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LA TERRE DE MINGAN

Bornes et étendue — Les nouveaux .concessionnaires de la Seigneurie de Mingan — Description des cours d'eau — Pêche au saumon et à la truite — Territoires de chasse — Hameaux de pêcheurs — Le grand lac Attikonak.

C'EST un vaste et riche domaine que cette partie de territoire désignée sous l'appellation de Seigneurie de Mingan. Il mesure cinquante lieues de front sur deux lieues de profondeur, et s'étend depuis le cap Cormoran jusqu'à la rivière Agouanus, (les Anglais disent Goynish\ formant une superficie totale de 750,000 arpents. Le fleuve Saint-Laurent le borne en front et les terres de la Couronne, en arrière et de chaque côté.

Une étendue de terrain aussi immense, sillonnée à l'intérieur de cours d'eau profonds et coupés par des rapides, parsemée d'innombrables lacs et d'îlots servant de retraite à des milliers d'oiseaux aquatiques, un pareil territoire, disons-nous, recelant en outre toute espèce de richesses naturelles, devait nécessairement exciter bien des convoitises, et il n'y a rien d'étonnant si, dès les premiers temps de la colonie, l'attention publique se soit immédiatement portée de ce côté pour ne plus jamais s'en détourner. Au dixseptième siècle, comme de nos jours, le trafic des fourrures et l'exploitation des pêcheries constituaient autant de facteurs importants de la richesse, et comme cette terre de Mingan était pour ainsi dire aux portes de la Nouvelle-

France et qu'elle offrait, dans une mesure presque infinie, les avantages et les ressources que l'on y cherchait, elle fut bientôt prise d'assaut.

Le premier propriétaire de ce grand territoire fut François Bissot qui, durant plusieurs années, se livra avec succès à l'exploitation des inépuisables ressources de notre beau fleuve Saint-Laurent. Il lui avait été concédé par la Compagnie de la Nouvelle-France, le 25 février 1661.

Après sa mort, survenue en 1679, Louis Jolliet et Jacques de la Lande continuèrent cette exploitation pour leur compte personnel, puis, à partir de 1700, l'entreprise fut dirigée par Jean Jolliet de Mingan et François Jolliet, qui s'associèrent Charles et François-Joseph Bissot.

La possession de cette ancienne seigneurie a été, en ces dernières années, l'objet d'une vive et longue contestation devant les tribunaux entre le gouvernement de Québec et la Compagnie du Labrador qui prétendait avoir acquis les droits et privilèges des concessionnaires primitifs.

Finalement, le 15 mai de l'année 1900, un acte d'accord et d'arbitrage fut consenti par les parties intéressées, à la suite d'un jugement du Conseil privé en Angleterre et la Compagnie du Labrador fut reconnue propriétaire indiscutable de la seigneurie de Mingan.

Aux termes de la convention qui règle ce litige, la Compagnie du Labrador, moyennant une certaine rétribution, est devenue propriétaire de tous les pouvoirs hydrauliques, rivières, cours d'eau qui se trouvent dans les limites de la seigneurie, et a obtenu le libre exercice des droits de pêche dans ces mêmes rivières. Le gouvernement de Québec ne s'est réservé que l'affermage des estuaires des rivières.

Dans le moment, ces estuaires sont loués à la Compagnie du Labrador.

Le nombre de rivières qui arrosent ce territoire est de

vingt-six. Presque toutes sont exceptionnellement poissonneuses.

Quelques-unes d'entre elles ont les proportions de véritables fleuves et seront sûrement, à un moment donné, un excellent appoint pour l'industrie, alors que l'on utilisera la force motrice fournie par les puissantes cascades qu'elles forment.

