CHAPITRE VI
Région minière. — Sable magnétique. — Minerais de fer. — Principaux gisements de fer à Moisie et à Natashquan. — Les résultats de l'analyse. — Expédition des dépôts de sable. — La consommation du fer dans le monde. — Autres minéraux.
IL existe sur la côte nord du fleuve et du golfe Saint- Laurent une source à peu près inépuisable de minerais de fer, sous forme de sable magnétique.
Ce sable est dû à la décomposition, par des agents extérieurs, des roches ferrugineuses compactes, lesquelles appartiennent à deux espèces minérales distinctes. Ces roches sont constituées par de puissants amas de fer titane ou par des roches quartzo-feldspathiques contenant de nombreux nodules de magnétite à peu près pure (*).
Il y a un peu plus de trente ans, un syndicat étranger entreprit d'exploiter à Moisie ces sables ferrugineux magnétiques.
L/usine comptait six fourneaux en activité jour et nuit et donnait de l'emploi à trois ou quatre cents hommes. Tant que les propriétaires s'appliquèrent à fondre le minerai lui-même, l'acier de Moisie fit prime sur le marché ; mais un jour vint où l'on voulut y mêler du vieux fer, et de ce moment la réputation des produits des usines de Moisie tomba à rien et l'entreprise fut ruinée. Depuis, il n'y eut
(i) Rapport sur les sables noirs de la Côte-Nord, par M. H. de Puyjalon, 1899.
aucune tentative pour reprendre cette exploitation, sauf qu'en ces derniers temps la demande du minerai de fer étant devenue plus pressante que jamais, l'attention s'est portée de nouveau sur Moisie et sur le pays environnant. De la Suède, de la Norvège et des Etats-Unis sont venus des métallurgistes examiner tour à tour ces vastes lits de sable magnétique, et tout laisse croire que d'ici avant peu on aura trouvé les procédés nécessaires pour convertir ces sables ferrugineux en acier.
Quoiqu'il en soit, ces sables noirs se rencontrent en grandes quantités sur différents points de la Côte-Nord.
M. Joseph Bureau, explorateur officiel, qui a remonté la rivière Natashquan sur une distance de cent milles, a signalé la présence de ce sable magnétique sur les bords de cette rivière et dans les savanes.
Même constatation sur les rivières Romaine, Mingan, Saint-Jean, Keghaska, et dans les baies de Keghaska et Musquarro.
M. Obalski, inspecteur de mines, considère ce dépôt de sable comme très important et contenant une quantité à peu près illimitée de fer magnétique. Celui-ci s'étend sur une distance de vingt milles à l'est de la rivière Natashquan. L,a quantité varie nécessairement suivant les points, mais on estime que dans le plus grand nombre, on pourrait faire des exploitations donnant jusqu'à cinquante pour cent de sable noir et produisant trente pour cent d'oxyde magnétique.
Ajoutons que sur la grande Natashquan, il se trouve, à douze milles de la mer, une cascade de trente à quarante pieds de hauteur qui pourrait fournir le pouvoir moteur nécessaire à une grande exploitation.
A l'état brut, d'après les données recueillies par des experts, le meilleur sable contient 70 à 75 pour cent d'oxyde magnétique et 15 à 18 pour cent d'acide titanique. Après
séparation par les moyens connus jusqu'à présent, la partie magnétique contient 92 à 95 pour cent, l'oxyde magnétique représentant 66 à 68 pour cent de fer métallique et puis encore de 2 à 5 pour cent d'acide titanique (*).
En résumé, les trois gisements principaux de sable magnétique sur la Côte-Nord se trouveraient dans le voisinage et à l'est des rivières Moisie, Saint- Jean et de la Grande Natashquan. Il en existe aussi, quoique moins importants, à Portneuf, à la baie de Jérémie, à la rivière Manitou, à la baie du Dock et dans les baies de Keghaska et de Musquarro.
