POPULATION, MOEURS ET COUTUMES, ETC
Densité de la population.
Il est bien difficile d'évaluer, en chiffres, la population de la Côte d'Ivoire. Binger, dans son ouvrage, assigne une densité de vingt à vingt-cinq habitants aux régions du littoral; de cinq à dix à celles du nord de la colonie. Les dévastations du célèbre pourvoyeur d'esclaves Samory sont peut-être une des causes de cette différence, au moins pour quelques territoires.
E. Reclus évalue d'ailleurs à un demi-million la population comprise entre la côte et la ligne de faîte confinant au bassin du Niger. Quoi qu'il en soit, ces évaluations ne sont certes pas au-dessus de la vérité.
Le pays de la Côte d'Ivoire, que l'on s'imaginerait volontiers assez désert, soit parce que les cartes l'ont laissé en blanc jusqu'à nos jours, soit par sa nature même de forêt tropicale ou pour toute autre cause, donne au contraire l'impression d'un pays relativement bien peuplé. On ne franchit guère une distance de 4 ou 5 kilomètres sur le littoral sans rencontrer d'habitations.
En certains endroits même, les villages se suivent de telle façon qu'on pourrait dire qu'ils forment une suite ininterrompue, et cela sur de grandes distances.
A ce propos, il ne faudrait pas juger de ce que l'on verrait étant sur un navire, en longeant même de très près le littoral. Quelques-uns de ces villages, en effet, pour n'en être pas moins sur la côte, se cachent souvent derrière les premières brousses qui marquent le commencement de la forêt.
Les bombardements des navires anglais, autrefois, n'auraient pas été étrangers, dit-on, à ce retrait.
Sur les bords des fleuves, les villages sont aussi très rapprochés.
Villages et localités de la côte.
Les principales localités de la côte sont, en partant de l'est : Assinie avec 4.000 habitants environ (comptoirs de commerce). C'est là qu'un de nos nationaux s'établissait pour la première fois vers 1700. En 1842-43 un poste militaire y fut construit : c'était le blockhaus. La douane y a placé un brigadier et quatre commis.
Grand-Bassam (Moueso) est le chef-lieu de la colonie, siège du gouverneur; il compte aussi plusieurs maisons
de commerce françaises et anglaises. Cette localité est en communication avec l'Europe par câble anglais. Le bâtiment de l'agence télégraphique est un des principaux, surtout dans une colonie où les habitations de pierre sont rares. A citer encore la résidence, les factoreries Swanzy, comptoir de la compagnie coloniale française, etc., l'ancien fort Nemours.
Dans la lagune de Grand-Bassam se trouvent l'ancien poste de Dabou réoccupé de nos jours, et les villages deBoubouri, Tiakba, etc. Jackville, sur le littoral, est un point de débarquement pour les marchandises destinées aux noirs commerçants des Jack-Jack. Grand-Lahoii (Brignan) est aussi un village important ou plutôt une réunion de villages établis sur le littoral de Blafé (embouchure du Bandama à Tiahon). Grand-Lahou, point d'où partit la colonne Monteil, est en communication, par une ligne télégraphique longeant la côte, avec Grand-Bassam par Jackville.
Les Européens ont adopté depuis longtemps, sur cette côte, la coutume commode de désigner les villages par le nom de l'un d'eux précédé des mots petit, grand ou moyen. Il en va de même, par exemple, pour Grand- Lahou, Moyen- Lahou, Petit-Lahou. On évite ainsi les désignations multiples aux consonnances baroques dont usent les indigènes.
De Grand-Lahou à Moyen-Laliou, les indigènes de la côte se livrent à l'industrie du sel qu'ils échangent à l'intérieur (pour des esclaves le plus souvent).
Dans la lagune de Grand-Lahou, les villages sont nombreux, mais peu importants. Ceux de Tioko et surtout Lozoua, dans l'île du même nom, sont les plus peuplés.
Après Petit-Lahou vient Fresco, résidence d'administrateur, de même que Sassandrali (corruption du mot Saint- André) à l'embouchure de la rivière du même nom.
