L,A COTE NORD
A partir du portage de lairivière Natagamiou, les montagnes nues cessent et le sol est abondamment couvert d'épinette, de sapin, de bouleau blanc, d'épinette rouge de montagne.
Le plus beau bois se trouve sur le second plateau qui s'étend depuis le Rapide des Sept jusqu'à la rencontre de la rivière avec l'un de ses tributaires, le Mokshèbi.
La rivière est parsemée de nombreuses îles dont quatre méritent une mention spéciale. Ce sont l'île Dimanche, l'île Indienne, l'île Guillaume et l'île Marguerite. Ces îles ont une superficie considérable et étaient encore bien boisées, il y a quelques années. L'île Indienne, qui est l'une des plus grandes de ces îles, se trouve située à onze milles et demi de la côte en suivant le cours de la rivière. Dans un rapport qui date de l'année 1886, M. l'arpenteur John Neilson nous représente le sol de ces îles comme étant composé d'une terre glaise d'une grande richesse.
D'autre part, comme territoire de chasse, cette rivière et toute la région qu'elle arrose n'a rien perdu de sa réputation.
M. l'arpenteur Neilson qui en a fait une inspection minutieuse, a pris la peine de dresser une liste des animaux à fourrure et des animaux à chair comestible dont il a pu constater la présence. Ce sont les renards rouges, blancs, croisés, argentés et noirs ; le renard rouge étant le plus commun.
Le castor et la loutre sont assez communs dans le haut de la rivière.
Le pékan, la martre, le loup-cervier et le carcajou, ce dernier dans le voisinage des grands lacs.
Le rat-musqué est abondant dans les cours d'eau paresseux et dans les eaux mortes.
Parmi les animaux à chair comestible, le caribou, le
renne, le porc-épic, le siffleur, et le lièvre qui est très abondant.
Si Ton passe aux oiseaux de terre, l'on voit le pinson à gorge blanche, le pinson à couronne blanche qui est abondant à la côte et sur le second plateau, la grive solitaire, la grive de Swainson, la grive de ruisseau, la fauvette à croupion jaune qui niche à quelques milles au delà de Pile de l'Observation, la fauvette jaune sur l'île au Cochon, la moucherolle dorée, assez commune à l'île de ce nom, le roitelet à couronne de rubis, partout commun, le picbois, le hibou, l'aigle pêcheur, peu commun, le bouvreuil du pin, l'aigle à tête blanche, espèce assez commune près du rivage de la mer, le martin-pêcheur, assez commun, la mésange à tête noire, la sitelle du Canada, assez abondante, Poiseau-neige de Wilson, commun, le bec-croisé à ailes blanches, le troglodyte d'hiver, la perdrix de bois franc, très rare, la perdrix de savane.
Les espèces les plus abondantes sont l'oiseau jaune, le pinson à gorge blanche, la fauvette à croupion jaune, et la grive de Swainson.
Quant au poisson, M. Neilson en constatait déjà en 1888 l'absence presque totale dans la Petite Mécatina. Dix ans plus tard, M. de Puyjalon faisait à son tour la même observation et attribuait cet abandon de la rivière par le poisson à l'exhaussement des fonds de sable qui constituent l'estuaire de cette rivière.
Au large du Mécatina, se dressent les îles Murr ou aux Godds. Elles sont coupées perpendiculairement, très élevées et d'un accès difficile. Sur leur sommet, qui est plat, des milliers d'oiseaux de mer venaient autrefois y déposer leurs œufs. Les tueries auxquelles l'on s'est livré,
sans mesure comme sans discernement, ont contribué à leur dépeuplement.
Tout près du Petit Mécatina, nous rencontrons le poste surnommé Tête à la Baleine de V Ouest. C'est un poste de pêche important. On y fait et la pêche de la morue et la chasse au loup-marin. Une vingtaine de familles habitent ce poste.
Rivière Reed
A huit ou neuf milles à l'est de la Mécatina se rencontre la rivière jReed qui se jette au fond d'une baie profonde de trois ou quatre milles.
Les rivages sont boisés en sapins et en épinettes de quatre à cinq pouces en moyenne.
Le saumon et la truite y fourmillent. L'anguille ellemême s'y rencontre en quantité inusitée. On prend en moyenne, dans cette rivière 20 barils de saumon par année.
Au-dessus de la première chute se trouve un assez grand lac où remonte le saumon. M. B. Reed y prenait, dit-on, et y prend encore de vingt-cinq à trente barils de saumon.
La rivière Reed est tenue pour l'une des meilleures de la Côte-Nord pour la pêche à la ligne.
Rivière X
A 33 milles à l'est du Petit Mécatina, dans le fond, à l'ouest de la baie des Ha ! Ha !, on trouve un cours d'eau d'un volume assez grand et qui ne porte aucun nom. M. de Puyjalon l'a désigné sous l'appellation de rivière X.
