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LA FORET — FLORE ET FAUNE

La forêt.

Si l'on prend pour limite nord de la Côte d'Ivoire la ligne de faîte qui sépare les fleuves côtiers du bassin du Niger^ on peut dire que le pays n'est qu'une immense forêt.

Mais cette forêt même pourrait se diviser en deux zones :

Première zone. — La première est celle de la forêt dense épaisse, impénétrable; elle est traversée par des sentiers étroits, parfois obstrués même par la végétation qui reprend son domaine. Les rivières y coulent en général sous une voûte sombre formée des branches qui se rejoignent, et, dans les petits cours d'eau, cela est encore un obstacle au passage des pirogues.

La forêt s'étend ainsi parallèlement à la côte à une distance de celle-ci voisine de 300 kilomètres. Cette distance doit être sensiblement la même vers l'ouest où la forêt n'a

jamais été traversée : en effet, cette forêt est sortie des alluvions de fleuves qui sont assez semblables et ne diffèrent guère d'importance ni de longueur. Toutefois, l'épaisseur des bois diminue plus rapidement vers la vallée du Bandama; c'est le « golfe de plaine )) signalé par le capitaine Marchand qui limiterait à 80 kilomètres environ la traversée de la forêt.

Deuxième zone. — La deuxième zone s'étendrait'au nord, depuis Bondoukou, par exemple, à Test, jusqu'au pied des hauteurs avoisin^nt Kong.

C'est le second seuil du grand plateau, la zone des plaines couverte encore de végétation, surtout au sud, mais beaucoup moins dense que la précédente. C'est la véritable brousse, peu élevée bientôt, qui, insensiblement, s'éclaircit pour arriver aux collines frontières.

On pourrait alors considérer ces hauteurs comme formant une troisième zone qui serait celle des pâturages^ mais nous serions maintenant dans le Soudan.

Flore. — La zone côtière où la végétation est si puissante produit en quantité des arbres énormes et des plantes nombreuses que la science n'a pas encore catalogués.

Sur les bords des lagunes croissent les fromagers épineux, les pandanus, les mangliers, les palétuviers. A l'est, on remarque le baobab, le mancenillier, l'acacia flamboyant, les élaeïs.

Le palmier s'y trouve en abondance et avec de nombreuses variétés : le palmier à huile (elœis Guineensis)^ une des grandes ressources de la colonie; l'espèce classée sous le nom d'areca vinifera qui fournit le vin de palme; celle qui donne le chou palmiste (areca oleracea); celle qui sert à la construction des cases à la côte orientale ; les rôniers, etc.

Les bouquets de cocotiers signalent au loin les villages ; très nombreux dans le voisinage de la côte, on ne les trouve plus, cependant, à quelque distance dans l'intérieur.

Les bananiers se rencontrent partout. Le commerce trouve à exporter l'acajou, les bois d'ébène, le caoutchouc. Enfin, c'est aussi le pays de l'arbre à kola dont la noix est si prisée des indigènes de l'intérieur. La côte occidentale et son hinterland semblent être plus particulièrement le pays des kolas.

Les ananas mûrissent dans toute cette région, à l'ombre de la forêt tropicale, sous les lianes gigantesques, où on .les rencontre souvent mêlant leurs feuilles rigides en groupes touffus. ^

La vallée du Gavally possède aussi les arbres fruitiers comme le manguier, l'arbre à pain, l'oranger, le citronnier, le papayer, etc. ; mais il est à présumer qu'ils ont été importés dans les villages à une époque assez récente même, par les quelques missionnaires américains qui visitèrent le pays. Ces cultures y prospèrent comme pourraient y prospérer le caféier, la canne à sucre, si l'on en juge par les rares échantillons qui y furent importés. Les vallées des fleuves de la côte occidentale donnent aux indigènes le riz en abondance.

La deuxième zone, moins favorisée relativement à la végétation, produit en revanche les céréales, surlout au nord où l'on trouve le mil. Le manioc, l'igname sont encore cultivés dans ces régions et, dans ta partie septentrionale, l'arbre à beurre.

Faune. — La faune serait peut-être aussi plus variée dans cette deuxième zone.

La forêt est en effet trop épaisse vers le sud pour faire place aux gros animaux. C'est ainsi que les éléphants se rencontrent surtout au nord ; il en est de même des antilopes et des animaux du même genre. La région forestière abrite, cependant, des troupes innombrables de singes aux nombreuses variétés, quelques chats-tigres et une sorte de sanglier.

Les caïmans ne sont pas rares vers rembouchure des

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fleuves, mais les lagunes en sont particulièrement infestées. Les tourterelles, les perroquets gris, les pigeons verts, les ibis, les aigrettes, les toucans, peuplent la forêt.

Les reptiles sont encore représentés par les nombreuses variétés de lézards, dont l'iguane dans l'intérieur et l'inévitable autant qu'inoffensif gecko. Les serpents abondent, surtout au bord des fleuves, où, comme le « serpent noir », ils s'étalent paresseusement sur les troncs d'arbre de la rive. A citer aussi le petit serpent des bananiers, très commun, et une sorte de python atteignant une grande taille.

Malgré tout, l'homme n'a pas à lutter dans ces régions avec un animal ennemi, comme dans l'Indo-Ghine, par exemple, avec le « seigneur tigre ». Tout au plus, faut-il compter parfois avec les redoutables légions de fourmis envahissantes, elles-mêmes détruites par le fourmilier ou pangolin.

L'ennemi ici, c'est plutôt l'élément végétal qui submerge et envahit tout, engloutissant les villages comme dans un océan de verdure. L'indigène le combat par le feu, pour s'y ménager une trouée où il cultivera le riz ou le manioc, où il plantera sa bananeraie. L'Européen aurait tôt fait de transformer cette force de production végétale à son profit, car le sol attend toutes les cultures.

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