Il y a plus. De tout temps, la seigneurie de Mingan, de même que le territoire adjacent situé en dehors de ses limites et qui est demeuré propriété de la Couronne, a été reconnu comme le pays par excellence des grandes chasses et des pêches émouvantes : chasses à l'ours, au caribou, au renard, au gibier de grève et de mer, qui est d'une abondance prodigieuse ; pêches au hareng, à la morue, au saumon, à la truite, au loup-marin, à la baleine, etc. Et pourtant Dieu sait si depuis trois siècles l'on a traqué de toutes façons le gibier dans cette région, et dans quelles proportions l'on a alimenté le marché canadien et les marchés de l'Europe de ses belles et soyeuses fourrures ! S'il fallait supputer en dollars tout ce qui est sorti de pelleteries et de poissons de ce territoire qui comporte bien d'autres richesses, l'on serait renversé. Cela se chiffrerait par millions. Et cependant nous savons à n'en pas douter par les explorateurs officiels et par les récits des voyageurs qui fréquentent ordinairement la Côte-Nord, que la terre de Mingan n'a pas été affectée par les chasses à outrance que l'on y a fait (ou ne l'a été que fort légèrement.) Encore Pan dernier, un garde-chasse, à l'emploi du ministère de la Colonisation et des Pêcheries, rapportait que de toute la Côte-Nord, c'était la chasse dans la seigneurie de Mingan qui avait donné les plus brillants résultats.

Le territoire de Mingan est encore renommé pour ses mines de fer, et nous ne sommes pas éloigné de croire que le temps est proche où l'on en tentera l'exploitation en

hA COTE NORD

utilisant la houille blanche dont cette partie du pays est si largement pourvue.

Le fer titanique est lui-même très répandu dans toute cette région. Il n'est pas encore tombé, il est vrai, dans le domaine industriel, mais les progrès successifs de la science et surtout de la chimie nous permettent de dire que l'on pourra en tirer une substance des plus propres à activer la végétation.

Nous venons de parler des nombreuses et belles rivières du territoire de Mingan. Avant de les étudier une à une et de faire connaître leurs caractères distinctifs, dressons-en ici la nomenclature, en allant de l'est à l'ouest.

Rivière au Bouleau

' * Tortue Boucane Manitou aux Graines Chaloupe

11 Sheldrake Bason au Tonnerre

* l Jupitagon Magpie

' ' Saint- Jean Mingan

Rivière Romaine " RedBay

du Milieu

Corneille

de Piasthe-Baie

Grande- Baie

Watsheehoo

Petit Watsheeshoo 1 ' de la baie à Jean

Marcassin

Pashashibou

Nabesipi

Agouanus ou Goynish

Tous ces cours d'eau n'ont pas la même importance. Aussi, notre description se bornera- t-elle à ceux d'entre eux qui présentent une valeur réelle comme endroits de pêche ou terrains de chasse. On remarquera toutefois que quelques-uns de ces cours d'eau comptent parmi les plus remarquables rivières de la côte nord du Saint-Laurent.

Nous passons maintenant à la description de ces rivières, tout en indiquant leur situation dans le bas du fleuve.

Rivière au Bouleau

C'est un cours d'eau d'une longueur de quarante-sept milles, placé à 350 milles de Québec sur la rive nord du Saint-Laurent, et à quelques milles à l'est de la rivière Pigou.

Il renferme beaucoup de truite et un peu de saumon. Le gibier de mer s'y trouve en quantité.

Le sol, sur la terre ferme, est d'assez bonne qualité ; il est composé de terre jaune.

Le principal bois que l'on y rencontre est l'épinette, qui mesure de vingt à trente pouces de diamètre. Ce bois pourrait être aisément transporté à la mer.

Rivière Manitou

Cette rivière tombe dans le Saint-Laurent, à quinze milles à l'est de la rivière au Bouleau.

A deux milles de son embouchure, le cours de cette rivière, dont le volume d'eau est considérable, forme une magnifique cascade de cent treize pieds de hauteur. C'est peut-être la plus belle chute de toute la Côte-Nord.

Les goélettes et les bateaux peuvent pénétrer, à marée haute, jusqu'à la chute où se trouve un site avantageux pour un moulin.

La truite de la plus belle espèce, d'une longueur de vingtcinq à trente pouces, abonde dans la rivière ainsi que dans le lac Manitou. On peut pêcher aussi le saumon qui se tient à l'entrée de ce cours d'eau.

