UNE FEMME HEUREUSE. S
fout ce qui pouvait amuser un homme d'une slupi- (lifé (lésespéranle.
Pourtant ce bonlieui- cul un ferme , et quoique nous ayons vu M. de Xoirvillo vêtu de sa belle robe de chambre et occupé i regarder les passants avec un plaisir si profondément senti, une amère et pénible mélancolie était sur le point de l'accabler.
Kn effet, les événements les plus cruels semblèrent s'être réunis pour le désoler. Dix de ses meilleurs cliiens venaient d'être décousus dans une chasse, une fille d'opéra qu'il payait fort cher avait pris la fuite avec son coiffeur, et il s'était aperçu que son maître d'hôtel le volait.
En se promenant au bois , ]\I. de \oirviIle réfléchit mûrement sur la fatalité qui le poursuivail, et il trouva que le seul moyen de remédier désormais à de pareilles mésaventures était de se marier. «. Une fois marié, se dit-il, je n'aurai plus besoin de maîtresse (car M. de Xoirville avait des principes fort arrêtés) ; ma femme s'occupera de ma maison, et mon maître-d'hôfel ne me volera plus ; et puis d'ailleurs il est probable que je me suis assez amusé , car depuis deux mois je m'ennuie à crever. Or, j'aime mieux m'ennuyer avec ma femme que tout seul. C'est dit , demain j'irai trouver mon notaire ; car, pardieu , il faut que je me marie le plus (ôt possible, u
Et le lendemain son notaire lui disait : a Puisque vous êtes assez galant homme pour ne pas tenir à la fortune, mon cher monsieur, j'ai voire affaire ; une
100 LA COrCAHATCHA.
(lemoispllc (rKImont , d'une lrès-ç5iMiulp fiimillc , jolie et élevée dans la perfection. Ce soir même j'en parlerai à son oncle, qui sera aux anodes ; car, pour elle, c'est un quine à la loterie qu'une telle union. ■' El , selon l'usage , parce qu'un iftibécile avait été trompé par une danseuse, volé par un laquais, et s'ennuyait de sa propre sottise , voilà que l'avenir d'une pauvre jeune fille, qui n'en peut mais, se trouve, dès ce moment, à peu près enchaîné au .sort de cet homme auquel elle n'a jamais pensé.
CHAPITRK II.
AI A D K AI 0 I S K I, I. K n ' R I, AI 0 \ 1'.
Cécile d'Elmont était parfaitement née ; son père, le marquis d'F.Imont, ayant perdu à la révolution une fortune qu'il avait réalisée presque tout entière en valeurs sur TMlat , ne trouva dans l'indemnité qu'une fraction bien minime de ce qu'il possédait.
Chargé à cette époque d'une mission diplomatique fort importante , et tenant à représenter dignement son pays, M. d'KImont dépensa ainsi une portion de ce que la Restauration lui avait rendu; les dettes qu'il avait été forcé de contracter pendant l'émigration absorbèrent le reste: cl lorsqu'il mouruf. si» femm^
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{•l sa lillc se (i'oiiVi"'rcnl rc'duilcs à uiu' pension IbrI inocliocTC.
I,a marquise dKliiionl ne survécut pas longtemps à la perte de son mari, et Cécile fut confiée aux soins (l'un de ses oncles, le comte dl'limont, excellent homme, colonel en retraite, qui s'élail ruUié à l'ei:;pcrcur, avait fait toutes ses campagnes, et, ronjjc de blessures et de rhumatismes, vivait modestement de sa solde; car sa |)art d'indemnités, à lui, avait eu j)artie passé au jeu, ce dont il se repentit amèrement lorsqu'il se vit chargé de pourvoir à l'avenir de sa nièce.
Cécile n'était pas rigoureusement belle ; mais elle avait une de ces physionomies pleines de charme, de grâce et de distinction, dont l'attrait doit vivement frapper les gens d'un goût épuré, qui cherchent dans la ligure d'une femme autre ciiosc qu'une régularité froide et symétrique.