Ce cours d'eau ou canal semble servir de déversoir à un certain nombre de lacs très rapprochés de la mer. Il contient du saumon et de la truite.
Les rives sont très giboyeuses.
Rivière Kécarpoui
La rivière Kécarpoui est placée à l'est de la rivière Saint-Augustin, dont 18 milles environ la séparent, et à 16 milles à l'est du poste de la Tabatière.
« Voiià certainement l'une des plus intéressantes petites rivières qu'un amateur de pêche à la ligne puisse désirer. Rien ne lui manque. Havre offrant toutes les sécurités et poissons de sport en abondance. Truites, saumons, slink, smolt de toutes les tailles et de tous les âges y mordent à la mouche avec activité dès le premier rapide, et cela, à quelques pas du mouillage.
« On prend la truite et du slink à toute heure, mais le moment le plus favorable est le commencement du mon" tant (1).
« Elle appartient au type des rivières à fond rocheux et son volume d'eau, près de la mer, est peu considérable.
« La Kécarpoui descend d'un lac mesurant à peu près 6 à 7 milles de longueur sur 1 mille de largeur en moyenne. Il est placé à 1 ]/2 mille dans le nord du bassin où la rivière vient se jeter.
« Dans la Kécarpoui, le saumon remonte frayer à une assez grande distance, nul obstacle de quelque importance ne venant entraver son chemin. Le lieu où il se dirige est désigné sous le nom de trou à saumon. Pour se rendre en ce point, il faut franchir 25 ou 30 milles à partir du premier rapide.
« Cinq ou six portages, très négligés, de 1 mille à 1% mille chacun, conduisent à cette frayère.
« Les approches de la rivière, bien que son embouchure
(1) Le slink est un saumon allongé à chair pâle.
soit cachée par de nombreuses îles et plusieurs pointes saillantes, ne présentent aucune difficulté sérieuse, les chenaux qui y conduisent contenant une quantité d'ean suffisante pour flotter un grand yacht. Cependant, avec une embarcation d'un tirant d'eau dépassant 7 pieds, il serait préférable d'attendre la marée haute — en tout état de cause, c'est ce qu'il est toujours mieux de faire — avant de s'engager dans le passage E. S. qui conduit de la baie de l'ouest dans la baie de Kécarpoui, et de cette dernière dans la baie de l'ouest (*).
Lieu de nidification des oiseaux de mer.
Iles Kécarpoui. Ces îles sont occupées par une seule famille qui vit de la pêche au saumon et de la chasse au loup-marin ce qui leur procure un revenu oscillant entre $600 et $1000.
Quant à la baie de Kécarpoui, deux familles y passent l'hiver et y font la chasse au loup-marin.
Rivière de Napetipi
Au fond d'une longue gaine aux eaux profondes et bordée de hautes falaises rocheuses se jette la rivière de Napetipi. C'est une rivière originale qui débute par un lac dont la décharge à la mer sert d'origine ou plutôt de fin à ce cours d'eau. Cette décharge change de direction suivant que la mer monte ou descend. Tantôt elle se précipite en véritable rapide, de la mer dans le lac, tantôt elle en sort avec la même énergie.
Le lac, assez profond, peut avoir environ deux milles de
(1) Rapport du Commissaire des terres, 190 1. M. de Puyjalon.
longueur sur cinq ou six arpents de largeur moyenne. Il se dirige sensiblement nord et sud. A son extrémité nord se trouve la rivière que Ton peut remonter en canot sans difficulté pendant 6 ou 7 milles. Cette distance franchie on arrive à un grand lac de forme elliptique qui doit mesurer sur Pu ne de ses dimensions 8 à 9 milles et 1 mille en moyenne sur l'autre. L,e second lac n'est autre que le lac qui passe à 2 ou 3 arpents en arrière de l'extrémité nord de la baie des Homards (Lobster-bay).
La Napetipi contient une quantité prodigieuse de truites et beaucoup de saumons.
On peut, en yacht, venir mouiller sur un bon fond au pied même du premier rapide.
Cette rivière est pêchée à la mer et donne ostensiblement 5 à 6 barils de poisson salé.
Les Rivières de Shekatika
Non loin de Napetipi, à 3^ milles à Pouest, se rencontre la baie de Shekatica, succession de bassins que réunissent d'étroits chenaux et qui s'étend dans les terres jusqu'à 12 ou 14 milles du littoral.
« Dans ces bassins viennent déboucher 4 ou 5 petites rivières ou gros ruisseaux fort agréables à pêcher lors de l'arrivée des truites de mer. On y trouve aussi quelques rares saumons de taille exiguë. Nous ne citons ces cours d'eau que parce qu'ils sont les tributaires de la baie de Shekatika où l'on rencontre avec le plus d'abondance le bivalve pectinée et très comestible que les gens de la côte désisous le nom de Padoue (1). »
(1) Rapport du Commissaire des terres, 1901. M. de Puyjalon.