La Manitou est une bonne rivière pour le bois de commerce. On peut compter, paraît-il, cinquante milles de territoire, sur quatre à cinq milles de profondeur, bien

hA COTE NORD

boisés en épinette blanche, de 30 à 40 pouces de diamètre à la souche, autour des lacs et des tributaires, et le long de la rivière Manitou.

Cette dernière rivière traverse des terrains sablonneux et argileux susceptibles de culture, et qui s'étendent à quinze et vingt arpents de chaque côté, notamment entre le lac A sec et le lac Manitou. Quant aux alentours de ces lacs, ils sont montagneux, rocheux et peu propres à la culture.

L,a rivière Manitou, de même que les rivières Bouleau et Tortue sont affermées, (nous parlons de la partie de ces cours d'eau située en arrière de la seigneurie de Mingan) à M. William Clarke, de Toronto.

Rivière Bason

Petit cours d'eau situé à dix milles de la rivière Manitou. Ventrée de la rivière est étroite, mais il s'y trouve assez d'eau pour permettre aux vaisseaux de toute dimension d'y pénétrer.

Ce cours d'eau est entrecoupé de quelques rapides à un quart de mille de l'embouchure.

Rivière aux Graines

Se trouve placée à trois milles à l'est de la rivière Manitou.

L'accès de cette rivière est assez facile aux barges. A un mille et demi à l'est de cette rivière se trouve un îlot appelé la Grosse Ile, qui forme un excellent abri pour les bâtiments en détresse.

On y prend quelques saunions, mais surtout beaucoup de truite.

C'est encore une excellente place pour la pêche à la morue.

Il y a ici, sur les bords de la rivière, un petit bourg; assez modeste. Il se compose de 120 personnes dont la pêche est l'unique occupation. En 1897, les habitants ont élevé une chapelle dédiée à Saint- Victor, et depuis l'arrivée des missionnaires Eudistes, l'on a annexé une école à la sacristie.

Rivière Chaloupe

Elle prend naissance à trente milles de son embouchure.

Sa distance de Québec est de 364 milles et de 5 milles à l'est de la rivière Manitou.

L'embouchure de cette rivière forme un estuaire des plus favorables pour l'ancrage des bateaux pêcheurs et des goélettes qui y trouvent un abri sûr.

Son cours, dans les premiers milles, est assez fréquemment interrompu par des rapides.

La truite est très abondante dans cette rivière et elle y est de moyenne grosseur. On y pêche aussi le saumon, puis la morue à la mer.

Le sol qui borde la rivière jusqu'à une certaine distance est plan et propre à la culture.

Le petit village de la Chaloupe est un peu moins considérable que celui de Saint- Victor, de la rivière aux Graines, bien qu'il ait quarante ans d'existence. Il compte environ dix familles.

Rivière Sheldrake

A 369 milles de Québec et à onze milles à l'est de la rivière Chaloupe. A l'embouchure de la rivière se trouvent les établissements de la maison Robin, qui exploite la morue sur une grande échelle. Cette rivière fourmille de truites et de saumons. Au pied des chutes on y rencontre aussi le saumon blanc ou petit-mango. A trois milles de

l'embouchure se rencontre une imposante cascade de deux cents pieds de hauteur.

C'est la rivière Sheldrake qui a donné son nom à la localité qu'elle traverse. La rivière elle-même a été ainsi baptisée à cause du grand nombre d'oiseaux appelés Becs-scie^ (en anglais Sheldrake) qui s'y trouvent.

Saint-Thomas de Sheldrake se compose, pour ainsi dire, de trois petits villages : l'un à deux milles,' à l'ouest de la rivière Sheldrake ; le second, à l'embouchure de la rivière et le troisième plus à l'est, à quatre milles de la rivière.

La population de Saint-Thomas est de 150 personnes. On a bâti une chapelle sur le penchant de la colline, il y a une vingtaine d'années.

Rivière au Tonnerre

Cette rivière de la Côte-Nord a sa décharge à 376 milles de Québec et à sept milles à l'est de la rivière Sheldrake.

