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II. - HYDROGRAPHIE

Caractères des cours d'eau de la Côte d'Ivoire.

La Côte d'Ivoire est un pays bien arrosé. Tous les fleuves ont à peu près le même caractère : ils deviennent, aux saisons des pluies, de véritables torrents; ils sont embarrassés de rapides dont les premiers sont toujours rapprochés de la côte; enfin, ils ont tous une longueur restreinte et conservent pendant tout leur parcours la direction générale nord-sud.

Ils naissent, surtout ceux de la côte ouest, sur la dernière ligne de hauteurs que nous connaissons déjà. Cependant le Comoë franchit cette chaîne vers le pays de Kong, pour prendre sa source plus au nord, dans le massif détaché de Natinian-Sikasso.

Dans la saison sèche, les cours d'eau, après avoir franchi les rapides, arrivent à la mer dans une dernière pente presque insensible; aux époques des pluies (par exemple en octobre-novembre) , ils grossissent très rapidement, inondant leurs bords comme le Cavally ou se précipitant dans la mer avec une vitesse de 14 kilomètres à l'heure, comme le Comoë à Grand-Bassam. Les eaux deviennent alors jaunes et bourbeuses, et cette teinte est encore reconnaissable dans l'océan jusqu'à 8 kilomètres de l'embouchure du Comoë.

Description des fleuves (de l'ouest à l*est).

Le Cavally (fleuve Dou des indigènes), qui forme frontière avec le Libéria, n'échappe pas à ces caractères; mais, à première vue, il semblerait devoir fournir une voie commode de pénétration vers l'intérieur.

Son embouchure est vaste et profonde ; pendant quelque temps même il conserve les allures d'un grand fleuve.

Cependant, il se rétrécit bientôt et, à quelques milles de la côte, il s'obstrue déjà de grosses roches. D'ailleurs, l'embouchure elle même, comme celle des autres tributaires du golfe de Guinée, est bouchée par les sables, de sorte qu'avec la barre l'entrée est rendue impossible pour un vapeur, même de petites dimensions.

Les sources du Cavally et le bassin supérieur sont très peu connus.

D'après des indigènes captifs, provenant de ces régions et questionnés à ce sujet, le fleuve n'aurait qu'une longueur restreinte.

La rapidité avec laquelle il grossit et baisse semblerait donner raison à cette opinion.

Il recevrait sur la rive gauche un affluent important de direction nord-est sud-ouest appelé Sou ou Sô.

Bûttikôfer prétend que le Cavally est navigable sur une longueur de plus de 120 kilomètres. En réalité, la navigation s'arrête complètement à Graho.

Ce village, qui marque aussi la limite entre deux peuples, n'est atteint lui-même qu'après le passage de plusieurs rapides et encore dans la saison favorable, au moment où la crue atteint une hauteur moyenne.

Du Cavally au San Pedro, la côte n'est coupée que par de petits cours d'eau, quelquefois presque à sec, même une partie de l'année et dont les plus importants sont la rivière de Tabou, le Bido, le Néro.

Ces cours d'eau, comme ceux situés entre le San Pedro et la rivière de Sassandrah (rivières Brette, Kongou, Didamine) naissent des premières hauteurs avoisinant la côte.

Le San Pedro, qui coule d'abord encaissé entre des collines boisées, n'a été remonté qu'à quelques journées de pirogues (Quiquerez, de Segonzac); la rivière de Sassandrah est mieux connue, plus importante et peut-être destinée à devenir une bonne voie commerciale ; elle se partage vers son embouchure en de nombreux bras marécageux.

Après Fresco, les petits fleuves n'ont pas pu, en raison de la lenteur de leur courant, conserver leur embouchure devant la barre puissante.

Formation des lagunes. — Le sable s'est amoncelé peu à peu et, derrière ce bourrelet, le cours d'eau s'est étendu librement, sur un terrain absolument plat, sans obstacles : d'où la formation des lagunes.

Ces lagunes n'ont pu se former en général à l'ouest de Fresco, où nous savons que le terrain se relève, donnant au courant une vitesse plus grande.

A l'est, il a fallu toute la violence de la crue, dans la saison des pluies, pour briser l'obstacle.

Aussi la brèche se trouve-t-elle presque toujours en face du point où le fleuve débouche de la forêt.

Il en est ainsi pour le Bandama qui sort à l'est de la lagune de Grand-Lahou.