Entre Sassandrah et San Pedro, autre résidence, point d'où partit la mission Quiquerez-de Segonzac, il n'est à citer
— Tique le village de Grand-Dreivin. Les traitants anglais ont des succursales dans toutes ces localités.
A Berebi s'arrêtent les paquebots pour embarquer des kroumen ou hommes d'équipage noirs.
Wappou et Grand-Bassa sont des villages de moindre importance.
A Tabou est placé un administrateur chargé du cercle dit du Cavally.
Le village de Blieron et ceux qui l'avoisinent [Boubouré, etc.) forment la localité de Petit- Cavally, près de l'embouchure de ce fleuve. Il y existe aussi des traitants anglais.
Il est, dans les populations de la Côte d'Ivoire, trois races qui se différencient naturellement et dès l'abord aux yeux du voyageur.
La première, désignée par les Européens sous le nom générique de bushmen, comprend, comme le nom l'indique (hommes de la brousse), toutes les populations de la forêt de l'intérieur pourtant si différentes entre elles.
Pour le blanc, le bushman, c'est l'habitant de la brousse, de la lagune, de la côte même parfois, puisque la forêt s'étend jusqu'à la côte.
Ces noirs, qui forment évidemment la majeure partie de la population, ont en général l'aspect rébarbatif, défiant et sauvage.
Les Kroumen, au contraire, habitants de la côte ouest, ont déjà pris une certaine teinte de civilisation en voyageant comme hommes d'équipage sur les navires de toutes nationalités.
Grands, forts, robustes, piroguiers et nageurs incomparables, les^roumen, énergiques et alertes, se distinguent certes des autres noirs. Si le bushman est l'homme de la forêt, le Krouman est bien l'homme de mer par excellence.
Enfin, il est une autre race habitant la côte qui se signale encore par d'autres qualités : rintelligenoe plus développée et une grande aptitude à la civilisation.
Les Apolloniens {Aimas ou Zemmas) ainsi nommés sans doute à cause de leur beauté corporelle, sont originaires de la Côte d'Or anglaise (à l'ouest du cap des Trois- Pointes) ; mais on les rencontre dans notre colonie, surtout à la frontière orientale, se livrant au commerce ou employés à de multiples travaux dans les factoreries.
En 1895, ils étaient ainsi en colonie d'environ deux cents membres au village de Grand-Lahou.
On a voulu voir dans les Apolloniens jusqu'à un mélange de race noire avec les Arabes commerçants du plateau africain.
Cette division en trois races faite de prime abord, pour être assez logique, n'en est pas moins fort superficielle.
Races et tribus connues depuis nos premiers établissements.
On distinguerait encore tout au moins les Ebriès qui, à plusieurs reprises, autrefois et même encore tout récemment (1896), nécessitèrent notre intervention, et les Jack- Jack (Amokouam) qui font le commerce sans intermédiaires avec les Européens, dont ils écoulffitles produits dans l'intérieur. Les Jack- Jack, intelligents et actifs, habitent la côte entre le Bandama et Grand-Bassam ; leur capitale serait Half-Jack, Jackville ou Amokouam.
Les habitants de la côte du Bandama jusque vers Fresco étaient désignés autrefois sous le nom de Quoua-Quoua.
Ce nom leur fut donné sans doute jadis par nos marins qui, débarquant dans ces villages, furent accueillis par les ayouka! youka! (bonjour) réitérés des indigènes.
A partir de Fresco, c'est le pays des Gléboés. Lorsque le pays change, change aussi la race.
Les Gléboés sont déjà apparentés aux kroumens (tout au moins par les mœurs et les habitudes) et ils se confondent avec eux à l'ouest. L'indigène ne trouvant plus sa nour-
riture dans la lagune est allé dans cette région la demander à la mer.
Cependant, la véritable région dite de Krou ne commencerait que vers Berebi pour s'étendre jusqu'au Cavally et même quelque peu au delà.
Les Kroumen. — Il est fort possible, comme l'a fait remarquer Reclus, que l'origine de ce mot kroumen ne soit pas le crew^men (hommes d'équipage) des Anglais, mais vienne bien des noms des villages de Kraoh ou Krou, se trouvant à l'ouest du Cavally.