Elle est navigable en canot jusqu'à près de quarante milles de la chute. Ce pouvoir hydraulique a une importance réelle pour l'industrie. Son nom, assez caractéristique, lui vient du fait qu'à trois milles de son embouchure, la rivière forme une série de cascades qui en se précipitant font un bruit rappelant celui du tonnerre.

Le terrain est presque partout sablonneux et contient même en certains endroits de l'argile, ce qui permet de faire un peu de culture.

En 1882, un incendie réduisit eu cendres tous les bois avoisinants, et retarda sensiblement les progrès de l'endroit. Tout semble aujourd'hui réparé et la mission de la Rivièreau-Tonnerre, désignée sous le vocable de Saint-Hyppolite,

in

est devenue l'une des plus florissantes du vicariat apostolique de la Côte-Nord.

On y compte actuellement soixante-dix familles ce qui représente une population de 375 personnes. A quatre milles de là, se trouve la petite mission du Dock qui dépend de celle de la Rivière-au-Tonnerre et qui compte elle-même douze familles.

La Rivière-au-Tonnerre est dotée d'une école, tenue par les Filles de Jésus, venues de France en 1903, d'un bureau de poste, d'un bureau de télégraphe. Une église y est aussi en construction.

On y fait de la culture, et les pêcheurs de l'endroit possédaient au mois d'octobre 1907 un troupeau de 18 vaches, 30 bœufs et six chevaux. La culture pourrait s'y faire avec beaucoup d'avantages si la localité était dotée de voies de communication,

La Rivière-au-Tonnerre qui est d'un accès facile et offre un bon havre aux vaisseaux, est excellente pour le saumon et la truite. On y pêche aussi l'anguille, la loche, etc. Elle est de plus très recherchée comme station de pêche à la morue.

La maison LeBoutillier, de Paspébiac, y entretient un grand établissement de pêche, et celle de Robin & Colas possède un établissement du même genre au Dock.

Rivière Jupitagon

Située à neuf milles à l'est de la rivière au Tonnerre.

Ce nom de rivière appartient à l'idiome montagnais. On dit aussi Ouapitagon et ce mot signifie « rivière où l'on trouve des pierres à aiguiser.»

Cette traduction ne veut pas dire que l'unique richesse de cette rivière consiste en pierres à aiguiser. On y trouve aussi des perles dont la limpidité et l'éclat ont frappé plus d'un touriste qui s'est aventuré sur ses rives.

La Jupitagon est quelque peu brisée par des chutes et des rapides, sur une longueur d'un mille et demi à partir de son embouchure, de sorte qu'il est impossible d'y passer en canot. Quant au sol environnant, il est uni, d'une nature argileuse et susceptible d'être cultivé.

Le feu a causé autrefois d'assez grands dégâts sur certaines parties de la rivière; néanmoins, il reste encore beaucoup d'épinette et de sapin.

Le saumon et la truite abondent dans ce cours d'eau.

Le poste de Jupitagon ne comprend que quatre familles qui s'adonnent à la pêche à la morue. Trois milles à l'ouest de la Jupitagon se trouve l'établissement de M. Renouf (Jersiais) qui constitue une véritable ferme modèle, comprenant prairies, jardinages, élevage, etc.

Rivière Magpie

A 380 milles de Québec et à 6 milles à l'est de Jupitagon.

Ce n'est pas une rivière considérable ; cependant, à quelques milles seulement de son embouchure, elle s'élargit et devient plus profonde.

Ce cours d'eau est difficile et même dangereux à remonter, entrecoupé qu'il est d'une série de chutes et de rapides, depuis son embouchure jusqu'à une distance d'environ trente-quatre milles en amont. A cette distance se rencontre un lac très profond mesurant environ cinquante-trois milles de longueur. Avec ses caps et ses montagnes, ce lac ressemble beaucoup à la rivière Saguenay, sauf qu'il est moins large.

A huit milles de l'embouchure de la rivière, on rencontre du bois de commerce (épinette) de bonne dimension et de bonne qualité. Il existe aussi un excellent pouvoir hydraulique et un havre à l'embouchure.