A la rivière Moisie, le sable magnétique se rencontre sur une étendue de neuf milles. Il est particulièrement abondant sur la moitié de cette distance. Sur le côté est de la même rivière, M. Obalski a signalé, en 1901, la présence d'un gisement important de sable noir s'étendant sur une distance d'un mille et demi à deux milles environ le long de la côte, et de quatre à cinq arpents dans l'intérieur.
Quant à la question de transport de ces dépôts de sable, elle est assez facile à résoudre. L'expédition pourrait s'en faire à la partie est de la baie des Sept-Iles, qui est située à une douzaine de milles de la Pointe à Juillet.
Voilà donc en définitive un point nettement établi : la Côte-Nord, sur presque toute son étendue, est abondamment pourvue de minerais de fer. Et cette constatation est faite à l'heure même où quelques géologues anglais, justement efïfay es de la consommation progressive du fer, nous prédisent que dans une soixantaine d'années, l'humanité aura épuisé les gisements de minerais de fer qui se trouvent dans la terre.
Que ces appréhensions soient motivées ou non, il reste
(1) Rapport des mines pour 1900.
certain que la consommation dn fer augmente partout dans d'incroyables proportions, En 1890, on avait extrait 56,256 milliers de tonnes de fer. Quinze ans plus tard, en 1905, ce chiffre atteint 117,000 milliers- de tonnes. Or, la réserve de fer qui existe encore à l'heure actuelle dans le monde entier étant évaluée à dix milliards de tonnes, on peut déjà prévoir ce qui arrivera, c'est-à-dire l'épuisement à brève échéance. Seulement, dans leurs prévisions, les géologues anglais ne paraissent pas avoir tenu compte des ressources qu'offre à cet égard la Côte-Nord. Leurs statistiques ne portent en effet que sur les gisements présentement en exploitation. Ils modifieront nécessairement leurs calculs lorsque mieux instruits des richesses que recèle notre sol, des industriels se dirigeront sur les côtes bordées par le fleuve et le golfe Saint-Laurent et en extrayeront à pleines tonnes le précieux minerai qui commence à se faire rare sur d'antres continents. Ce jour-là — et cela ne saurait tarder — la Côte-Nord envahie à la fois par des capitalistes et des nuées de travailleurs, verra s'élever pour elle, si longtemps méconnue, une ère de prospérité et de grandeur. C'est alors qu'elle justifiera pleinement le nom qu'on lui donne déjà dans tous les livres : celui de côte de fer.
Les autres minéraux susceptibles d'être utilisés sont la molybdènite, V argent stcmnifère rencontré sur la rivière Natashquan, la pyrite magnétique, les grenats-roses que l'on trouve dans certaines roches des rigolets de Saint- Augustin, la chalcopyrite, pyrite de cuivre, des micas noirs, etc. (*).
De la Pointe-des-Monts à la baie de Brador, toute la formation appartient au système cristallin. Quelques bandes de calcaire silurien, à la baie des Homards et aux
(1) Rapport de M. de Puyjalon, 1900.
Sept-Iles, viennent seules interrompre, avec les calcaires de Mingan, cette longue suite de roches dures.
« Je n'ai vu nulle part ailleurs, écrivait M. de Puyjalon, en 1889, un plus riche assemblage de pierres ornementales de haute valeur. Les granités, les porphyres et les syénites y sont souvent aussi remarquables que ceux d'Egypte et de Corse. Les labradorites à grands cristaux bleus opalisants y atteignent des dimensions restées inconnues avant mes explorations. »
, Les jaspes verts à taches rouges, appelés jaspes sanguins*. s'y rencontreut souvent en filons de bonne grandeur.
Le mica blanc à grands cristaux y abonde dans les gneiss blancs à gros grains.
L'He-aux-Esquimaux est riche en calcaires compacts. Dans une anse située au sud-ouest de cette île, on a trouvé un calcaire compact, rougeâtre, à pâte très cristalline, contenant des coquilles verdâtres. Ce calcaire, qui est stratifié en larges assises ferait, de l'avis de M. de Puyjalon, un marbre lumachelle passable, et son exploitation n'offrirait aucune difficulté sérieuse.