LE FRATRICIDE PUNI
Il y avait deux enfants dont l'un avait appris bien des chants. On les invita à une réunion de leurs camarades tous les deux. Ils avertirent leur mère qu'ils se rendaient à cette réunion, et la mère dit : « C'est bien ! »
Ils se mettent en marche, arrivent au lieu du rendez-vous, battent leur tam-tam avec grand entrain. On donna deux mille cauris au cadet et mille à l'aîné. Et ils reprirent le chemin de leur maison.
Chemin faisant, l'aîné tombe sur son frère et le tue. Il prend les cauris de son frère, les ajoute aux siens, et il rentre chez lui.
Il n'est pas plutôt rentré qu'on lui demande compte de son frère. Il répond qu'il l'a laissé en chemin. On chercha son frère partout sans pouvoir le trouver.
Or, un jour, la mère dit à l'aîné qu'elle allait arracher des feuilles.
Quand elle vint à l'endroit où son fds avait été tué, les ossements de son fils étaient déjà pourris ; ils avaient produit un champignon. Ce champignon était très-beau, et quand la mère s'en approcha, elle s'écria : « Oh! que ce champignon est beau! » Elle se disposait à l'arracher, lorsque son fils répondit : « Mère, n'arrache pas; mère, n'arrache pas; n'arrache pas, mère, adja-nti-nlèlé! — je fus chez mes camarades, adja-nti-nlélé ! — je fus chez mes camarades, adja-nti-nlèlé! — ils me donnèrent deux mille cauris, adjanti-nlélé l — ils en donnèrent mille à mon aîné, adja-ntinlélé l — il me tua dehors, le cruel! mon aîné me tua dehors, adja-nti-nlélé l »
La mère court vile à la maison appeler le père de ces enfants. Tous deux reviennent en hâte aux champs. Arrivés sur les Ueux, le père de ces enfants veut arracher le champignon. Mais l'enfant recommence à chanter comme il avait fait tout d'abord.
Coupons court. Le père de ces enfants alla trouver le roi et lui raconta ce qui se passait. Le roi vint lui-même et voulut arracher le champignon. Et l'enfant chanta toujours de même.
Lors, le roi envoie chercher l'aîné. Celui-ci arrive. Dès qu'il est venu, le roi lui dit d'un ton sévère : « De même que tu as pris ton frère et que tu l'as tué, de même on va te prendre et te tuer, afin que ton frère revienne à la vie. »
On tua l'aîné, et le cadet revint à la vie.
Apprenez de là à ne point vous fâcher si l'on donne de grands présents à votre frère. Que laîné ne jalouse point le cadet, lorsque celui-ci est l'objet de quelque préférence.