La Magpie a une grande réputation pour la pêche du saumon et de la truite.

La maison Robin y possède un grand établissement de pêche à la morue, ainsi qu'un magasin général.

Saint-Octave de Magpie ou Magpointe — ainsi que le disent les gens de la côte — est tenu pour un des bons postes de pêche à la morue. Cette pêche constitue au reste la principale ressource des habitants de l'endroit. Durant l'hiver, on fait la chasse aux renards, martres, castors, visons et loups-marins.

Sur les hauteurs de Magpie, tout autour de la baie, s'échelonnent les maisons des habitants, et au milieu du coteau, l'église, le presbytère et l'école tenue par des religieuses françaises.

Magpie est une des anciennes missions de la Côte-Nord. Sa population actuelle est de 54 familles, mais pendant l'été, elle se trouve augmentée de deux cents à deux cent cinquante hommes de la baie des Chaleurs qui viennent y séjourner durant la saison de la pêche.

La plupart des habitants de Magpie sont d'origine acadienne, venus des comtés de Gaspé et de Bonaventure, et principalement de Paspébiac.

Rivière Saint-Jean

A neuf milles à l'est de Magpie et à 385 milles de Québec.

La rivière Saint-Jean est la seule des rivières traversant la seigneurie de Mingan, écrit M. de Puyjalon, qui présente tous les avantages que l'on peut attendre d'une rivière à saumon de premier ordre.

« J'ai pu la remonter avec une barge à quille de 17 pieds de long et chargée, jusqu'à 21 milles de son embouchure, et franchir ensuite, en canot d'écorce, sans trouver d'autres obstacles que des rapides, les 9 ou 10 milles qui restaient à parcourir pour atteindre la première chute.

« Cette chute, en plan incliné et que l'on rachète au moyen d'un portage très raide mais court, laisse remonter le saumon, qui la gravit en abondance.

« Au-dessus, la rivière devient plus belle encore, s'il est possible, et l'on gagne en canot, sans portager, la seconde bifurcation placée 15 ou 20 milles plus haut.

« Cette fourche se compose d'un premier bras se dirigeant à l'ouest, puis, d'un second bras se dirigeant vers l'est.

« La branche de l'ouest se remonte sans obstacle sur une distance approximative de 7 à 8 milles. Là, on se heurte à une chute que ne peut gravir le poisson, mais, en aucun autre endroit, le saumon n'est plus abondant que dans cette partie du cours d'eau qui conduit à ce dernier obstacle.

« La branche de l'est est fermée par une chute, à un mille de sa naissance. Le saumon ne peut la franchir, il est vrai, mais quelques travaux suffiraient pour lui en permettre l'accès.

« Le cours de cette rivière est très étendu et son système lacustre très développé.

« Comme tous les autres, de même genre, d'ailleurs, les territoires de chasse que l'on y rencontre y sont d'une grande valeur, bien que d'un plus facile accès.

« Les sauvages remontent de préférence ce cours d'eau, qui leur offre des facilités qu'ils ne sauraient rencontrer dans les jautres rivières de la région. Cinquante ou soixante canots gagnent à chaque saison de chasse l'intérieur par cette voie (}).*

L'examinant au point de vue des essences forestières, M. Low, de la Commission géologique, fait remarquer que les arbres de la vallée arrosée par la rivière assurent une amélioration marquée, tant sous le rapport de la dimension que

(1) Rapport du Commissaire des terres, 1897.

sous celui de la variété. L'épinette blanche de cinquante pieds de haut et de dix-huit pouces à trente pouces de diamètre est abondante, mêlée d'épinette noire, de sapin baumier, de mélèse, de bouleau à feuilles de peuplier, de peuplier baumier et de tremble de plus fortes dimensions. Certaines parties du versant de la vallée ont été endommagées par l'incendie.

La rivière Saint-Jean qui appartenait ci-devant à la Compagnie du Labrador, a été cédée par cette dernière à M. G. G. Hill, grand capitaliste américain. M. Hill a payé pour cette rivière — c'est-à-dire pour une étendue de six milles — la jolie somme de $50,000.

