‹ La coucarachaChapitre 12 sur 84 · VI · texte numérisé non relu

VI

Don Balthazar avait dit vriii, soupçonnant l'amour de sa femme pour Roméro , il était revenu de Séville trop tard pour lui , trop tôt pour Roméro et Méina ; car, vous le savez , Roméro fut tué sous les yeux de sa maîtresse, et, à cet horrible spectacle, Méina perdit la raison. — Une fois folle, I\Iéina, qui depuis longtemps était pâle et triste , souffrante et rêveuse, devint plus belle que jamais,... plus heureuse que jamais ; car avec sa raison le souvenir de cette nuit fatale avait disparu... Tout a disparu de son cœur pour faire place à cette conviction fixe et immuable : — Qu'elle est restée seule sur la terre avec Roméro. — Aussi, Méina est maintenant heureuse ; car avant sa folie... c'est à peine si elle osait prononcer le nom de Roméro , — ce nom qui faisait tout vibrer en elle, — ce nom qu'elle n'entendait pas sans palpiter, — ce nom qu'elle avait toujours aux lèvres, et qu'il fallait cacher, — ce nom qu'elle seule redisait sans cesse, — ce nom dont elle combinait les

lettres de mille façons , pour y chercher un présage de joie ou de larmes.

c8îe3

Qu'elle est heureuse ! — Ce nom, elle peut le dire maintenant , et elle le répète à chaque minute du jour. — Ces aveux qu'elle pouvait à peine faire à son amant, car les instants où elle voyait Roméro étaient si rares et si rapides que les baisers étouffaient les paroles ; ces aveux , elle les lui fait maintenant sans honte. Ces caresses ardentes et passionnées dont le seul souvenir la transportait, elle lui

en parle maintenant sans roujjir Elle qui osait à

peine autrefois cueillir la fleur qu'elle aimait pour la baiser en cachette et la donner ensuite à Roméro, qui pressait alors cette fleur chérie sur sa bouche, sur ses yeux , sur son cœur avec une ivresse délirante , maintenant elle dit à Roméro en l'entourant de ses deux bras : n iMcts cette fleur sur mon sein , Roméro ! cette pauvre fleur arrachée à sa lige, et qui va mourir, car nos baisers l'ont toute fanée... »

Elle dit à Roméro : — a Quel bonheur, dis, mon amour, que nous soyons restés nous deux «euls sur la terre; car maintenant, vois-tu... le soleil ne brille plus que pour nous deux. Pour nous deux seuls les fleurs sont fraîches et parfumées; ces oranges vermeilles, ces figues empourprées... tout cela est pour nous deux seuls, mon Roméro... et quand la nuit la

66 LA COl'CARATCHA.

lune se lève et répand à flots sa tremblante et pâle

clarté que tu aimes tant c'est pour nous deux seuls

qu'elle se lève, Roméro Ce ciel bleu, ce ciel tout

brodé d'étoiles qui ravit si souvent nos regards... pour nous deux seuls il scintille , mon Roméro. — Pour nous deux seuls... quand, nos bras enlacés, nous confions nos soupirs d'amour à la voûte embaumée des amandiers, pour nous deux seuls le Tuléa cbante d'un ton si plaintif et si doux, en laissant bercer son nid au souffle expirant de la bise...

ï Et puis , conçois-tu , mon Roméro, tout ce qu'il y a de grand et de profond dans cette pensée : que la nature entière n'existe plus que pour nous deux !... Et puis, si tu savais aussi comme ces mots nous deux résonnent doucement à mon oreille... Toute notre vie est dans ces deux mots, n'est-ce pas, mon ange?... Mots cbarmants qui devraient n'en faire qu'un. — Nous deux, pensée d'égoïsme et d'amour à la fois, car il fallait que cela fût ainsi , Roméro , nous deux devions être sacrifiés au monde, ou le monde à nous deux. — Et puis encore, vois comm.e Dieu nous bénit, en nous ôtant, la mémoire des sens, — ainsi, mon amour... jamais la satiété ne nous atteindra de son souffle glacé... parce que la satiété, c'est le souvenir ; et que le désir, c'est l'espérance, n

