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COMMERCE ET RESSOURCES

Les maisons de commerce anglaises sont établies depuis fort longtemps à la Côte d'Ivoire (à Grand-Lahou, par exemple, depuis deux siècles). Il faut avouer qu'à l'heure actuelle les Anglais détiennent encore dans notre colonie une part très considérable du commerce (1).

Si l'on en juge même par les transactions qui s'opèrent, par les recettes des douanes fort rémunératrices, on en conclut que ce commerce, échange exclusif des produits européens contre les produits indigènes, est assez prospère.

Exportations. — Les exportations consistent en huile de palme, en or, en acajou et bois d'ébénisterie, en caoutchouc.

Les amandes de palme peuvent se récolter dans toute la région de la Côte d'Ivoire proprement dite et l'or, pour être plus rare, n'en est pas moins répandu avec la même dilïusion.

Les indigènes se le procurent en lavant les sables et graviers des cours d'eau et en creusant de petits puits le long des berges.

Tous les explorateurs de cette région ont signalé la présence de l'or : (( Le bassin entier du Comoë, dit M. Binger, n'est qu'un immense placer à peine entamé. De Grand- Bassam et d'Assinie à Groumanio et Bondoukou, toutes les transactions se font en or. »

(1) Jusqu'en 1842 les Anglais étaient môme seuls à commercer avec la Côte d'Ivoire.

(( C'est une contrée dont le sol sue l'or », dit à son tour le capitaine Marchand.

Enfin, les récentes explorations de M. P. d'Espagnat ont signalé aussi le métal précieux dans la région de VAttié.

L'exportation de la poudre d'or annuelle est d'environ 300.000 francs.

La forêt, si riche, n'est pourtant mise à contribution (et encore bien peu) que pour l'acajou et les diverses lianes qui donnent le caoutchouc, mal récolté du reste par les indigènes.

Cependant, depuis quelque temps, l'exportation des bois d'acajou semble augmenter. A Frembo, dans le pays d'Assinie, ce nouveau commerce a fait presque entièrement abandonner celui de l'huile de palme, qui devient d'année en année moins rémunérateur.

Importations. — On importe à la Côte d'Ivoire des tissus, de la poudre, des fusils à silex, des alcools, du tabac en feuilles, du savon et une foule de menus articles composant ce qu'on nomme la pacotille (parfumerie, glaces, verroterie, perles, couvre-chefs et ombrelles, etc.)

Il y a longtemps que l'ivoire qui, du reste, a toujours été assez rare, n'est plus un objet de trafic.

Les tissus importés viennent pour la plupart de Manchester. Toutefois, les tissus français ont la réputation d'être meilleurs. Mais ce genre de commerce trouve une concurrence dans les cotonnades venues de Kong. Les pagnes fabriqués à Kong ont plus de prix aux yeux des indigènes, quoique plus grossiers. Les commerçants anglais exploitent parfois cette préférence en faisant tisser des pagnes semblables à Manchester.

La concurrence commerciale s'exerce encore par les indigènes Jack-Jack qui trafiquent directement sans l'intermédiaire d'Européens et font ainsi environ dix millions d'affaires par an.

Suivant M. Verdier (dont la compétence en cette matière

est certes indiscutable), les produits qui se vendent à l'heure actuelle, à la Côte d'Ivoire, sont les mêmes que vers l'année 1861 et leur quantité n'aurait pas varié.

Il serait encore plus à regretter, cependant, que la plupart de ces produits fussent anglais, bien qu'importés par des maisons de commerce françaises.

Les produits anglais ou allemands, souvent de qualité inférieure, à vrai dire, s'obtiennent cependant à bien meilleur compte.

Les alcools importés (gin, rhum dit de traite) sont l'objet d'un trafic important. Les indigènes ne s'adonnent que trop à l'alcool, et c'est à tel point que le décor de la forêt tropicale est souvent gâté pour l'Européen remontant les fleuves, par la vue de bouteilles de gin carrées, flottant vides au fil de l'eau.

Il est certes pénible de voir des races d'à Antinous )), d'(( Apolloniens », de « vrais bronzes florentins » (ainsi qu'ont été désignés parfois les indigènes par des voyageurs émerveillés de leurs formes sculpturales), déchoir peu à peu par l'abus du gin et des liqueurs fortes.

Cependant, si la funeste passion apportée par les Européens est un mal, il faut convenir aussi qu'elle est un mal nécessaire.

Pour permettre aux blancs de s'implanter dans de tels pays, d'y commercer, il faut évidemment créer à l'indigène des besoins nouveaux. L'alcool est là un auxiliaire énergique mais sûr.