Cette lagune, qui s'étend presque parallèlement à la côte, est parsemée d'îles assez nombreuses, dont une, vers l'ouest {Lozoua) est entièrement couverte d'habitations. Les cours d'eau qui débouchent dans la lagune de Lahou n'ont que peu d'importance, sauf peut-être le Yocoboué, remontable à deux journées de pirogue environ.

En somme, le Bandama ou Lahou est le premier fleuve, en partant de l'ouest, dont on ait une connaissance assez complète, et encore date-t-elle des récentes explorations du capitaine Marchand et du passage de la colonne Monteil.

On sait que le Bandama ou Lahou, formé du Bandama blanc et du Bandama rouge, a été choisi comme voie de pénétration vers le Soudan par M. Marchand.

Ce n*est pas qu'il soit non plus très navigable, car ses rapides commencent encore très près de la côte, mais en ce point la forêt est moins large (100 kilomètres environ) et il devient dès lors plus facile de gagner rapidement le bassin du Niger.

Le Bandama, sur lequel des postes militaires furent établis (Tiessalé, Singorobo), prend sa source à Sikasso, près du centre orographique de formation du bassin nigérien. Il traverse le Kouroudougou, le Baoulé et reçoit, en amont de Tiessalé, un affluent de gauche assez important, le Zini.

C'est entre le Zini et le Bandama que se trouve le « golfe de plaine » dont parle le capitaine Marchand.

Hypothèses sur les fleuves inexplorés de la région occidentale.

A propos des fleuves de la région occidentale, il est bon de citer, comme Binger dans son ouvrage, les renseignements donnés par l'amiral Fleuriot de Langle (Tour du Monde, 1873).

(( La rivière de Grand-Bassam, celles connues sous le nom de rie Fresco, Saint-André, Biriby, Cavally, seraient les déversoirs d'une lagune intérieure, recevant toutes les eaux des monts Kong. Les Grébos nomment cette lagune Glé; ils affirment que ses eaux sont profondes, qu'elle a 4 milles de largeur et que les naturels la parcourent jusqu'au-dessus de Biriby et de Cavally. »

Voici ce que dit à son tour M. Binger :

(( A l'intérieur, d'après la configuration des pays que j'ai traversés à l'est, l'existence d'une sorte de bassin lacustre me paraît douteuse. Je pense, aucontraire, queles rivières du Cavally au Lahou ne traversent pas une lagune

et qu'elles ont un cours semblable, non seulement au Saint-André, qui est connu, mais encore au Comoë, à la rivière Bia et au Tendo. »

Les explorations récentes n'ont en effet jamais révélé aucune trace de lagunes si on ne les confond avec les marigots bourbeux de la saison des pluies.

D'où vient alors cette assertion? Peut-être du fait suivant :

Le Cavally arrose une vallée qui produit le riz en abondance. La culture en est poussée très loin dans l'intérieur. Il faut en conclure que les bords de ce fleuve sont partout inondés à certaines époques de l'année.

Ces inondations (que j'ai eu moi-même tout le loisir d'observer dans le bassin inférieur du fleuve) peuvent donc former, pour quelque temps, sur les rives, une sorte de lagune dont les eaux sont retenues encore par un terrain argileux non perméable.

D'ailleurs, sur la rive gauche du Cavally, et d'après les indigènes, une sorte de lac permanent se serait formé ainsi, et des roches s'y dressent au milieu; c'est un endroit fétiche, s'il en fut.

Cependant, il ne faut aucunement attribuer à ce qui n'est peut-être qu'un marais vaseux l'importance que donnent les indigènes de l'amiral Fleuriot de Langle à leur lagune Glé, qui n'existe ainsi certainement que dans leur imagination.

La lagune Ebriéesi la plus étendue (120 kilomètres) sinon la plus profonde (en moyenne 1 mètre à peine), contrairement à la lagune de Grand-Lahou qui, à côté de bas-fonds sablonneux, présente parfois d'assez grandes profondeurs.

Elle est aussi parsemée d'iles et reçoit des rivières comme celles de Tiakba, du Layon et surtout celle de Dabou, la plus importante, mais qui n'est navigable que sur une longueur restreinte.

Le Comoë se déverse à l'est de cette lagune ; c'est un des fleuves les plus importants de la Côte d'Ivoire ; c'est aussi

un des plus connus. Il prendrait sa source vers le massif de Sikasso dans les États de Tiéba.

Il arrose le pays des Komono au nord de Kong, le Djimini, le Barabo, Vlndénié, le pays de Bettié. A son embouchure, près de Grand-Bassam, sa largeur est d'environ 250 mètres.

