjan et Bouaké.
Autant la morphologie du terrain est aisée à discerner
Fig. 5. — Profil de la Côte d'Ivoire de la mer à Bouaké.
dans la zone des savanes, autant son étude devient difficile dans la zone sylvestre par suite du défaut d'horizon et de l'importance des terrains de décomposition. Les formes du terrain seront seules étudiées, à l'exception des accidents de l'Ouest constitués par les massifs du Nimba et du Touradou-
gou (1) qui ont été visités et décrits par M. A. Chevalier. Les formes de terrain présentent à la Côte d'Ivoire quatre caractères principaux :
1° Des plateaux ridés avec alternance de collines et de dépressions marécageux dans la partie méridionale de la colonie.
2^ Des ondulations plus ou moins larges moutonnant la pénéplaine sur toute son étendue.
3° Des dômes, éminences isolées ou groupées, s'élevant brutalement au-dessus de la plaine du nord et du centre.
4° Des massifs isolés se traduisant dans la pénéplaine par des soulèvements à formes généralement adoucies rappelant l'aspecf des collines de Normandie sans en avoir la constitution.
La mollesse des ondulations, l'étendue et l'épaisseur du revêtement de roche décomposée montrent Tinfluence de l'action chimique et de l'érosion sur le relief de la colonie. L'action du ruissellement dans le travail d'aplanissement du relief est non moins intense là où le sol est imperméable. Malgré la puissance prodigieuse de la végétation dans la zone sylvestre proprement dite, l'humus recouvre le sol d'une couche très faible dont l'absence semble devoir être attribuée à la fois à l'action des termites et au ruissellement. La première se manifeste de façon caractéristique à en juger par le nombre des termitières à forme de champignon
(4) Le Tonradougou est un mnssil" 1res déchiqueté dont les hauteurs émergent au-dessus des vallées en pies et {(ilonsdiffieilemenl accessihies, atteignant 800 mètres d'idtitude (Lieutenant llipert, 1909). Le massif du Mont Nimba qui aurait des altitudes de 1.600 à 1 .700 mètres est constitué par des sebigtes reposant sur des gneiss.
(grises) ou ruiniformes (couleur de brique ou grises) qui se rencontrent en forêt et en savane. Mais les chutes d'eau diluviennes contribuent aussi pour une large part à nettoyer le sol des débris végétaux entraînés dans les dépressions des plis de terrain et vers les ruisseaux pour, de là, être transportés par les grandes rivières dans les lagunes ou directement dans la mer.
La vue d'un massif ou d'un dôme donne au voyageur accoutumé à la monotonie du pays l'impression d'un mouvement orographique considérable. Mais, en réalité, et à part l'exception citée plus haut des massifs situés à l'Ouest au-dessus du 7° de latitude Nord, les hauteurs de commandement des accidents du sol dépassent très rarement l'altitude de 250 mètres. L'étude des types de terrain montrera d'ailleurs que le relief de la colonie est très usé et remanié,
Ondulations méridionales. — De la frontière libérienne à Fresco, la Côte Ouest est formée par une succession de hauteurs n'atteignant guère plus de 60 mètres (San-Pédro) et présentant souvent la roclie cristalline sous ses divers aspects d'altération (falaise de Sassandra).
La Côte Nord des lagunes est constituée par une ondulation de terrain semblable, mais diffère néanmoins du précédent par l'absence complète de la roche cristalline intacte. Les éminences en bordure des lagunes atteignent jusqu'à 100 mètres. Elles sont l'amorce d'un plateau assez ondulé, caractérisé par une forêt éçlaircie et de petites savanes (Adjamé, Dabou, Ahouati dans le Yokoboué).
Le plateau d'Adjamé, large de 6 à 12 kilomètres, surplombe de 90 à 100 mètres au Sud la lagune Ebrié, au Nord la lagune Potou vers laquelle il se termine en une falaise
abrupte d'où la vue s'étend sur un pays bas, se relevant doucement à 30 kilomètres au Nord vers Grand-Alépé.
La latérite, les bancs d'argile, les grès violets à éléments quartzeux variant de la grosseur d'un pois à celle d'un œuf, les grès blancs à éléments fins et colorés de bandes violettes (Aghien) sont les seules roches qu'il soit possible de trouver dans le plissement nord-lagunaire.