Entre les deux estuaires de la rivière, se trouve un grand plateau de bonne terre sur lequel est bâti le village Saint- Jean.

On fait ici un peu de culture. L'avoine et l'orge y mûrissent, les pommes de terre y viennent très bien. Ce n'est là cependant qu'un accessoire, car la grande occupation des habitants consiste surtout dans la pêche à morue.

Deux grands établissements se sont longtemps livrés à cette industrie : l'établissement Sirois et celui des Robin. Le premier est fermé et il n'y a plus que la maison Robin qui fasse la pêche à la morue sur une large échelle.

Il y a ici une église avec missionnaire résidant, un bureau télégraphique, un bureau de poste et une école.

La population est de près de 250 âmes.

Ajoutons que le saumon ne fréquente pas seulement la rivière Saint-Jean mais qu'on en prend abondamment avec des rets dans le fleuve, en face du village. De même pour la truite qui y est très abondante.

Rivière Mingan

Située à 390 milles de Québec, et à 15 milles de la rivière Jean. C'est l'une des plus belles rivières de la Côte-Nord.

Elle peut se remonter en canot jusqu'à une distance de cinquante milles ; de là, jusqu'à sa tête, la navigation en est très difficile, vu la longueur des rapides et surtout les difficultés qu'offrent les portages.

C'est une excellente rivière pour le saumon et la truite.

Les terrains de chasse sont très fréquentés par les sauvages. Le gibier de mer s'y trouve en grande quantité.

Au delà de cette limite, nul bois de commerce le long de la Mingan. Depuis son embouchure jusqu'à une distance de vingt milles, on ne rencontre guère jque du bois brûlé et des savanes, on voit du sapin, de l'épinette et du bouleau, mais de qualité inférieure, sur le parcours de la rivière.

Le terrain est propre à la culture dans le voisinage de la rivière.

Cette belle rivière est devenue depuis quelques années la propriété personnelle de M. le sénateur Drummond, président de la Compagnie du Labrador.

Le poste de Mingan est le siège de l'une des plus importantes missions sauvages de la Côte-Nord. C'est aussi l'un des mieux situés et peut-être le plus coquettement bâti de tous les postes du vicariat apostolique du golfe Saint- Laurent.

Au dénombrement de 1901, il y avait ici 236 sauvages montagnais. La population s'est renforcée depuis d'un certain nombre de Nascapis, qui, comme leurs frères montagnais, passent la plus grande partie de l'année dans les bois, d'où ils ne sortent qu'au mois de juin pour venir à la côte échanger le produit de leur chasse, faire leur mission et renouveler leur approvisionnement.

La Compagnie de la baie d'Hudson possède à Mingan un comptoir important pour la traite des fourrures.

Ajoutons eu dernier lieu que le havre de Mingan est l'un des meilleurs de la Côte, grâce aux îles qui l'abritent

contre tous les vents.

Iles Mingan. — De Mingan à la Pointe-aux-Esquimaux, on rencontre une suite innombrable d'îles, qui forment pour ainsi dire un havre continu.

Le groupe de Mingan comprend à lui seul vingt-neuf îles dont la plus grande mesure douze milles de circonférence. Ces îles s'étendent de l'est à l'ouest sur une distance d'environ quarante-cinq milles.

La plus considérable de ces îles — l'île à la Chasse — est placée à l'ouest. Elle mesure cinq milles en longueur, est bien boisée, renferme de nombreuses anses, et deux ou trois lots à l'intérieur. M. de Puyjalon, ancien inspecteur de chasse et de pêcheries, l'a habitée durant plusieurs années.

On y chasse, en hiver, le renard et le lièvre, et en été, le gibier de mer, le canard, l'outarde, etc.

L'île Sainte- Geneviève que l'on rencontre à l'est, a cinq milles de circonférence. Elle est taillée à pic et présente une hauteur de deux cents pieds. Bien boisée en épinette.