Quoi qu'il en soit, tous les voyageurs qui ont longé la côte connaissent les Kroumen, ces intrépides marins noirs qui viennent s'engager momentanément comme hommes de peine à bord des grançis navires.
Les Kroumen se divisent eux-mêmes en Tepos, Plabos, Babos, etc., tribus qui sont souvent en querelles.
Les Babos (les grands) habitent l'embouchure même du fleuve Dou ou Cavally qui, malheureusement, ne constitue pas pour eux une frontière, puisqu'il existe des Babos sur le territoire libérien de la rive droite.
En somme, les Kroumen, qui voyagent constamment sur les navires européens, poussant parfois jusqu'au Congo, jusqu'au Sénégal, qu'on retrouve comme piroguiers, employés de factoreries sur tous les points de la côte, forment une race qui n'est pas loin de se croire civilisée.
Les Kroumen ne vivent guère, à ce propos, en bon voisinage avec les Libériens. C'est peut-être le moment de dire deux mots de cette république noire qui confine à nos possessions -«t qui peut nous donner des enseignements pour notre œuvre en Afrique.
La République de Libéria.
Au commencement de ce siècle (vers 1815), une première colonie de quarante noirs libérés venus d'Amérique s'établissait à la Côte des Graines. En 1820, cette colonie s'augmentait d'un nouvel arrivage de noirs formant bientôt la petite république du Maryland, au sud de Monrovia,
Les territoires se formaient par tranches perpendiculaires au rivage.
En 1860, l'Etat se créait par l'union de ces territoires, dont quelques-uns, ceux du nord, furent bientôt convoités par l'Angleterre.
C'est ainsi que la colonie anglaise voisine, Is. Sierra Leone^ se les annexa en 1883.
Des traités successifs, signés entre les puissances civilisées, vinrent garantir l'autonomie du Libéria, qui s'était accru encore, en 1877, d'un nouvel arrivage de noirs d'Amérique.
Il semblait, dès lors, que le nouvel Etat allait entrer dans une voie de prospérité.
Cependant, ces noirs libérés, qui avaient l'appui de nombreux philanthropes, auxquels on avait enseigné à lire et à écrire et surtout les modes de culture du sol, etc., ne donnèrent pas ce qu'on était en droit d'attendre d'eux.
Aujourd'hui, la République de Libéria est très endettée, et comment en serait-il autrement dans un pays qui ne produit pas, qui ne travaille pas? A peine existe-t-il des relations de commerce avec l'Angleterre et le port de Hambourg.
Après tout, peut-être ne faut-il pas demander beaucoup à cette race maintenant épuisée, à ces descendants d'esclaves qui donnèrent autrefois toute leur énergie au profit du maître.
La race qui défricha l'Amérique du Nord a accompli
une tâche assez considérable pour qu'on ne puisse exiger d'elle encore le défrichement de cette partie de l'Afrique.
Le nombre des habitants du Libéria va constamment en décroissant.
D'ailleurs, si nous avons transmis aux noirs libérés ce qu'on appelle les bienfaits de la civilisation, il faut bien dire aussi qu'ils ont hérité de nos vices, si bien qu'à l'heure actuelle la population du Libéria n'est pas à donner en exemple à la population voisine, celle des Kroumen, dont nous avons commencé à occuper le pays depuis si peu de temps.
Les habitants de la rive gauche du Cavally sont loin, du reste, de faire un accueil sympathique aux Libériens.
Heureusement qu'il nous est possible de montrer aux indigènes du pays krouman, comme exemple plus heureux de peuples ayant subi l'influence des nations civilisées, nos braves noirs du Sénégal qui, tout en étant libres, eux aussi, servent la France avec le plus entier dévouement (soldats, miliciens, fonctionnaires à la Côte d'Ivoire). Ainsi l'œuvre de civilisation entreprise dans une colonie porte aussi ses fruits dans les autres pays.
Peuplades de l'intérieur.
