‹ La côte des Esclaves et le DahomeyChapitre 34 sur 65 · LE LIEVRE ET LES AUTRES ANIMAUX · texte numérisé non relu

LE LIEVRE ET LES AUTRES ANIMAUX

Écoutez avec attention mon conte sur le lièvre et sur tous les animaux.

La sécheresse sévissait avec rigueur ; plus de rosée : la gent aquatique elle-même souffrait de la soif. A son tour, la famine arriva. Ne trouvant plus rien à manger, les animaux se réunirent en congrès.

Il fut décidé que chacun se couperait le bout de l'oreille ; qu'il donnerait sa graisse; qu'on vendrait le tout et qu'on en emploierait le prix à acheter une pioche ; qu'on creuserait un puits et qu'on aurait enfin de l'eau.

Et tous de s'écrier : « C'est bien ! allons, qu'on se coupe le bout de l'oreille. »

Quand vint le tour du lièvre, celui-ci refusa. Tous les animaux restèrent muets de stupéfaction. Cependant, ils ramassèrent leurs oreilles, ils tirèrent leur graisse, ils allèrent tout vendre, et le prix fut employé à acheter une pioche, lis emportèrent cette pioche et vinrent creuser un puits.

Enfin, voilà de l'eau : on peut donc un peu satisfaire la soif.

Lors, le lièvre se met en mouvement et va prendre Vakércgbé '. Il se dirige vers le puits, au moment où le soleil est au milieu de sa course. Comme il cheminait, la calebasse

rendait un bruit sourd : elle faisait : chan-gan-gan-gan

chan-gan- gan-gan

Les animaux qui veillaient auprès de la lagune s'enfuirent effrayés, en entendant le bruit que faisait Xakéréghè du lièvre. Arrivés à la maison, ils racontèrent qu'il y avait à la lagune quelque chose d'effrayant qui avait mis en fuite les gens de la lagune.

' Petite cubelassû qui sert à porter les liquides.

Tous les animaux qui gardaient la lagune s'enfuirent donc. Le lièvre puisa de l'eau, sans encombre; puis il descendit dans le puits et se baigna, en sorte que l'eau fut toute troublée.

Le lendemain venu, tous les animaux accoururent pour prendre de l'eau; elle est trouble. « Ah! s'écrient-ils, qui donc a ainsi perdu cette source? C'est bien ! »

Ce disant, ils vont prendre une statue. Ils font de la glu et l'en barbouillent; puis ils font un trou en face du puits.

Vers midi, tous les animaux allèrent se cacher dans le taillis. Le lièvre vient, s'approche de la statue. Le stratagème réussit, et le lièvre ne se doute pas même de la présence des animaux dans le taillis.

Le lièvre salue la statue, celle-ci ne répond rien ; il salue de nouveau, la statue ne répond rien encore. « Or çà, dit-il, prends garde que je ne te donne un soufflet. » Il donne un soufflet, et sa main droite reste prise. Il frappe de la main gauche, et la main gauche reste prise aussi. « Oh ! oh ! s'écrie-t-il : eh bien! frappons du pied. » Il frappe du pied, et le pied reste pris; et notre hèvre ne put se dépêtrer.

Voilà que les animaux sortent alors du tailUs et viennent voir le lièvre et son akéréghé. c Foin du lièvre ! s'écrient-ils ensemble ; ne lui ont-ils pas proposé de se couper l'oreille, lui aussi? et n'a-t-il pas refusé? Quoi? tu as refusé, et tu viens ensuite troubler notre eau ! » On prend des fouets, on se rue sur le lièvre, on l'accable de coups, on le tue presque.

« Nous devrions te tuer, maudit lièvre Mais non ! » On

le délivre; et le lièvre de s'enfuir.

Depuis lors il ne quitte plus les champs.

Page 1