Tout en Cécile révélait une âme noble, grande, et surtout un esprit d'une excessive délicatesse : ayant toujours vécu dans le monde le plus choisi, façonnée par son père et sa mère aux habitudes les plus recherchées, dotée d'un tact exquis, don si précieux et si cruel à la fois, (jui lui faisait éprouver des jouissances et des peines inconnues aux autres organisations, on ne pouvait reprocher à mademoiselle d'Elmont qu'une sorte de sauvagerie; et cette sauvagerie, on l'expliquerait peut-être par la-crainte que Cécile éprouvait de rencontrer dans le monde des idées dont le prosaïsme l'eût douloureusement arrachée de
lO-i LA COUCAKATOHA.
ia sphère de pensées d'élite au milieu desquelles elle aimait à s'isoler.
Les perles désolantes qu'elle avait faites augmentèrent son goût pour la rêverie et la solitude ; frêle et nerveuse, ses impressions devinrent plus vives, puisqu'on dirait que le chagrin double la faculté de sentir ; enfin ce sentiment de répulsion instinctive que Cécile éprouvait pour tout ce qui était vulgaire se prononça de plus en plus; car elle n'avait jamais apprécié la fortune que comme moyeu de poétiser, par un luxe plein de goût, tout le matériel de l'existence.
Cécile vivait pourtant aussi heureuse qu'elle pouvait vivre depuis la mort de son père et de sa mère ; son esprit étendu, profond et naïf, avait trouvé un charme consolant dans la lecture des livres saints et des chefs-d'œuvre de foutes les littératures.
Cette nature si distinguée s'assitnilait ces nobles idées, ce magnifique langage, ces caractères imposants qui seuls pouvaient répondre à l'élévation de sa pensée ou à la pureté de son àme , et elle passait ainsi son existence en contemplant les visions splendides de ce monde intellectuel qu'elle évoquait.
Aimant aussi les arts avec passion, et surfout la musique, qui pour elje était la langue divine qui seule pouvait traduire les tristes et sublimes rêveries que lui inspiraient la religion, le souvenir de sa mère ou l'amour éthéré qu'elle rêvait parfois , aux ai-fs aussi Cécile demandait des consolations et l'oubli du présent.
LNK lEMAIE HEU KE USE. 103
Kile resta donc dans la plus profonde retraite jusqu'au moment où son oncle lui fit part des propositions de AI. de Xoirville.
Ce jour-là, ne se doutant de rien, la pauvre Cécile était retirée dans le parloir qui précédait sa chambre à coucher.
Ce parloir était pour mademoiselle d'Elmont l'objet d'un culte religieux.
Lorsque le marquis d'Elmont avait quitté son ambassade, se voyant presque sans fortune, il avait dû choisir un appartement modeste ; or, par le plus jjrand hasard, il trouva ce qui lui convenait dans l'ancien hôtel d'Elmont, propriété qu'il avait vendue avant la révolution, voulant réaliser sa fortune pour passer à l'étranger.
Ce fut donc dans le logement de jjarçon qu'il avait occupé du vivant de son père que le marquis d'Elmont se retira avec sa femme et sa fille : c'étaient six petites pièces situées au troisième cfajje et donnant sur le vaste et magnifique jardin de l'iiôlel, bâti dans le centre du faubourj] Saint-Germain.
Le reste de l'habitation était loue à je ne sais quelle compagnie d'assurance.
H fallait bien du courage pour braver ainsi tant de souvenirs amers, et, malgré cela, M. d'Elmont trouvait un charme doux et triste à pouvoir raconter à sa famille son enfance et sa jeunesse dans les mêmes lieux où elles s'étaient écoulées si heureuses et si insouciantes.
Il aimait encore à lui montrer le jardin où il jouait
10 i LA (;(tLi;AU vï(:ii.\.
toul pelil enfant, et le banc de marbre sur lequel sa j'rand'mère aimait à s'asseoir pour jouir des dei'nicfs rayons du soleil.