L'île Saint- Charles située à l'ouest de l'île à la Chasse, est également taillée à pic et boisée. Elle mesure trois milles de long sur un mille et demi de largeur.

Vis-à-vis de Mingan se voit l'île Grande, d'une longueur de quatre milles et d'une circonférence totale de dix milles. On lui donne une hauteur de 200 pieds, le tout couronné par une forêt d'épinette.

Le havre de Betchewun qui se trouve placé entre l'île à la Chasse et la terre ferme, est l'un des meilleurs de la côte. Les grands vaisseaux peuvent y aborder avec aisance. Il en est de même du havre formé par l'île Sainte-Geneviève.

L'île Niapisca, qui forme également partie des îles de Mingan, située qu'elle est entre Mingan et la Pointe-des- Esquimaux, mesure deux milles de longueur. Elle laisse apercevoir trois petites montagnes d'une hauteur moyenne de deux cents pieds.

La Pointe-aux Esquimaux. — Elle se trouve placée à 9 milles de la Romaine et à 408 milles de Québec.

Comme ison nom l'indique, la place forme une pointe entre deux grandes baies des deux côtés. En face, à une distance d'un mille environ, se rencontre l'île du Havre, longue d'une lieue, bordée de rochers de calcaire et couverte de bouleaux et d'épinettes. Cette île est considérée comme un abri précieux contre les vents du Sud.

Saint-Pierre-de-la-Pointe-aux-Esquimaux est de beaucoup le village le plus important de la côte. C'est en quelque sorte la capitale du Labrador canadien.

Le village, qui comprend une population de près de mille âmes, composée en partie d'Acadiens, avec quelques familles canadiennes et irlandaises, a été érigé en municipalité.

Saint-Pierre est la seule paroisse érigée canoniquement dans le vicariat. Elle possède une belle église et un magnifique couvent tenu par des religieuses françaises, les Filles de Jésus, dont la maison Mère, au Canada, est à Trois-Rivières.

La Pointe-aux-Esquimaux est encore, à cause de sa jetée en eau profonde, l'un des meilleurs ports d'escale pour tous les bateaux à vapeur qui font le service entre Montréal, Québec et la Côte.

Rivière Romaine

Cette rivière sort d'un lac étroit de vingt milles de longueur et que l'on appelle le lac Tichinagamau.

DU SAINT- LAURENT r6l

La rivière serpente avec un courant modéré jusqu'au lac Brûlé qui a vingt milles de longueur sur un à quatre milles de largeur.

En s'échappant du lac Brûlé, la rivière tombe de vingtcinq pieds en moins d'un quart de mille, par un puissant rapide, sur d'immenses cailloux et quelques bases de roches. Il y a un autre rapide de vingt pieds à un demi-mille plus bas que le premier, puis à sept milles au-dessous des fourches, la rivière est coupée par une série d'autres petits rapides.

En aval du coude formé par la rivière, la vallée se rétrécit graduellement pendant quatre milles, jusqu'à deux cascades, où elle a moins d'un mille de large. La première de ces cascades a une hauteur de quatre pieds et est suivie immédiatement d'une autre de six pieds, se terminant par cinquante verges de puissants rapides, où la descente est de vingt pieds.

Le lit de cette rivière est constitué d'un sable fin, mais rocailleux dans les rapides; ses abords sont, en général, faciles et peu élevés.

Les quatre chutes de la « Romaine », dit M. l'ingénieur E.-P. Bender, dans son rapport de 1905, sont de véritables petits Niagaras, pouvant produire toute l'énergie dont on aurait besoin dans cette région pour manufacturer la pulpe et le papier, mettre en action un chemin de fer et exploiter les mines de fer dont ce territoire est richement pourvu.

La Romaine et ses lacs sont très poissonneux. On y prend le saumon, la truite grise et saumonnée, le inaskinongé, le brochet et la carpe. La chasse est abondante ; le canard, l'outarde, le goéland et les mauves sont les principaux oiseaifx qui fréquentent ces parages.

Le sol est ondulé, sablonneux, rocheux, mais il est propre pour la culture.

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