1° Région occidentale. — L'hinterland de la Côte d'Ivoire^ depuis le Bandama jusqu'au Cavally, est peu connu. Immédiatement après les populations de la côte, on trouverait, en allant au nord, une peuplade désignée par les indigènes kroumen sous le nom générique de Paï- Gnons, dans le bassin du Cavally, les Po/i Pi-Bri derrière la côte des (Uéhoés, puis les N'Gouans confinant au Baoulé et les Los.
Cette zone, parallèle au rivage, serait aussi la plus sauvage; le peu de relations que ces peuples entretiennent avec la côte n'est pas sulïisant pour opérer une fusion.
D'ailleurs il existe des villages d'échanges, des marchés (comme Grabo sur le Cavally) qui sont comme des points frontières que les uns et les autres ne franchissent pas. Cependant, il y a environ une dizaine d'années, une troupe de Pdi-Gnons, armés d'arcs et de flèches, venait consulter le (( Grand Fétiche » dont la réputation s'étend bien loin et qui habite les bords de la rivière Niéro, affluent de gauche du Cavally, à 25 kilomètres de la mer.
Ce fait, pourtant, est bien rare, et encore plus rarement peut-être, verrait-on les indigènes de la côte s'enfoncer dans l'intérieur.
Néanmoins, il se fait des échanges (sel, esclaves, produits européens, cotonnades de l'intérieur) qui seraient bien plus considérables, n'était l'humeur batailleuse de toutes les tribus de ces régions.
V anthropophagie. — Les accusations d'anthropophagie portées sur tous ces peuples ont été trop fréquentes pour qu'elles puissent être facilement réfutées.
L'amiral Fleuriot de Langle signalait autrefois le cannibalisme même chez les Gléboés et dans la région du Grand- Bassam.
MollieUjWinwoodRead l'ont signalé dans l'hinterland du Libéria. De grands voyageurs, dans leur traversée de l'Afrique occidentale — le colonel Monteil entre autres et le capitaine Binger— ont d'ailleurs entendu souvent parler de cannibalisme. Mais, à vrai dire, s'il est des blancs qui ont assisté parfois à des scènes de meurtre, bien rares, pour ne pas dire introuvables, sont ceux qui ont surpris des indigènes dans leurs repas de cannibales. C'est même ce qui rend M. Binger fort sceptique à ce sujet.
En tout cas, il est certain qu'à la Côte d'Ivoire, depuis l'installation défmitive des Européens, on n'a jamais eu à signaler aucun fait de ce genre.
Cependant, pour ma part, mon interprète krouman m'a affirmé plusieurs fois avoir vu, dans le Cavally, au village
de Grabo, un (( homme bouilli )) que les indigènes réunis ne se firent nul scrupule de manger.
C'était un chef de la tribu ennemie qui venait d'être pris, et ce festin aurait été une manière de fêter la victoire, tout en humiliant les voisins.
Mon interprète avait soin d'ajouter, pour ne pas nuire à la réputation de ses congénères, que de tels faits étaient fort rares, tendaient à disparaître complètement et que nulle part aussi on ne mangeait la chair humaine par besoin ni par goût.
Cette explication de l'anthropophagie, niée par certains voyageurs africains, affirmée par d'autres, doit être la bonne, dans un pays où la nature a prodigué la nourriture à l'homme, sans qu'il ait presque à lutter pour l'obtenir.
Peuples de la frontière nord. — Derrière cette zone de peuplades encore barbares s'étendent des territoires fort vastes et demeurant inexplorés, mais où du moins une civilisation relative venue du nord a quelque peu pénétré sous le couvert de l'islam.
La région au nord du pays des Paï-Gnons, territoire des Tomas, possède même deux villes assez importantes : Nahala et Mousardou, depuis longtemps signalées.
Mousardou, qui compte peut-être environ 8.000 habitants, a été visitée par le Libérien Andersen; cette ville entra même en relations avec la République de Libéria par des traités passés en 1869.
Quant à Nahalo ou Nahala, elle fut signalée à Zweifel et Moustier explorant la haute vallée du Niger comme un pays de légende.
Le pays qui s'étend à l'est, très vaste, porte le nom de Ouorodougou (pays des kolas, en mandé). C'est en elTet dans cette région et dans les centres comme Toute, Kani, Sakliala que se fait l'échange important du fruit presque sacré pour les noirs du Soudan.
