‹ La côte des Esclaves et le DahomeyChapitre 35 sur 65 · LA VENDEUSE D HUILE ET LE REVENANT · texte numérisé non relu

LA VENDEUSE D HUILE ET LE REVENANT

Alo! Alo o!

Mon conte a trait à une femme. Cette femme eut une enfant qui s'occupait à faire de Vekpo '.

Un jour, l'ekpo étant fabriquée, elle l'emporta à la foire pour la vendre. Elle reste à vendre son ekpo jusqu'à ce qu'il fût nuit close.

Un habitant du ciel vint alors lui demander de l'ekpo; et il lui donna les cauris. Or, en comptant les cauris. la jeune fille s'aperçut qu'il en manquait un. Et elle réclama le cauris qui était en moins. Le revenant répondit qu'il n'avait plus de cauris. Et la fille de crier : « 3Ia mère me grondera, disait-elle. Gomment rentrer à la maison? »

L'habitant du ciel se retire ; la jeune fille le suit. « Va-t'en, retourne en arrière, dit l'habitant du ciel, car personne ne peut pénétrer dans le pays que j'habite. » Et l'enfant : « Là où tu vas, j'irai aussi. »

Ils cheminèrent bien longtemps et arrivèrent dans un pays où les gens pilent avec la tète l'igname qu'ils réduisent en pâtée. Puis ils allèrent à la rivière du pus. Et le revenant chantait : « Jeune vendeuse d'ekpo, reviens-t'en. — R. Je ne m'en reviendrai pas. — Jeune vendeuse d'ekpo, va. reviens-ten. N'entre pas dans la rivière du pus, revienst'en. — R. Non, je ne m'en reviendrai pas. — Jeune vendeuse à'ekpo, quand tu arriveras à la rivière du sang, retourne en arrière. — Je ne m'en reviendrai pas. — Vois-tu ce bois, là-bas, là-bas ? — Je ne m'en reviendrai pas. — Et cette montagne abrupte ? — Jamais je ne retournerai sur mes pas. »

' Ekpo, huile de palme.

Longtemps encore ils cheminèrent avant d'arriver à l'autre monde. Le revenant donna des égni * à la jeune fille pour faire de i'ekpo, et lui demanda de manger l'huile et de lui porter le haha. Or, l'eA/?» terminé, l'enfant donna l'huile au revenant et mangea le haha. « C'est bienl » dit le revenant.

Une autre fois, celui-ci prit une banane et la donna à la jeune fille, disant : « Prends cette banane, mange-la et ne me réserve que la peau. » L'enfant prit la peau et la mangea, et elle apporta le fruit au revenant.

Lors, le revenant parla à l'enfant en ces termes : « Va cueillir trois ados -. Les ados qui feront : Ka mi! ha mi! ka mi! (Prends-moi! prends-moi! prends-moi!) laisse-les de côté. Prends-en trois qui ne disent rien du tout et reviensl'en. A moitié chemin, casses-en une; casse la seconde près d'arriver à la maison, et la troisième, quand tu seras rentrée. — C'est bien! dit l'enfant.

Et l'enfant partit; et elle revint; et à moitié chemin, «lie cassa une ado. Et aussitôt, des esclaves et des chevaux en grand nombre apparurent et se mirent à la suite de la jeune fille.

Près d'arriver à la maison, l'enfant cassa la seconde ado. Et voici des animaux, des chèvres, des brebis, des béliers, des poules... il y en avait deux cents et plus. Et tous faisaient cortège à l'enfant.

Celle-ci, étant arrivée, cassa l'arfo qui restait, et toutes les maisons se remplirent de cauris : elles ne purent même les contenir tous.

La mère de notre enfant prit vingt coraux, vingt achos, vingt animaux, vingt poules, et alla les offrir à son iyallé.

' Égni, fruil mur du palmier. Le haha est le résidu filamenteux de ce fruit, après que l'huile a été exprimée.

"^ Ados, calebasses très-petites. On les perce et on les vide pour y metlre des poudres.

Viyallé refusa, disant qu'elle enverrait son enfant ; que son enfant saurait bien en trouver autant, et qu'elle le lui apporterait à la maison. « C'est bien ! » lui fut-il répondu.

Viyallè alla faire de Vekpo. Elle la donna à sa fdle et lui donna ordre de l'aller vendre à la foire. L'enfant prit Ihuile et partit pour la foire. Le revenant arriva, vint lui acheter de Vekpo et lui remit les cauris en payement. Le compte était exact, mais la jeune fdle A^ola un cauris, le cacha et prétendit n'avoir pas reçu le prix juste. « Que faire ? dit le revenant : je n'ai plus de cauris. — Dans ce cas, dit la jeune fille, je te suivrai chez toi. » Le revenant repartit : « C'est bienl allons. »

La jeune fille et le revenant se mirent en marche. Bientôt le revenant recommença à chanter comme la première fois : « Retourne en arrière. » Et l'enfant : « Je ne m'en reviendrai pas. » — Le revenant : « Reviens sur tes pas. » — L'enfant : a Je ne veux pas m'en revenir. » — Le revenant : (' Alors, c'est bien ! partons. »

Ils allèrent ainsi jusqu'à l'autre monde.

Le revenant prit des ègnis, les donna à l'enfant et lui dit de faire de Yekpo. « Quand \ekpo sera faite, ajouta-t-elle, tu mangeras l'huile et tu garderas pour moi le haha. » Et l'enfant garda l'huile pour la manger, et elle alla porter le haha au revenant. Et le revenant tout ébahi s'écria : « C'est bien ! »

Ensuite, il donna une banane à la jeune fille et lui dit de la peler : « Tu mangeras le fruit, ajouta-t-elle, et tu me porteras la peau. » L'enfant prit la banane et la mangea; elle prit la peau et alla la porter au revenant.

Le revenant lui dit aussi : « Va cueillir trois ados. Tu en trouveras qui feront : A'a mi! la mi! ne les cueille pas. » L'enfant part; elle va cueillir les aJos. Elle en trouve qui ne rendent aucun son; elle n'y touche point. D'autres faisaient: Ka mi! ka mi! ka mi! elle les cueille.

Lors, le revenant lui parle en ces termes : « Quand tu

seras à moitié chemin, casse une ado. » A moitié chemin, l'enfant casse une ado; et elle se voit poursuivre par quantité de loups, de serpents, de lions. Tous courent après elle, la pressant, la mordant, la harcelant sans relâche presque à la porte de la maison.

Klle casse une seconde ado ; et toutes les bétes féroces viennent la mordre, à l'entrée même de la maison. Cependant, tandis que l'enfant était ainsi cruellement déchirée, il n'y avait qu'un sourd dans la maison, et il en avait fermé la porte. L'enfant cria au sourd de lui ouvrir la porte : le sourd n'ouvrit pas. Elle criait toujours au sourd d'ouvrir, et le sourd n'ouvrait jamais. Là, sur le seuil de la porte, les animaux tuèrent la pauvre enfant.

Apprenez de là à n'être point envieux. Si l'on vous donne (juelque chose, acceptez-le avec reconnaissance : évitez la convoitise.

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