Quelques îlots de môme formation se rencontrent en lagune. Telle est l'ile de Lauzoa, à l'Ouest de la lagune de Lahou, qui présente à ses périphéries deux éminences laté ritiques et gréseuses de 30 mètres d'altitude.
Il convient de signaler dans cette première ride côtière d'épaisseur variable (25 à 70 kilomètres), en dehors des éminences acquérant communément la forme de plateau, la présence de synclinaux marécageux étendus, inhabités et couverts d'une inextricable végétation semi-aquatique.
Le revêtement de terrain décomposé et ferrugineux reste très épais dans toute la région forestière. L'examen des tranchées du rail, jusqu'à l'amorce de la savane à Tiémélékro (km. 162), permet de s'en rendre compte. Toutefois, dans certains déblais on devine fort bien la présence de schistes sériciteux ou micacés réduits par l'altération. La roche cristalline apparaît elle-même en certains endroits, à 15 ou 20 kilomètres de la Côte Nord des lagunes (à 20 kilomètres de l'embouchure de la Bandama, à quelques kilomètres en aval d'Alépé dans le lit de la Comoé, k hauteur d'Aboisso dans la rivière Bia). Mais alors que les schistes (sériciteux ou à cassure violacée) se rencontrent de préférence dans les vallées et le lit des rivières (schistes de Brahéri dans la rivière Boubo relevés à 70°) le granite-gneissique perce le
revêtement argileux du sol pour apparaître sous forme de gros blocs ou pour constituer des petits massifs (Goboa à 410 kilomètres au Nord de Lahou) d'une altitude de 70 à 100 mètres au-dessus du niveau de la mer ou encore des bosses de 30 à 50 mètres (Petit Alépé). La direction des affleurements gneissiques comme celle du feuilletage des schistes à séricite de la Bandama est S.-S.-O. N.-N.-E. 120^ Cet éparpillement des schistes et du granite-gneissique au milieu des terrains de décomposition rend impossible, en l'état actuel des choses, tout essai de synthèse tectonique dans la région forestière.
Les ondulations du nord des lagunes se retrouvent derrière la côte Ouest. La succession des mouvements du sol serait en effet la suivante au Bas-Cavally :
1° de la côte, sur une profondeur de 20 à 25 kilomètres, un plateau ridé de 50 à 60 mètres en moyenne ;
2^ une zone de 20 à 25 kilomètres formant un vaste synclinal marécageux ;
3** un plissement de collines aux pentes rudes ;
4° de nombreux dômes prenant l'aspect d'une petite chaîne dans la région de Grabo alignés suivant la direction S.-S.-O.- N.-N.-E.
Les rides de la partie orientale de la basse Côte d'Ivoire sont beaucoup plus accentuées qu'au centre entre la Comoé et la Bandama où le relief est en général assez mou. Le long de la frontière de la Gold-Coast et notamment à l'Est d'Aboisso on rencontre, dans un terrain difficile une succession de collines atteignant jusqu'à 60 et 80 mètres d'altitude.
Aspect de la plaine. — La formation aréneuse de surface
prédomine en place de la formation latéritique et argileuse. Cette vaste plaine, qui occupe une partie de la zone centrale et toute la partie septentrionale de la colonie, est doucement ridée dans la direction 30" N.-E. L'amplitude des rides varie suivant les régions de même que la texture de la roche constitutive. Cette roche est classée parmi les schistes cristallins sous le nom d'orthogneiss (1) ; elle est considérée comme un granité plus ou moins laminé par des phénomènes de pression. Sa texture change au point qu'elle apparaît tantôt comme un gneiss franc en raison du rubannement typique de ses éléments sériés, tantôt comme un granité tant la confusion des éléments paraît grande à l'œil nu.