Mais, au nom du ciel, puisque Roméro est mort.

dites-moi quel malheureux peut servir de jouet ù celte folie ? Quelque fou comme elle, n'est-ce pas ? Car quel homme doue d'une tèle qui pense, et d'un cœur qui bat, pourrait, sans mourir de désespoir, entendre cette voix si pure et si tendre lui dire : Oh ! que je t'aime , Roméro ! s'il n'était pas Roméro? — ^Qui pourrait sentir, sans frissonner de rage, cette main si douce et si blanche presser la sienne, cette tête ravissante s'appuyer sur son épaule , s'il n'était pas Roméro? Oh ! se dire : En m'appelant,

ce n'est pas moi qu'elle appelle, c'est Roméro ce

n'est pas ma main qu'elle presse, c'est la main de Roméro ! — Lui, toujours et partout; lui, idée fixe, seule éternelle ; pensée qui occupe jusqu'aux plus intimes replis de son cœur; lui pensée devant laquelle a disparu le monde entier, parce que , avant que d'être folle, le monde entier lui était odieux, car elle sacrifiait à ce monde le seul bonheur qu'elle eût jamais compris. — Lui, seul souvenir où se soit réfugiée tout entière cette àmc si naïve et si aimante. . . Oh ! se dire tout cela... Mais c'est un épouvantable

supplice Encore une fois, c'est quelque fou. qui

l'endure, ce supplice ! car la folie, mille fois la folie... plutôt que la raison à ce prix

Oh ! non; non, ce n'est pas un fou qui endure ce supplice ; c'est un homme qui a toute la raison nécessaire pour analyser et comparer une à une les atroces douleurs qui le déchirent; c'est un homme

68 LA COUCARATCHA.

qui a tout le sens voulu pour pouvoir blasphémer justement le passé, le présent et l'avenir ; cet homme, c'est le seigneur don Balthazar l'homicide, don Balthazar qui a tué Roméro , et n'a pas porté la peine des meurtriers, parce que les lois faites parles hommes lui donnaient le pouvoir de tuer impunément.

Mais d'autres lois avaient d'avance vengé Roméro. — Ces lois que la nature met au cœur de chaque être à qui elle a donné une âme... ces lois qui nous disent : — Ton âme isolée est incomplète ; cherche sa sœur, son autre âme. Si tu la trouves, c'est que Dieu t'aura béni ; parce que deux âmes fondues en une seule, c'est le ciel. — Si tu la rencontres... oh ! lu te sentiras entraîné vers elle par un penchant invincible; et cette sympathie inexplicable t'emportera, t'élèvera bien au-dessus des considérations sociales pour te faire éprouver tout le bonheur qu'il a été donné à l'homme de sentir: comme l'aigle qui s'élève au-dessus des nuages pour planer plus près du soleil et ressentir la chaleur de ses rayons éblouissants !

Et puis, pour que ce bonheur soit complet, il y aura du courage à le chercher, à braver les clameurs confuses des mots de déshonneur et d'infamie... du courage à braver la mort môme, une mort qui reste impunie, une mort que la société cite avec orgueil comme juste et morale , une mort dans l'ombre. — In lâche poignard qui vous tue désarrtié. — Une

CABAL1.U XEGKO Y PERRO BLAXCO. mt

mort qui vous frappe. — Bénie soit-elle. — Qui vous frappe comme elle a frappé Roméro, au milieu des plus ravissantes voluptés. — Une mort, enfin, qui vous absout, puisqu'elle vous punit.

