IÔ
Le bois de commerce a été graduellement détruit par le
feu.
Lac Attikonack (1). — Après avoir complété le relevé de la rivière Romaine, M. Lacoursière, arpenteur, a traversé, en 1899, le faîte de partage des eaux entre la Romaine et le lac Attikonack qui se décharge vers le nord dans le fleuve Hamilton par la rivière des Esquimaux. La description qu'il donne de cet immense lac et du pays giboyeux qui l'entoure, est particulièrement intéressante :
« Ce grand lac mesure 236 milles, sans compter l'avantdernière grande baie qu'il m'a été impossible de relever, eu égard au brouillard de neige, au froid et à la glace, qui se faisait déjà sur les rives. Ce lac est situé à 2775 pieds de niveau de la mer, il est profond ; ses eaux sont claires et limpides ; très poissonneux, il y a quantité de maskinongés, de brochets et d'autres poissons dont j'ignore les noms. L'aspect en général est magnifique et le même partout, il est entouré de légers coteaux à une centaine de pieds de sa rive, ces coteaux sont couverts de roches cachées sous la mousse, c'est un terrain complètement inculte. Le bois est de peu de valeur, il consiste en épinette rouge, sapin, et en épinette noire et blanche variant en dimension de 4 à 8 pouces de diamètre et de courte venue. Le pimbina qui croît sur ses bords atteint environ deux à trois pieds de longueur et mûrit à peine ses fruits. Les bluets ne viennent pas à maturité tant le climat est froid et la chaleur de courte durée. La chasse est plus abondante en cette partie, c'est le terrain de chasse des naturels du pays (les Montagnais). La loutre, le vison, la martre, le caribou, sont assez abondants. Les volatiles tels que l'outarde, l'oie
(1) Mot montagnais signifiant «poisson blanc.»
sauvage, le canard, le goéland sont en quantité. L'on peut dire que cette contrée est très riche en poissons et gibiers, mais qu'il est difficile et dispendieux de se transporter à cet endroit favori de chasse et de pêche.»
Rivière à l'Ours
Placée quatre ou cinq milles à l'est de la rivière Romaine.
Son cours est accidenté. Le courant est généralement rapide, et depuis le golfe Saint-Laurent jusqu'au lac — distance d'environ 9 milles et trois quarts — il y a une différence de niveau de 375 pieds. Cette rivière compte plusieurs jolies chutes, dont l'une atteint une hauteur de soixante pieds, vers le cinquième mille.
Le terrain environnant est très montagneux, peu propre a la culture.
Les principales essences forestières sont l'épinette noire et le sapin de petite dimension.
Rivière du Milieu
Cette rivière est peu considérable ; cependant, elle est très fréquentée en hiver par les chasseurs de la Pointe-aux- Esquimaux qui y moissonnent toujours une abondante récolte de peaux de loutre, de martre, de vison et de caribou (1).
Rivière Corneille
Son cours est plus rapide que celui de la rivière à l'Ours.
Cette rivière reçoit les eaux de plusieurs beaux lacs encaissés dans des montagnes d'une hauteur variant de cent à deux cents pieds.
Il n'y a, pour ainsi dire, aucun bois le long de cette
<t) J.-B.-A. Hould, A. G. 1889.
rivière. Depuis le premier lac jusqu'au troisième, on ne rencontre guère que du bois brûlé et des roches.
Au point de vue de la pêche et de la chasse, il est difficile de trouver mieux que cette rivière. La truite mord très bien à la mouche, et son poids moyen est de deux livres.
D'après M. de Puyjalon, l'estuaire est bien pourvu de saumon et l'on peut faire une très belle pêche au-dessus des rapides et des chutes.
RiviÈRK Piashte-Baie
La baie et la rivière de ce nom sont placées à 14 milles de la Pointe-des-Esquimaux et à 15 milles de Corneille. Piashte est un mot montagnais que l'on traduit par « sèche,» c'est-à-dire « baie sèche ».
En descendant de la Pointe-des-Esquimaux, Piashte Baie est le premier poste important que l'on rencontre sur la rivière de ce nom.
Il y a une douzaine de familles canadiennes françaises. Toutes ou presque toutes vivent de la pêche à la morue et de celle du homard. Depuis quelques années, on y a fondé un établissement où l'on prépare ce crustacé (le homard) pour le commerce. L'on y pêche également le saumon.
Il y a d'excellents endroits pour la chasse sur les bords de la rivière.
Ce poste de Piasthe-Baie ne date en réalité que de 1862. Pendant les premières années, une seule famille y résidait mais en 1898 un riche propriétaire belge, M. Beetz, choisit, cet endroit comme lieu de villégiature et se livra aux plaisirs de la chasse et de la pêche. Peu après, constatant que le prix des fourrures montait dans d'incroyables proportions, M. Beetz eut l'ingénieuse idée de bâtir un enclos où il s'adonna à l'élevage du renard. L'expérience réussit et M. Beetz possède aujourd'hui une trentaine de renards
de différentes espèces. M. Beetz est en même temps le représentant de la célèbre maison Révillon, de Paris, et il achète annuellement pour celle-ci $30,000 à $60,000 de pelleteries.