Rivière Saint-Augustin
La rivière Saint-Augustin coule à travers les montagnes des Laurentides du nord au sud et vient se jeter dans le golfe Saint-Laurent par deux bras désignés l'un sous le nom de branche du nord-est, l'autre sous celui de branche du nord-ouest.
Ces deux bras sont riches eu saumon, mais dans le bras du nord-est il faut remonter fort loin pour trouver les fosses à saumon et le portage n'est pas toujours facile, tandis que dans celui du nord-ouest les réservoirs à saumon sont atteints lorsque l'on a franchi trente milles environ, en canot, par la plus belle voie de ce genre qu'il soit possible de rencontrer. Le saumon abonde au pied du rapide ou chute de cette branche et y mord parfaitement à la mouche (1).
La Saint-Augustin peut se remonter facilement en canots légers jusqu'au premier rapide qui se trouve à deux milles, en amont de la rivière à Maurice.
« Les rives, à partir du golfe jusqu'à la rivière à Maurice
sont des plateaux élevés de terre glaise sur laquelle repose
une couche de sable mélangée ou de la terre noire. L'épaisseur de cette couche de terre est de cinq à dix pieds.
L'on pourrait facilement faire un peu de culture sur tout
le parcours de cette partie de la rivière Saint- Augustin ;
malheureusement les habitants de cet endroit sont des
pêcheurs qui ne veulent faire aucune culture (2). »
Les bois qui dominent dans la partie inférieure de la
rivière sont le bouleau, le sapin et l'épinette, cette dernière
de qualité médiocre. Sur le bras nord-ouest, l'épinette
atteint une assez bonne dimension, mais il ne s'en trouve
(1) Rapport de M. de Puyjalon, 1900.
(2) Rapport du Commissaire des terres, 1901. M. J.-E. Giraid, A. G,
pas en suffisante quantité pour rendre l'exploitation payante.
Les seuls poissons qui fréquentent cette rivière sont la truite et le saumon. Seulement on les trouve en grande abondance, surtout sur le tributaire appelé rivière à Saumon.
Cette rivière est fort recherchée des sauvages pour la quantité et la qualité des animaux à fourrures que l'on y rencontre : martre, castor, vison, loutre (1).
Un arpenteur qui a fait le relevé de cette rivière signale aussi la présence des ours dans son voisinage. M. A.-E. Joncas, garde-chasse, observe cependant que depuis quelques années, on a fait une chasse un peu trop intensive et que l'on a gâté la situation. Les îles environnantes surtout ont souffert des déprédations commises. Tout de même, il serait facile de repeupler de gibier toutes ces îles, et cela en peu d'années, car à l'heure actuelle encore, le gibier arrive en bandes innombrables, tous les printemps. M. Joncas estime que Saint-Augustin finira par être l'une des places les plus recherchées des amateurs à cause de sa position, et de la facilité d'accès qu'il offre aux grands vaisseaux, et de ses nombreuses îles qui donnent asile à toute espèce de gibier (2).
Au poste de Saint-Augustin, sur la terre ferme, à six milles du havre du large, la Compagnie de la baie d'Hudson possède un comptoir important pour le commerce de fourrures. Ce poste est visité chaque année par une centaine de familles montagnaises. Il y a aussi un bureau de télé-
(1) Rapports du Commissaire des terres, 1901 et 1902. MM. J.-H. Girard et K. Iï.-M. Piton, A. G.
(2) M. A.-E. Joncas. Rapport de 1906.
graphe. Les familles résidantes à ce poste sont au nombre de douze.
Rivière Pocachoo
Très près de la rivière Saint-Augustin, et débouchant presque dans son estuaire, coule une petite rivière d'un accès assez facile pour les bateaux plats à marée haute. C'est la petite rivière Pocachoo. Elle se remonte aisément en canot jusqu'à son premier lac placé à environ quatre milles et défendu par un seul rapide.
Elle dessert un système lacustre assez développé, et contient de la truite, de l'anguille, etc.
Le caribou la fréquente en toute saison. On y tue aussi de la bécassine, des canards et des animaux à fourrure (*).
Rivière des Esquimaux
Elle est aussi surnommée rivière Saint-Paul.
Cette rivière se trouve placée au fond de la baie de Bonne-Espérance, à trente milles environ à l'ouest de Blanc Sablon, limite de la province de Québec, et à environ 170 milles à l'est de Natashquan.
Elle prend sa source, en partie du moins, dans une immense savane, et se dirige sensiblement vers le nord tout en décrivant de nombreux méandres en général peu accusés. Son cours est d'environ 350 milles, et on peut la remonter assez loin en barge de pêche et même en yacht.
