OCTOBRE
— Enfin ! ! ! !
IX AXONVUE.
Le spectacle que le soleil éclaira de ses premiers rayons dans la baie fut imposant et terrible. Le ciel étaif pur et transparent , le sommet des montagnes se colora d'une brillante teinte de pourpre; et, à mesure que le soleil devenait de plus en plus vif, on découvrait la rade d'une manière distincte. Xous avions iritè pendant la nuit , et nous nous trouvions en face de l'entrée de la rade.
\os premiers re<^ards cherchèrent avidement les vaisseux français. Le Trident avait peu souffert, le Sripion était noirci par le feu d'un brûlot, et In Sirène était démâtée de son mât d'artimon.
Mais autour de nous quelle scène de dévastation! une mer cliarfjéc de débris et de cadavres , des naxirrs désemparés, criblés de boulets, à moitié brûlés , des embarcations chargées de blessés et de mourants qui imploraient du secours, et pins loin un immense incendie qui dévorait la -flotte marchande et faisait presque pâlir la lumière du soleil.
LE l'KESAGK. 109
A gauche , sur les rochers de l'ancien Navarin, deux belles frégates égyptiennes étaient échouées , et le feu commençait aussi à les consumer. On voyait sur la côte des bandes de Turcs qui , la torche à la main , brûlaient leurs navires échoués , plutôt que de les voir pris par nos escadres.
On peut avoir une idée de cet affreux tableau quand on saura qu'il restait à peine vingt navires d'une flotte de deux cents bâtiments de guerre ou de commerce...
Insensiblement les communications s'établirent, alors nous siàmes et l'admirable combat soutenu par l'Armide (capitaine Hugon), et la perte énorme que la Sirène avait faite ; c'était plus des deux tiers de son équipage tués ou blessés, son màt d'artimon abattu, et l'héroïque sang-froid de HI. de Rigny, et la morne stupeur de l'équipage quand on vit tomber l'amiral de son banc de quart , et le délire de joie quand on le vit se relever tranquillement et reprendre sa phrase de commandement où il l'avait laissée... Nous sûmes enfin cette noble et fière rivalité qui embrasait les escadres alliées, et noire gloire maritime encore exaltée par les Anglais et les Russes , qui partagèrent aussi les dangers.
L'énergie passagère que les Egyptiens avaient déployée en incendiant leurs vaisseaux, fit bientôt place à un inconcevable abattement ; ils se retirèrent dans les montagnes pour rejoindre Ibrahim, et nous laissèrent maîtres des forts presque démantelés. Trois jours après nous quittions la rade , trois
110 LA COUCARATCHA.
jours après, d'une flotte qui avait coûté des prodiges d'intelligence , des sommes énormes , il ne restait que quelques bâtiments épars et des cadavres.
Favorises par une assez forte brise , nous sortîmes enfin de cette baie.
Huit jours après notre sortie de Navarin , nous étions à Malte; et là, comme en Angleterre, comme en Russie , nous entendîmes une mélopée d'admiration s'élever en faveur de notre brave amiral, qui sut , pendant trois ans , assurer notre supériorité et notre influence dans la Méditerranée. Après avoir reçu à Malte l'accueil le plus cordial du gouverneur, lord Posomby , nous partîmes pour Toulon , où le Breslaw arriva vers la fin de novembre. Après une quarantaine d'un mois nous entrâmes dans le port, où le vaisseau désarma.
CRAO.
, . . . — Va-t'en , bossu !
Je suis ué comme cela, ma mère.
BïROX, les Métamorphoses du Bossu.