Le soL— Le sol de la Côte d'Ivoire, très fertile, paraît propre à toutes les cultures tropicales.

Cependant la vraie culture n'est guère représentée que par la plantation de cafés d'£^/ima, appartenant à M. Verdier.

Cette plantation de caféiers, importés du Libéria, couvre une superficie de plus d'une centaine d'hectares sur les bords du lacAhy, près d'Assinie; elle est très prospère.

Il est à présumer que la fertilité merveilleuse de la forêt

réserverait encore des surprises à qui se donnerait la peine de la défricher.

(( Au nord de ces opulentes et riches régions, dit M. Binger, on entre dans la zone des céréales et des graines végétales ; le ce, la pourguère, le ricin abondent.

» Au delà, ce sont les riches pâturages du Mossi, les plantations de tabac, d'indigo, de textiles. »

Mais un des obstacles à toute culture ou exploitation est le défaut de la main-d'œuvre à la colonie.

Les noirs sont naturellement paresseux : leur recrutement pour l'exploitation est dès lors difficile.

L'apprentissage de la culture est déjà, en outre, une œuvre à part assez considérable, car ils sont complètement ignorants du travail du sol. Enfm, dressés et aptes à la besogne demandée, ils s'en acquittent mal ou ne travaillent qu'à leurs heures.

Les échanges. — La monnaie d'échange à la côte orientale est la manille ayant la forme d'un fer à cheval ; c'est un alliage de cuivre et d'étain et la valeur est d'environ vingt centimes. Les manilles ont été importées il y a fort longtemps à la Côte d'Ivoire par nos voisins d'outre-Manche.

Dans l'intérieur, le sel en barres venu de la côte, la poudre d'or, etc., et surtout les coquillages nommés cauris, servent encore de monnaie d'échange.

Voies commerciales. — Les voies commerciales de l'est sont les plus importantes. Cependant il s'opère certainement des transactions directes entre les indigènes de la côte ouest et ceux de l'intérieur.

La voie du Comoë par Bettié, Mango et Kong serait sans doute la principale ; en tout cas, nous avons intérêt à la rendre telle.

La route du Baoulé, partant de Grànd-Lahou et gagnant le nord par le Bandama, est celle qui a été signalée par le capitaine Marchand ; elle permet aussi de gagner Sakhala ou Kong et, de là, les grandes voies du Soudan.

Il peut paraître bizarre d'employer la qualification de routes à des sentiers plus ou moins battus, à des portions de cours d'eau plus ou moins navigables, en un mot à des voies d'accès souvent difficiles dans un pays de forêts où les animaux porteurs sont inconnus.

A. la Côte d'Ivoire, en effet, les mulets, les chevaux sont encore des bêtes apocalyptiques que la colonne Monteil leur a révélés. Tous les transports doivent se faire à dos d'homme ou en pirogue.

Tout cela n'importe pourtant que d'une façon secondaire dans l'établissement d'une voie commerciale.

Il faut avant tout la libre circulation obtenue des roitelets nègres, les péages supprimés ou diminués, en un mot la bienveillance des pays traversés.

C'est aussi ce qu'ont cherché à acquérir, dans tous leurs voyages, les explorateurs à la Côte d'Ivoire en plaçant les diverses régions sous le protectorat français, et par cela même leur œuvre est doublement utile.

Au point de vue budgétaire, la Côte d'Ivoire est en voie de prospérité, grâce aux droits de douane principalement.

Le régime douanier date de 1889, époque à laquelle il a été définitivement établi après quelques essais antérieurs.

(( La moyenne des droits est de 70 p. 100. » (V'erdier, Trente-cinq années de lutte aux colonies.)

Cet apport a permis néanmoins de doter la colonie d'écoles qui vont encore se multipliant. A Assinie, M. Jeand'heur a donné tous ses soins à l'enseignement des jeunes indigènes.

(( La Côte d'Ivoire ne dépense que 10.000 francs, soit 1/00 de son budget, pour l'enseignement. » (Le Temps, février 1897.)

Enfin, un réseau t élégraphique estétabli à l'heure actuelle longeant toute la côte, reliant bientôt les localités du Cavally à celles d'Assinic.

Côle d'Ivoire. 6.

Ce réseau continuera celui qui était déjà établi de Grand Bassam à Lahou par Jackville.

Chiffre des affaires à la Côte d'Ivoire (année 1891). (Extrait de l'ouvrage de M. Verdier.)

Importation 3.179.009 fr. 49

Exportation 4.069.409 25

Total 7.248.418 fr. 74

Droits perçus pour la douane 978. 205 fr. 88

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