STATIONS DE PECHE DU LABRADOR
La situation des pêcheurs. — Etablissements stables. — Concessions accordées aux pêcheurs. — Erection d'un hôpital. — Groupes d'îles.
Outre les nombreuses rivières dont nous avons dressé la nomenclature dans les pages précédentes, il nous reste à parler des quelques postes de pêche échelonnés le long de la côte du Labrador et qui tendent à prendre chaque jour plus de développement.
Jusqu'à ces dernières années, nous ne possédions que peu de données sur la situation de ces postes de pêche, sur leur valeur etc. En 1904, le ministère des terres, sollicité par les pêcheurs de la côte du Labrador qui désiraient se créer des établissements stables et ne pas être exposés à être expropriés à tout moment par de nouveaux venus, ordonna une exploration minutieuse de cette région, et confia cette tâche à un arpenteur d'une haute compétence, M. J.-C. Demeules. Ce dernier se mit courageusement à la besogne, mais malheureusement la mort vint le surprendre avant qu'il eut pu mettre une dernière main à un travail destiné à nous faire connaître plus à fond une région à peu près ignorée. Les notes laissées par M. l'arpenteur Demeules, tout incomplètes qu'elles soient, n'en laissent pas moins que d'être précieuses et jettent de la lumière sur les postes de pêche les plus éloignés du Labrador canadien. Il est superflu d'ajouter que nous avons dû les consulter pour cette étude, toute sommaire qu'elle soit. Nous avons
puisé, également, d'importantes indications dans les rapports officiels de M. A.-E. Joncas, garde-chasse, et de M. C.-E. Lemoine, arpenteur-géomètre, qui ont exploré minutieusement la Côte-Nord durant les années 1905 et 1906 et fait ample provision de renseignements sur la situation présente des pêcheurs établis en permanence le long de la Côte.
Il ne nous reste plus qu'à faire connaître les principaux poste de pêche dont il n'a pas encore été fait mention dans notre nomenclature des rivières et qui se trouvent éparpillés de Natashquan à la baie de Blanc-Sablon.
Iles Harrington. — On donne ce nom à une série d'îles ou de petits rochers s'étendant du Cap Airey à la terre ferme, à six milles en bas de la rivière Etamamiou.
Le village se compose d'une cinquantaine de maisons distribuées sur quatre îles différentes et distancées d'à peu près un mille.
L'île de Harrington est la plus considérable de ces quatre îles. Elle comprend une vingtaine de maisons,, deux églises, l'une anglicane et l'autre presbytérienne, et deux écoles. Le ministre anglican y réside en permanence*
Dans le cours de l'année 1907, une société de Londres, la Deep Sea Mission, a fait ériger ici un hôpital et une maison pour les médecins, au coût de $15,000. Le Dr Hare a la charge de l'hôpital et fait deux voyages par hiver de Natashquan à Blanc-Sablon.
Les îles Harrington sont aussi pauvres qu'elles peuvent l'être en fait de bois. Néanmoins, les rochers qui forment ces îles sont recouverts, en certains endroits, d'une couche de terre végétale assez épaisse pour permettre aux habitants de cultiver la patate et les autres légumes.
A raison de l'absence complète du bois de chauffage, la plupart des familles vont passer l'hiver sur la terre ferme où elles ont de bonnes habitations.
Il se déploie une grande activité aux îles, surtout durant la saison de la pêche. On fait tout spécialement la pêche à la morue et la chasse aux loups-marins qui sont toujours assez productives, puisqu'au témoignage de M. C.-E. Lemoine, A. G., chaque famille se crée un revenu de $1,400.
Chaque printemps, les goélettes viennent ici en grand nombre faire la pêche à la morue. Par la même occasion, ces goélettes qui partent de Terreneuve ou de la Nouvelle- Ecosse, font une razzia en règle des œufs d'oiseaux. Les pêcheurs se plaignent hautement de cette manière de faire.
Tête- à-la- Baleine. — On désigne sous ce nom pittoresque un groupe de onze petites îles situées à peu de distance des unes des autres.
C'est l'un des plus beaux havres de la côte, pouvant recevoir des navires de grande dimension et en même temps l'un des principaux postes occupés par les pêcheurs du Labrador. Il est situé à vingt milles du village de Harrington.
Il y a là une population française catholique de 300 personnes, qui, l'hiver, résident sur la terre ferme et l'été se dispersent sur les îles, pour être plus près des places de pêche.
Une chapelle que les RR. PP. Eudistes desservent a été construite à l'île de la Providence qui se trouve au centre du groupe d'îles appartenant à cette mission.
On a aussi installé à ce poste un bureau de téléphone, mais l'on n'y voit encore ni maison d'école, ni bureau de poste.