Les kolas viennent de la forêt qui est au sud. Le pays producteur n'est pas loin dès lors d'être aussi sacré, fétiche aux yeux des indigènes.
En tout cas, cette superstition semble être exploitée par les races qui font ce commerce pour en conserver le monopole. Telle serait encore une raison du retard apporté à la pénétration dans cette région.
Ces pays sont très peuplés, engénéral, par des indigènes de race mandé, souvent musulmans et pour la plupart industrieux et commerçants.
Malheureusement, les ravages de Samory, exercés particulièrement dans la région du nord qui portait le nom d'Etats de Samory, et notamment dans le Ouassoulou, ont dépeuplé considérablement le pays.
Les Etats de Samory étaient, en effet, comme un grand réservoir d'esclaves, où l'on sem*ble avoir puisé déjà depuis fort longtemps, car ce ne sont certes pas les indigènes de la côte qui fournirent autrefois les cargaisons de la traite.
De nos jours encore, on trouve chez les indigènes kroumen des captifs de race mandé, achetés dans les marchés de l'est (à Tiessalé, etc.). Dans cette dernière région même, ces captifs sont plus nombreux que partout ailleurs.
Les noirs de la côte de Krou se procurent bien aussi des captifs provenant des territoires directement au nord de leur pays. Mais ces captifs semblent être d'une autre race habitant les montagnes et ne parlant pas le mandé.
Uesclavage. — Ainsi l'esclavage existe toujours dans nos possessions, car il n'est possible de le supprimer qu'à la longue. En tout cas, il ne faut pas attribuer à ce mot esclavage toute l'acception qu'il comporte chez les blancs.
L'esclavage noir, on l'a dit souvent, est une domesticité relativement douce, facilement acceptée par le captif, en général bien traité et qui finit parfois par oublier sa première patrie.
Jl en va de même à la Côte d'Ivoire.
Les sacrifices humains. — Cependant les sacrifices d'esclaves, à l'occasion de la mort du maître, sont encore assez fréquents.
L'occupation française n'a pas encore réussi à enrayer complètement (et la tâche est difficile) les meurtres de captifs. C'est ainsi que, dans la lagune de Grand-Lahou, les cadavres de ce genre sont encore de nos jours jetés dans une île, sans sépulture, empestant l'air déjà vicié. Enfin il est un grand arbre sur le rivage de cette même lagune où naguère les crânes des sacrifiés étaient suspendus à toutes les branches.
Aujourd'hui les crânes ont disparu et il faut aux noirs toutes les ruses pour échapper à notre surveillance et continuer leurs funèbres coutumes.
2° Région orientale. — La région orientale, celle qui a été parcourue par les voyageurs, par la colonne Monleil, est évidemment la plus connue.
Elle comprend :
L Les territoires voisins de la côte (Souamlé-Ehrié, Bouboury, Akapless, Sanici, etc.), où les villages sont très nombreux.
Krinjabo est un des centres les plus importants du Sanwi.
IL Les pays d'Attié, de Bettié, du Morénou et de Vindénié SiU nord.
III. Le Baoulé, qui forme une vaste région arrosée par le Bandama ou Lahou et où des postes militaires furent établis, le plus éloigné au village de Kodiokofikrou. Tiessalé, marché important, est à la lisière du Baoulé.
IV. Les Etats d'Ardjoumaniconûndinik l'ouest au Baoulé et comprenant (d'après Binger) :
1« L'Assikasso dont le centre le plus important est Annibilékrou; 2° Le Gottogo ou territoire de Bondonkou. Cette ville
(2.500 habitants), à la lisière nord de la forêt dense a présente, dit M. Monnier, ce caractère peut-être unique d'une cité musulmane capitale d'un pays fétichiste ». Elle est surtout habitée par des indigènes de race mandé;
3° Le Fougoula, situé cependant dans les pays d'influence anglaise;
40 LeBarabo;
50 Le territoire des Pakhalla.
Au nord du Baoulé et du Bondoukou s'éienôentV Anno, le Diammala et le Djimini, confinant à leur tour au pays de Kong.
