CHAPITRE XXII
SACRII'ICES HUMAINS ET TRAITE DES >ÈCI\ES.
Depuis Adahounzou, qui régnait au milieu du dix-sepiième siècle , le trafic infâme des esclaves et les non moins infâmes sacrifices humains ont toujours été la grande, la principale préoccupation du Dahomey. Ces deux instituiions, car ce sont de vvritahles instituiions, ont absorbé toute l'activité de la nation et entraîné, comme conséquence nécessaire, la chasse à l'homme dont nous avons étudié l'orgauisation dans le chapitre précédent.
Je dis que les sacrifices humains sont une véritable insliiUtion. C'est la coutume qui les réclame : les fêtes où on les fait sont les fêtes des coutumes. La coutume est tellement impérieuse en cette matière, que Ghézo fut empoisonné, ainsi que nous l'avons yu, pour avoir montré quelque répugnance à s'y soumettre, et pour avoir essayé de diminuer le nombre des victimes. Gréré ne fut choisi pour lui succéder qu'après avoir promis aux féticlieurs de donner un nouvel essor à ces sacrifices abominables.
Le trafic des esclaves aussi est une institution sociale : il donna longtemps les principaux revenus au roi ; et si les revenus ont bien diminué de ce côté, ils ne sont pas taris encore.
A plusieurs reprises, des Européens ont essayé de faire comprendre au roi qu'il ferait bien de renoncer à ces cou-
tûmes, aussi bien qu'à la chasse à riionime. On s'est efforcé de lui insinuer que l'agriculture et le commerce légal amèneraient dans le royaume la prospérité et la richesse. Tous les efforts ont échoué jusqu'à présent; et M. Borghéro raconte, dans les Annales de la propagation de la foi, qu il ne put obtenir de converser directement avec le roi sur ce sujet. Toutefois , il parvint à traiter indirectement la question. La réponse qu'il obtint confirme ce que j'avance.
« Gréré me faisait dire : qu'on ne pouvait débattre ces questions en sa présence ; que si tout autre blanc Teùt osé . aucune considération n'aurait empêché Sa Majesté d'eu faire un châtiment exemplaire; que les sacrifices humains étaient nécessaires à la conservation de la monarchie ; qu'en les jugeant avec mes idées d'Europe, je tenais un langage qui, dans la bouche d'un autre, serait taxé de hètise
« ...Quant à la vente des esclaves, il me fut dit : que le roi était étranger à ce commerce ' ; que les gouvernements d'Europe lavaient toujours favorisé; que les Anglais avaient fait longtemps la traite des nègres, et que s'ils s'opposaient maintenant à ce trafic, ils étaient seuls à en poursuivre l'abolition. » (Borghéro.)