Toutefois, ce fleuve, qui devrait être une facile voie d'accès vers l'intérieur est, lui aussi, fermé par des rapides qu'on trouve déjà infranchissables, dès le village de Malamalasso; dès lors, il n'est plus navigable que par interruptions.

Quant à la rimère Bia ou rivière de Krinjabo^ elle prend sa source dans les possessions anglaises du Sahué et arrose le Samri avant de se jeter dans la lagune Agby ou d'Assinie. Ce cours d'eau est très tortueux et la navigation s'arrête bientôt aux chutes d'Aïn-Boïsso.

La lagune d'Assinie s'enfonce profondément dans les terres, au lieu de s'étendre, comme les autres, parallèlement au rivage. Elle communique avec la lagune Tendo qui reçoit le Tanoë. Ce dernier fleuve a son bassin presque tout entier enclavé dans la Côte d'Or anglaise. Son cours est également très tortueux.

Le bassin supérieur occidental de la Volta noire peut être aussi considéré comme faisant partie des pays situés au nord de la Côte d'Ivoire, soumis à l'influence française.

Les lagunes subissent naturellement l'effet des mouvements de la mer; les eaux en sont saumâtres, toujours troubles. Elles communiquent parfois entre elles comme celles de Fresco et de Lahou par des sortes de marigols.

La côte. — Le bourrelet de sable parfois si étroit (inférieur à 200 mètres à Grand-Lahou) qui sépare la lagune de l'océan, n'a pas toujours la régularité et l'uniformité recliligne remarquée pour toute la côte. La mer effectue là un perpétuel travail, tantôt déposant de grandes assises de sable à parois verticales (entrée du Bandama), tantôt rega-

gnant le terrain perdu par de formidables raz de marée.

D'ailleurs, la côte ouest, semée d'écueils, où les rochers remplacent parfois le sable, est loin de présenter cette remarquable régularité à qui la parcourt pédestrement.

La barre, qui s'étend tout le long du golfe de Guinée, si elle n'est pas là aussi violente qu'à l'est, à Grand-Bassam et Lahou (ce qui est fort contestable) est au moins plus dangereuse à cause de ces écueils. C'est une des raisons qui éloignèrent de la côte de Krou et de son voisinage les anciens navigateurs. En tout cas, les vieilles épaves de navires d'autrefois, qu'on rencontre encore dans quelques cases d'indigènes, montrent que leur prudence était fondée.

La barre. Ses causes. — Tous les voyageurs ont décrit la barre qui déferle en trois volutes puissantes avec un bruit de tonnerre sur toute la longueur du golfe de Guinée.

Parfois elle est infranchissable; en temps ordinaire, elle réclame, pour être franchie, toute l'habileté des noirs (kroumen ou minas) particulièrement doués pour cet exercice.

La mer a vite fait cependant, en cas de naufrage, de rejeter au rivage ce qu'elle a submergé (si toutefois le poids n*est pas trop considérable) ; les requins sont rares d'ailleurs dans ces parages (contrairement à ce qui existe au Dahomey).

Néanmoins, la construction d'un wharf, projetée naguère pour Grand-Bassam, permettrait d'éviter parfois des immersions désagréables et de nombreuses pertes de marchandises pour les commerçants.

Le fond de la mer, près de la côte, est constitué par une sorte de plateau sous-marin qui serait la continuation de celui qui porle la forêt. 11 s'avance très loin en pente insensible, ne présentant à une distance assez grande qu'une profondeur de 10 à 15 mètres, pour se terminer brusquement par une muraille à pic. Les puissantes masses d'eau de l'Atlantique remuées par les marées, et

sur lesquelles agissent encore les courants marins, arrivent, poussées en outre par le vent. Il existe, en efîet, un constant appel d'air de la mer vers la terre, causé par la différence notable de température entre ces deux éléments.

Les vagues se heurtent alors à la muraille verticale qui termine le plateau sous-marin. Elles se soulèvent ainsi en volutes énormes.

Ce serait l'explication la plus plausible d'un phénomène qui reste, malgré tout, encore mal connu.

La vallée sous-marine. — Le plateau sous- marin de la Côte d'Ivoire offre toutefois une forte dépression devant Fetit-Bassam, entre Grand-Bassam et Jackville.

Cette vallée peu large mais profonde constitue un gouffre d'une profondeur d'environ 300 mètres.

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