Le Diammala est un pays fertile, surtout vers le centre de Satama-Soukoura.
La population est hospitalière et s'adonne à la culture du maïs, de l'igname, du sorgho.
Dakhara (le camp) est la capitale du Djimini. Ces villages, comme celui de Ouandarama, se ressentent déjà de l'influence civilisatrice venue du nord .
Kong, la ville aux cinq mosquées, a environ 13.000 habitants. On retrouve là l'influence musulmane venue du Soudan, avec lequel Kong fait le commerce (étoffes, sel, kolas, etc.). Il y existe des industries diverses : le tissage surtout et la teinture.
En relations avec l'intérieur, avec des grands marchés éloignés comme Tombouctou, à l'entrée du grand plateau africain, il importe de favoriser la pénétration par la Côte de Guinée des produits européens vers ce centre qui les reçoit plutôt du nord -ouest à l'heure actuelle. Quelques produits viennent de Bondoukou.
La population de Kong, de race mandé, est industrieuse, active et intelligente, et, grâce aux efforts des explorateurs, elle est acquise à la France.
Religions. Coutumes.
On a partagé les pays de la Côte d'Ivoire en trois zones, relativement aux croyances des indigènes et qui correspondaient en même temps à leur état de civilisation.
lo Le fétichisme. — Les premiers pays sont entièrement fétichistes ; ce sont ceux qui comprennent toute la côte et la forêt même.
Cependant ce fétichisme n'a rien d'outré et, en somme, les indigènes de cette région sont tout prêts à accepter une religion véritable, car leurs croyances n'ont rien de précis.
Chaque village a bien son fétiche grossièrement sculpté et légué par les ancêtres ; une vague peur des esprits conseille bien aux survivants d'enterrer le mort avec de grandes cérémonies et des libations copieuses; mais il se trouve toujours parmi les noirs quelque esprit plus clairvoyant qui met à profit la crédulité de ses congénères pour prendre le titre et les avantages du féticheur. Les féticheurs calment les flots lors du passage de la barre, guérissent les maux les plus divers par les procédés les plus étranges et, en somme, sont tout à fait analogues aux (( sorciers » de notre moyen âge.
C'est à bon droit, du reste, qu'on a remarqué que l'état de civilisation de ce pays ressemble à celui des premiers temps de notre moyen âge pour le peuple.
Les nations civilisées ont ressemblé autrefois par plus d'un point aux tribus qui nous occupent. La « question », les tortures existent toujours là-bas dans toute leur absurdité et les (( jugements de Dieu » consistent dans l'épreuve de l'essaim d'abeilles et surtout celle du poison. Si le patient sort sain et sauf de ces épreuves, il est innocent; dans le cas contraire, il est déclaré coupable.
Parmi les féticheurs de la Côte d'Ivoire, celui de la rivière Niero (vallée du Cavally) est un des plus célèbres.
Côte d'Ivoire. 6
De toute la côte, de Grand-Bassam même à plus de .^00 kilomètres, on vient consulter l'oracle qui, en échange de produits de toute sorte, donne aussi des conseils de toute nature. On dit que les crânes des infortunés voyageurs Voituret et Papillon sont en possession du grand féticheur, mais cette assertion n'a jamais été vérifiée.
2° La deuxième région comprend les pays à demi fétichistes, à demi musulmans, qui sont habités par des peuples de la lisière nord de la forêt tropicale.
Cependant les centres de Bondoukou, Mango, Sakhala, Kani, Toute et Mousardou situés dans cette région, sont donnés par Binger comme entièrement musulmans.
30 Enfin Kong et les régions de l'ouest sous la même lati-^ tude, sont déjà complètement acquises à l'islam.
Peu à peu, la pénétration de la religion de Mahomet s'opère, venant du nord, et le siècle prochain la verra, certes, arriver à la côte.
L'islamisme est plutôt fait, de ce côté-là, pour nous faciliter notre tâche.