La rivière Piasthe-Baie possède une superbe chute de 258 pieds de haut. La forêt n'y est pas très riche, quoique l'on y trouve du bois de pulpe en assez grande quantité. Dans les coulées, à 21 milles de la mer et sur les lacs, le bois accuse une dimension plus forte.
Rivière Watsheeshou
Il y a la Grande et la Petite Watsheeshou. Ces deux rivières ont leur embouchure dans le golfe entre Mingan et Natashquan.
Les estuaires de ces deux rivières contiennent du saumon et du homard. La pêche est également bonne audessus de ces deux estuaires.
Le bois est à peu près de la même qualité que sur la rivière Piasthe-Baie, sauf qu'il est plus beau.
Rivière Pashashibou
La rivière Pashashibou est petite, maïs on la remonte assez facilement en canot jusqu'au premier lac qui est à sept milles de la mer ; de là, la rivière n'est plus qu'un ruisseau et ne porte pas canots sur une distance d'environ dix milles, jusqu'à un grand lac qui a trois milles de diamètre et qui est la source de cette rivière.
Le sol avoisinant est plan, d'une nature argileuse et propre a la culture jusqu'au premier lac : de là, ce n'est que montagnes et rochers.
Les essences dominantes sont le sapin et l'épinette. Les arbres sont, en plusieurs endroits, assez gros pour être utilisés comme bois de commerce.
l66 LA COTE NORD
Rivière Nabesipi
A l'extrémité de la seigneurie de Mingan et à quelques milles seulement de la rivière Agouanus ou Goynish.
Nabesipi est un mot montagnais qui se traduit par « rivière de l'homme ».
Cette rivière est parsemée de plusieurs cascades dans les premiers trente milles. L'une d'elles s'élève à une hauteur de cinquante-cinq pieds.
Le saumon ne paraît pas monter plus haut qu'à la première chute qui se trouve à un mille et demi de l'embouchure. La truite ne semble pas non plus fréquenter cette rivière. En revanche, les lacs qui l'environnent sont généralement assez poissonneux, surtout le lac Michaud où le poids moyen de la truite atteint une livre.
Il n'y a ici aucun terrain propre à la culture. Ce n'est partout que terre jaune, sablonneuse et du roc.
La forêt se compose de sapin, d'épinette noire et de bouleau mais tous ces bois sont d'une assez mauvaise venue.
Toutefois ils pourraient être employés pour manufacturer la pulpe. Depuis l'embouchure jusqu'à une distance d'environ quinze milles, l'incendie a détruit le bois de chaque côté de la rivière. Toute cette partie est pour ainsi dire une immense plaine parsemée de petits bois et de marais.
Rivière Agouanus ou Goynish
Cette rivière forme la limite est de la seigneurie de Mingan. Son entrée est quelque peu difficile ; cependant l'on v pénètre sans trop d'efforts avec un yacht ou une petite goélette.
Une série de cascades s'étend sur une distance de plus de cinquante milles, la première se présentant à deux ou trois milles de la mer. A partir du soixante-cinquième mille, la rivière ne présente plus d'obstacles et fourmille de truite.
Le sol, sur tout le parcours de cette rivière, est composé de sable et de roc et est par conséquent impropre à la culture.
Le bois, dans les premiers trente milles, a été en partie détruit par le feu ; ce qui en reste est rabougri et de très petite dimension : Au delà de ces trente milles, il est de meilleure apparence et un peu plus gros, mais encore sans valeur pour le commerce. Les seules espèces rencontrées sur toute la distance parcourue, tant sur la rivière principale que sur ses tributaires sont le sapin, l'épinette noire et le bouleau, ce dernier en petite quantité.
Le saumon monte jusqu'à la première chute et ii va d'excellentes places de pêche à la mer.
Réputé bon territoire de chasse. Animaux à fourrure et gibier de mer.
La rivière Agouamis compte plusieurs tributaires avec de nombreux lacs.
Sur ces lacs, et surtout sur le lac Victor, on trouve du saumon d'eau douce (ouananiche) et de la truite en grande quantité. Le poids moyen de ce saumon est d'environ une livre et demie, et celui de la truite d'une livre.
Il y a sur cette rivière qui se trouve à 12 milles à l'ouest de Natashquan, un petit village qui porte le nom de St-Félix de Goynish. Il a été fondé en 1875 et se compose de vingt familles. Tout le monde s'y occupe de pêche à la morue et d'un peu de chasse, en hiver.
xn <v