Oui , Roméro est vengé ; — car don Balthazar, si fier, ne veut pas que celle qui porte son nom serve de risée aux valets. — Seul, il s'est enfermé avec elle... avec elle seule... dans la maison d'el Puerto. — Avec Méina, plus belle qu'elle ne l'a jamais été, elle est fraîche et rose... ses lèvres sont vermeilles, son teint éclatant. Seulement ses yeux sont fixes,

fixes comme les yeux des fous mais sa voix est

toujours douce et pure... et, sainte Vierge ! don Balthazar l'entend souvent, sa voix ; car c'est à lui qu'elle dit encore en souriant, la tète penchée sur son épaule :

li Roméro , mon amour, te souviens-tu du premier jour où je te vis ! Ton regard s'attacha d'abord au mien , et comme je baissais les yeux pour les relever bientôt... je rencontrai encore les tiens... Alors je rougis... et une soudaine pensée de bonheur commença de poindre en mon cœur. — Roméro, te souviens-tu de ces fleurs jalouses qui me cachaient à ta vue ! car c'est à peine si entre deux touffes de roses je pouvais l'apercevoir... tant il y avait de fleurs, de tristes fleurs, quoique brillantes de mille couleurs,

70 LA OOUCARATCIIA.

sur le toml)eau de ma pauvre mère... Eh ! vois, mon amour... tout ce que celte première entrevue aurait paru présager de funeste.... si l'on croyait à la fatalité...

■n Roméro, te souviens-tu d'une autre fois où

Perdita. .. cette femme que je haïssais sans savoir pourquoi , appelait en vain tes regards qui ne quittaient plus mes yeux... mes yeux qui te souriaient... qui te disaient... — Aime-moi... je t'aimerai mieux qu'elle! — Te souviens-tu encore, Roméro, de ce jour on tes premières caresses m'avaient comme enivrée ; que j'étais toute pâle ; que mes lèvres étaient blanchies, mes yeux fermes; et qu'il me fallut tomber dans tes bras, tant l'émotion était irrésistible et profonde !

» Roméro, te souviens-tu de cette belle, belle étoile du soir qui se levait si étincelante derrière les orangers, et que me la montrant tu disais : « Hlon ange , vois-tu notre étoile , — mystérieux emblème d'un amour caché ! d Combien de fois nos yeux l'ont suivie dans sa course et l'y suivront encore ! — Oh ! j'aime cette étoile , parce que nous l'avons admirée ensemble, et que de bien douces pensées s'y rattachent. Aussi , combien je maudis le nuage jaloux qui me la dérobe parfois, ma belle étoile! — Je le maudis comme je maudis ta mantille quand elle me cache

CABALLO NEGRO Y PERRO ItLANCO. 71

ton regard ; — comme je maudis le bruit qui couvre ta voix. Et puis encore, mon ange adoré, j'aime cette étoile parce que, indifférente à tous, elle n'est précieuse qu'à moi-seul. — Pareille à un cœur aimant, ignoré de tous, et connu d'un seul : — Brille, brille parmi tes sœurs , belle étoile ; décris ta courbe , monde inconnu , et emporte avec toi un secret que tu ignores. - — Va! c'est un confident discret, Méina ; et si tu ne m'oublies pas, confie-lui chaque soir une pensée ou un souvenir : car chaque soir je passe de longues heures à lire dans son disque scintillant.

» Roméro , te souviens-tu de ce petit enfant aux longs cheveux bouclés : — tu étais loin de moi, je baisais sa petite bouche si fraîche et si rose, et puis je l'envoyais vers toi... Tu la baisais aussi... Et cette jolie bouche enfantine servait ainsi de messagère à nos baisers....

» Roméro, te souviens-tu de cette lettre que tu m'écrivais en partant, et qui commençait ainsi :

» Sais-tu que l'amour rend cruel, Méina ? tiens, vois-tu ! loin de toi , je souffre une torture affreuse... oh ! affreuse. Eh bien! j'aurais une joie ineffable à savoir que tu souffres aussi; — que loi aussi tu as de ces brisements de rùmc.... à chaque doute, à

'■2 LA COUCARATCHA.

chaque pensée d'oubli Que toi aussi lu éprouves

tie ces terreurs profondes, de ces moments de rage et de désespoir, qui font naître les vœux les plus atroces... car quelquefois, Aléina... — pardonue, —

quelquefois j'ai désiré te savoir morte morte

maintenant que tu m'as aimé — Mais, dis-le

dis,... ange adoré,... éprouves-tu cela, toi? Oh, si tu l'éprouvais aussi, — si chaque battement douloureux de mon cœur répondait dans le tien, si alors que pleurant loin de toi... je dis, Méina, — ton cœur m'entendait et répondait, Roniéro ! »