Les missions catholiques. — Quant aux missions catholiques, elles semblent avoir délaissé de tout temps la Côte d'Ivoire. Seuls des missionnaires américains ont pénétré dans le Cavally où ils sont encore établis en bien petit nombre à Demaeh, à Bohlen, sur la rive libérienne.
L'année 1896, sur sa fin, a vu cependant un départ de missionnaires catholiques français pour la colonie.
La famille; le village. — La polygamie existe partout et, surtout dans les deux premières régions, la femme a seule la charge des travaux domestiques. L'homme chasse, pêche, cultive le riz, récolte, etc, ou le plus souvent se repose.
Les villages d'une même tribu sont en général groupés sous l'autorité d'un chef unique, le roi du pays; mais souvent aussi ces villages sont indépendants et ne reconnais-
sent que Taulorité de leur chef local, autorité qui, parfois, est encore bien restreinte.
Cependant le sentiment de la justice, bien développé chez les indigènes, les fait obéir le plus souvent aux décisions du chef, qui s'accompagnent de celles des notables (les vieillards) de l'endroit.
La douceur qu'on a voulu voir chez les indigènes n'est peut-être que la passivité des races noires qui les soumet, même celles réputées les plus énergiques, à l'influence des blancs. Par contre, il ne faudrait pas voir dans un accueil peu hospitalier un sentiment hostile qui n'est causé le plus souvent que par la peur ou la défiance, appelé même à disparaître peu à peu, surtout dans une occupation française.
Langues. — Les langues de la Côte d'Ivoire, du moins celles qui se parlent à la côte ouest, semblent appartenir à la classe dite des monosyllabiques, contrairement aux langues des pays de l'intérieur qui, comme le mandé, appartiennent à la classe dite des agglutinantes,
A la côte de Guinée, c'est en effet souvent le même mot, prononcé de façons différentes avec diverses inflexions, qui sert à désigner différents objets. Ces dernières langues ne sont pas cependant les plus assimilables pour un Européen, malgré leur pauvreté, à laquelle n'échappent pas, du reste, les dialectes de l'intérieur, même le mandé.
Vagni est parlé à, la côte ouest (Grand-Bassam, Assinie, etc.) jusqu'à Jackville et dans l'hinterland où il est encore compris, même au nord de Bondoukou.
Le brignan se parle à la côte depuis la rive gauche du Bandama jusqu'à Fresco. Au nord des pays brignans de Grand-Lahou, de l'autre côté de la lagune, les indigènes désignent leur dialecte sous le nom de driday puis de gallo, etc.
A partir de Fresco, c'est la langue des Gléboés, celle de la grande famille krou qui domine; en réalité ces dialectes,
qui se multiplient à l'infini, variant parfois de village à village, ont pourtant assez de ressemblance entre eux pour qu'il soit possible à un indigène (du moins au bout de peu de temps) d'être compris sur une longue étendue de territoire; tels les anciens patois de la France qui ont tendance à disparaître maintenant.
Ces dialectes aux assonances gutturales possèdent cepenpendant parfois des inflexions fort harmonieuses. La consonnance qui domine est ou ou o comme dans cotte; ce dernier son revient à chaque instant dans le parler des indigènes.
Enfin, il est en outre un dialecte de métier chez les Kroumen, formé, outre les mots primitifs du vocable indigène, d'anglais, de français, d'américain, dénaturé déjà parles habitants du Libéria, voire de provençal et de breton.
La langue krouman s'est ainsi créée au contact des matelots des diverses nationalités, chez ces noirs qui ont déjà une réelle aptitude à s'assimiler les langages étrangers.
Les dialectes des peuples Los, Paï-Pi-Bri, Paï-Gnons, etc.^ ont encore des analogies avec ceux de la côte.
Bien au delà, au nord, s'étendent les pays de langue mandé, si répandue, avec une diffusion si grande, qu'elle est bien faite pour étonner les Européens qui conservent encore dans leurs étroites frontières leurs langages nationaux les plus disparates intacts, malgré la facilité des communications.
De sorte qu'un grand explorateur a pu dire qu'il était possible de traverser entièrement l'iVfrique avec la connaissance de trois langues « le bambara ou mandé, le haoussa, l'arabe ».