Le sol présente en surface un revêtement d'arène sableuse, puis en profondeur, la roche dans ses diverses phases de décomposition. Extrêmement poreux, il absorbe l'humidité atmosphérique. Lorsque les sources manquent, les indigènes creusent des puits et parviennent souvent à trouver la nappe aquifère à des distances assez faibles. Quant au revêtement argileux, graviéreux et ferrugineux, on ne le retrouve plus guère que sur les éminences. Aux abords des massifs et sur les moindres éminences on rencontre enfin soit des blocs ferrugineux en boules ou cubes de 0,50 de diamètre ou de côté jonchant le sol le long d'allées de direction S.-O.-N.rE.- 30** et renfermant de gros morceaux de quartz, soit les restes d'un éi^anchement polisse d'aspect latéritique (2). Cet épanchement pourrait être une coulée « porphyrique » qui aurait couvert le pays en partie et que l'érosion fait peu à
(1) Etal arliicl de nos connaiasaiwpa ajir In (/ëolnfiie de r Afrique Occidentale, par llenrv Hubert, 1911. K. Larose, éditeur. (i) Baouié Sud (Yaouré, Akouc, Kokumbo).
peu disparaître. Il se peut aussi qu'il soit simplement le produit de décomposition des roches du sous-sol. La première hypothèse mériterait d'être vérifiée, car il a déjà été reconnu que les traces d'une coulée d'andésite (roche microlitique basique) recouvrent le sol de certaines régions du Baoulé (Nzaa).
La roche intacte formant les ondulations de la plaine se présente le plus souvent sous forme de chaos, de boules, d'amoncellements pierreux, de larges dalles, de calottes et enfin de dômes.
Les Dômes. — De constitution généralement granito-giieissique, ils sont les accidents de terrain les plus communs à la Côte d'Ivoire. Facilement discernables en savane où ils s'élèvent au-dessus de la plaine à des hauteurs de commandement ne dépassant guère 150 mètres, ils forment comme des verrues sur les rides régulières du sol. Ils se rencontrent souvent par deux (montagnes de Gboli et de Ouossou dans le Baoulé, dômes du Lato sur la route de Dabakala à Kong), et forment quelquefois un groupement, une petite chaîne, tels sont les dômes des environs de Koroko.
Les dômes sont signalés, en même temps que l'insignifiance du relief d'alentour immédiat, dans les cercles de Bondoukou, Kong, Koroko et d'Odienné où ils prennent l'aspect de massifs, dans le cercle de TOuorodougou où ils présentent des masses « dun kilomètre ou deux de pourtour, de 100 à 200 mètres de haut, qui paraissent surgir du sol dans un immense chaos sans qu'aucun lien apparent avec les mouvements du sol explique leur présence » (1) tels sont le Bahoué (250 mètres), le pic de Niaonlenko (150 mètres),
(4) Lieutenant Ripert.
le Nguéréqui domine le pays Lô, le Kanghirikio (250 mètres). Ils émergent dans le N'Zi-Gomoé d'un plateau faiblement ondulé sur une ligne S.-S.-O.-N.-N.-E. (Bouza-Bocca, Obrésuéboua dans la région d'Aféré), dans le Haut-Sassandra (dôme d'Issia), etc.
Petits massifs (types visités : Vaouré, Akoué, Bondoukou). — Ces petits massifs se dressent au milieu de la plaine à une altitude de commandement de 50 à 250 mètres. Ils présentent une succession de hauteurs plutôt boisées au Kokumbo, ayant l'apparence de vergers dans l' Akoué, surtout herbeuses au Nzaa, avec quelques pitons chauves, mais surtout herbeuses et boisées dans le Yaouré. Leur étude offre d'autant plus d'intérêt, au point de vue géographique, que certains font l'objet de recherches minières, et que tous portent les traces de l'exploitation de l'or par les indigènes.
Le faible escarpement des flancs des montagnes, l'adoucissement des faîtes, la présence en surface de la roche constitutive sous forme de gros blocs épars et souvent altérés sont les indices indéniables de la disparition du relief primitif. Les filons de quartz qui traversent l'épaisse couche de décomposition proviennent sans doute de la désagrégation des filons originels et de leur roche encaissante. Ils se sont reconstitués en filons couchés, lenticulaires, morcelés avec de multiples apophyses ce qui expliquerait la difficulté de retrouver dans le sol les têtes des filons primitifs non touchés par la décomposition.
Le massif de Kokumbo se détache sur la rive gauche de la Bandama un peu au Sud du parallèle de Toumodi. Escarpé vers le Nord, il s'infléchit doucement vers le S.-O. coupé par de petites vallées. Le point culminant, à
Joseph