Puis sinterrompant , et secouant sa jolie tète d'un air de fierté... a Vois-tu, mon Romcro, disait Méina, vois-tu que je la sais , ta lettre ? car le sou-, venir m'est resté pour tout ce qui est toi, — mais , depuis que nous sommes seuls sur la terre, j'ai oublié tout le reste, lloméro... — Ma mère ? je ne me souviens plus de ma mère... — mon enfance ? je ne me souviens plus de mon enfance, — parce que tu n'étais pas là , toi, — et qu'il me semble que toujours, toujours j'ai été comme maintenant, seule au monde avec toi. t

Et c'est don Balthazar qui entendait tout cela. — Aussi , trouvant un jour ce supplice au-dessus de ses forces, et ne voulant pas devenir fou à son tour, don Balthazar alla consulter un savant praticien qui

CAliALLO NEGRO Y l'ERUO BLANCO. 7,i

avait un secret infaillible pour guérir les fous, — moyennant beaucoup d'argent. — L'bomme habile vint voir Méina, et dit, — qu'il y avait de l'espoir!!! — Aussi le misérable piqua ce joli corps de mille façons, coupa les longs cheveux bruns de cet ange pour lui mettre un horrible topique sur la tête, disjoignit presque ses membres délicats par d'affreuses secousses électriques ; — et à chaque gémissement de la pauvre femme, le savant répondait en frottant ses grandes mains osseuses : « Tout va bien. Oh! voyez-vous, seigneur Balthazar! c'est que mes moyens sont sûrs... d Tout allait bien en effet... oh! bien... car la mémoire commençait à revenir; — et pourtant don Balthazar éperdu... à genoux... rien qu'en voyant les regards que Méina lui jetait en passant ses mains sur ses yeux, comme si elle se fût éveillée d'un songe... — don Balthazar eût tout donné pour qu'elle redevînt folle... — Mais il n'était plus temps; — les beaux secrets du savant n'allaient pas si loin : il fallait Roméro pour cela...

Et à mesure que la mémoire revenait à Méina, ses yeux si brillants se voilaient, ses joues devenaient pâles et sa bouche perdait son sourire : — car la mémoire, chassant devant elle le riant mensonge qui était toute la vie de Méina... la mémoire s'avançait terrible et funeste... chargée de souvenirs déchirants... s'avançait comme une vague lourde et sombre qui déroule en mugissant des eaux tonnantes , et

change en abîme noir et profond. .. une plage naguère calme et dorée de tous les feux du jour...

Avec la mémoire, la première pensée qui s'offrit à Méina fut encore pour Roniéro ; — mais ce souvenir cruellement exact lui rappela que Roméro était mort... mort assassiné à ses yeux. — Oh! ce souvenir inexorable ne lui mentit pas comme les consolantes illusions de sa folie. — Ce souvenir la rejeta brutalement au milieu de cette épouvantable nuit d'amour et de meurtre, de voluptés inouïes et de cris de mort. Une seconde fois elle entendit les dernières paroles de son Roniéro... elle sentit encore son sang jaillir sur elle... — Elle se vit à genoux devant Balthazar... criant éperdue : nOh! ne le tuez pas... tuez-moi plutôt... tuez-moi aussi... » Une seconde fois elle entendit le rire atroce de Baltiiazar, lorsque, appuyant son large pied sur le corps inanimé de Roméro , il le frappa au visage avec son épée de tauréador en lui disant : u Lâche et traître , je suis vengé ! »

Puis sa seconde pensée fut pour son mari. — Il était là... lui qui avait tué son Roméro, son amant à elle , désarmé , faible et surpris ; il l'avait tué sans défense , et puis encore il l'avait appelé lâche ! et puis encore il l'avait frappe au visage... — Alors Méina éprouva pour Balthazar la haine la-plus pro-