M. H. de Puyjalon, ancien inspecteur général de chasse et de pêche, range ce cours d'eau parmi les plus belles rivières à saumon de la côte. C'est aussi l'opinion exprimée par M. l'arpenteur T. Simard. «C'est sans aucun doute, écrit ce dernier, la plus belle rivière de sportman
(1) Notes manuscrites de M. de Puyjalon, 1897.
que l'on puisse rencontrer ; il y a là de la chasse et de la pêche autant qu'on en peut désirer (1). » Dans une seule journée, M. Simard y avait capturé lui-même onze saumons à la mouche et tué une dizaine de loups-marins.
Le poids moyen du saumon, en certains endroits, est de dix-sept à vingt livres. Ce poisson mord très bien à l'hameçon et est assez semblable à celui que l'on prend sur la rivière Matapédia.
La truite abonde également dans cete rivière, et l'on y trouve encore de la ouananiche.
Cette région est aussi fréquentée par le caribou, par l'ours, et par différentes espèces de gibiers d'eau et de marécage, tels que les outardes, les canards, les bécassines et les pluviers.
Les eiders et les canards noirs affectionnent particulièrement ces parages (2). Ils y bâtissent leurs nids. On sait déjà que la plume et le duvet de l'eider sont hautement appréciés. Son duvet surtout atteint une grande valeur. Chaque nid peut donner une once de duvet vif. Il faut six eiders de printemps pour récolter une livre de plume ; en automne, il en faut sept. Il y a quelques années, un nemrod de passage a pu tuer, dans une seule marée, quatre-vingts canards eiders. Et ce n'est pas là une exception.
D'autre part, le loup-marin remonte la rivière à la poursuite du saumon jusqu'aux chutes.
Dans cette partie des côtes du Labrador, la terre est assez pauvre. Il faut en excepter une prairie de trois quarts de de mille qui se trouve à l'entrée de la baie Cartier où
(1) Rapport du Comissaires des terres, 1893.
(2) Notes manuscrites de M. de Puyjalon, J#93.
l'herbe pousse bien. Quant aux deux rives de la rivière, elles ne sont autre chose qu'une suite de coteaux stériles (*).
Il y a assez peu de bois sur les bords de cette rivière, et encore n'est-ce que du bois rabougri.
A la hauteur des terres, le climat y est semblable à celui de Québec, tandis que plus bas, dans la rivière, il gèle à peu près toutes les nuits.
Rivière Cocoshepee ou à Léandre
«A 14 milles dans le nord-ouest de Shekatika, dans l'intérieur des chenaux que l'on distingue sous le nom de Bigolcts de Saint-Augustin, se trouve, au fond d'une baie triangulaire, la rivière Cocoshepee ou de Léandre, du nom du pêcheur qui l'exploite à son embouchure. Cette rivière se termine à la mer par un rapide violent et volumineux, sorte de chute à plan très incliné, mesurant 1 mille en longueur, 30 ou 40 verges en largeur et rachetant une différence de niveau de 30 à 40 pieds. Au-dessus de ce rapide se présente une belle fosse à saumon se terminant à un nouveau rapide analogue au premier. Au sommet de cette seconde déclivité on rencontre deux lacs que l'on traverse successivement pour atteindre une nouvelle chute, qui conduit par un portage à une eau morte se prolongeant vers le nord sur 6 à 7 milles jusqu'à la rencontre d'une nouvelle chute ou rapide se manifestant sur le même mode que celles qui précèdent.
«La truite et le saumon montent tardivement dans cette rivière très poissonneuse. C'est à la fin de juillet et au commencement d'août que la pêche à la mouche y donne les meilleures résultats, surtout au milieu de ce dernier mois, jusqu'à fin de septembre.
\\) Rapport du Commissaire des terres. H. H. Robertson, A. (>. 1890.
« La rivière à Léandre est rapprochée de la rivière Saint- Augustin, où l'on rencontre un bureau de poste et de télégraphe.
« L'accès de la baie est des plus faciles, mais les approches de la rivière sont garnies de battu res rocheuses, et il faut s'en tenir à une certaine distance, 10 arpents par exemple. La rivière Cocoshepee est pêchée à son estuaire et donne annuellement de 12 à 18 barils de saumon salé (1).
Rivière de la Baie Bbadore
La rivière de la Baie Bradore est placée dans le fond de la baie et dans le nord-est de celle-ci. Elle sort d'un lac de bonne dimension très rapproché de la mer.
« Elle est très riche en truites et bien pourvue de saumons de bonne taille. On y arrive facilement du large et l'on y mouille à petite distance sur un bon fond et dans un havre très sûr. Ce petit cours d'eau est pêche au filet à son estuaire (2). »
(1) Rapport du Commissaire des terres, rgor. M. de Ptiyjalon,
(2) Idem.