CABALLO NKGRO Y PERKO liLAMCO. 75

fonde. — Et cela sans remords. — Le sang de Roinéro avait déjà payé Balthazar. — Elle, bientôt, allait aussi s'acquitter envers lui. Balthazar était vengé : elle pouvait donc le haïr. —

Et puis Méina vint à se demander : a- Maintenant... quel sera le terme de mon atroce existence? — Demain, aujourd'hui, — se dit-elle, — la même pensée infernale va m'obséder. — J/o« mari que je hais — a tué mon amant que j'aimais. — C'est sous le poids de ce souvenir qu'il va falloir vivre... vivre toute ma vie... — Cet affreux tableau de sauc[ et de meurtre... incessamment il sera là... devant mes yeux!... — et puis le monde, avec sa morale égoïste, inflexible et froide, viendra compter mes larmes et les peser pour savoir si je pleure ma faute ou mon Roméro. — Parce que je n'ai pas le droit de pleurer mon amant devant son meurtrier. — Et puis peutêtre un jour ces impressions si amères s'effaceront, et j'oublierai Roméro, et sa mort, et son amour... peut-être... oh! non, non, mon Dieu, j'irai à toi coupable... mais d'un seul crime, d

tt Alors, — dit Méina, — je vois bien qu'il faut que je me tue. — Pourquoi vivi'ais-je !... — Aussi pourquoi m'ont-ils guérie ! j'étais si heureuse étant folle ! quel mal leur faisais-je ainsi ! A leurs yeux j'étais punie. . . puisque je devais être punie. . . — A leurs yeux. . ,

7(i LA COUCARATCHA.

oui... mais ce n'élail pas le compte de leur vengeance... Il fallait qu'ils me rendissent la raison pour l'assouvir, leur vengeance ! — La raison ! ! — Aussi maintenant je vais raisonner ma souffrance, — me rappeler si ma douleur d'hier a été aussi vive que celle d'aujourd'hui, et sonjjer à ce que sera celle de demain. — Et puis je comprendrai les rires insultants quand on me montrera au doigt en disant : — Voilà la folle. — Je comprendrai ! quand les mères diront à leurs filles : — l'oyez, comme le doigt de Uieu l'a frappée! — Je comprendrai! — quand les maris diront à leurs femmes : — Balthazar a tué son Roméro, madame... — Voilà pourtant ce que j'endurerais avec la raison qu'ils m'ont rendue; mais moi je ne veux pas ! v

Telles furent les pensées de Méina quand on l'eut arrachée à sa folie. — Aussi elle se tua.

Pour cette cause, ou ne voulut pas dire à l'église les prières des morts sur sa tombe. — Elle fut comme Roméro enten'ée,loin des lieux bénits. — Personne ne suivit son cercueil dans le champ inculte et couvert de ronces où on le jeta. Personne que sa vieille, vieille nourrice. — Et comme elle avait planté en pleurant une pauvre croix sur la terre oii reposait celle qu'elle avait bercée toute petite, — le prêtre fit ôter la croix, parce que Méina était morte en païenne.

CABALLO NEGRO Y PERRO ItLAXCO. 77

— Mais la vieille nourrice reconnut bien l'endroit, et vint, ciiaque soir, enveloppée dans sa mante, y dire de saintes prières et demander au ciel d'absoudre son enfant. — Car elle appela toujours Méina so7i enfant.

Don Balthazar vendit sa maison d'el Puei'to et le champ où reposait Méina ; puis, avant de partir pour Séville, fut trouver le vieux serviteur bohémien de Roméro pour lui acheter le beau cheval de son maître, afin de se servir dans les courses de ce vaillant animal. — Le vieux Bohémien le vendit pour beaucoup d'or, et dit à la mère de Roméro, qui eût été si heureuse d'avoir au moins le cheval de son fils..., puisque son chien avait été tué... il dit à la mère de Roméro : u Madame , le cheval est aussi mort. D — Don Balthazar se servit longtemps de Péliéko, qui s'était encore plus attaché à lui qu'à Roméro.

On dit que la folie est un mal ; on a fort, — c'est un bien.

Page 1