Ces vieux arbres, qui a\aient vu sous leur ombrage tant de générations de celle ancienne famille, (•taient pour M. d'KImont autant de témoins nuicis de son opulence passée, dette idée le consolait, e! il éprouvait ainsi moins de cbagrin avoir l'antique berceau de sa famille livré à des mains étrangères.
On conçoit avec quel respect Cécile conserva l'appartement qu'elle liabitait dans cet liôtel ; sou oncle lint s'y établir avec elle, et elle se garda de changer rien à ses dispositions.
Ce parloir, qu'elle aimait tant, était la pièce où sa mère se tenait d'babilude ; une harpe, un piano, un chevalet et une bibliothèque de Houllr en faisaient les principaux ornements.
Les murailles étaient cachées par de vieux et nobles portraits de famille, par ceux de sa mère et de son père; puis, sur des étagères, on voyait une foule d'objets rares et précieux que W. d'KImont avait rapportés de ses voyages, ou que des amis bi?ii chers lui avaient donnes comme des souvenirs ; çà et là on admirait encore quelques tableaux de l'école italienne et hollandaise, un be'au morceau de sculpture, ou une magnifique esquisse olferle par un de ces grands artistes de tous les pays, que le père de Cécile admettait avec tant de bonheur dans son intimité.
Kiilin des jardinières remplies de fleurs garnissaient les fenêtres ombragées par la cime des hauts
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tilleuls (lu jardin et qiu'UniL's cainclias, ou (juciquc autre arbuste de prédilection, soi;jneuscineiil place dans uu beau vase de vieux Sèvres bleu, aux armes de sa fannlle, ornait la table de travail de Cécile, car tout, dans cette retraite élégante et modeste, rap|)clait un ami, une impression ou un souvenir.
Mais ce qui surtout était d'un prix nicstimablc pour Cécile, c'était un antique nécessaire à écrire qui avait servi à sa mère pendant l'émigralioii , et qu'elle ne refjardait jamais sans sentir ses yeu\ se mouiller de larmes.
Ce Jour-là, nous l'avons dit, mademoiselle d'Elmont était loin de penser à la demande qui la menaçait.
Assise dans le l'auteuil de sa mère, elle lisait
sou beau iront appuyé sur sa main blanche et ellilee, que les longues boucles de ses cheveux bruns voilaient sans la cacher, elle était vêtue d'une robe blanche , et chaussée avec la plus minutieuse élégance d'un petit soulier de salin noir, quoiqu'il fût encore de très-bonne heure.
Une vieille femme de chambre anglaise, que la marquise d'KImonl avait conservée depuis l'émiyralion, heurta à la porte du parloir, entra et demanda à Cécile si M. le marquis (le colonel avait pris le titre de son frère) pouvait se présenter chez mademoiselle.
Cécile répondit que oui.
La demande et la réponse furent faites en anglais ;
lOfi LA (JULCAUAKJIIA.
car mademoiselle d'Elmont parlait à merveille l'aiijjlais, l'Kaiicn et l'allemand.
« Que peut doue me vouloir mon oncle de si bonne heure? s demanda Cécile.
Kt je ne sais quel cruel pressentiment vint l'allliger.
Avant que de parler à sa nièce des intentions que lui avait manifestées le notaire de M. de Noirville , l'excellent colonel avait pris les renseignements les plus minutieux sur ce prétendu, e(, il faut le dire, partout ils furent des plus satisfaisants.
En effet, sauf son origine, M. de Xoirville était un homme fort honorable, qui , par une économie bien entendue, avait presque doublé sa fortune. D'un caractère facile, généreux sans prodigalité, ayant toujours mis la plus grande convenance dans les liaisons qu'il avait eues, obligeant, d'une figure assez avenante, homme de manières sinon distinguées, au moins décentes , monsieur de Xoirville pouvait passer, aux yeux des gens les plus scrupuleux, pour ce (ju'on appelle un crccllcnl paiti.
J'oubliais de dire qu'il était à peu près certain d'être nommé député dans un département où il possédait d'immenses propriétés.
Des avantages aussi positifs avaient frappé le marquis d'Elmont, qui , avouons-le , étant d'une nature assez peu clairvoyante, ne comprenait pas le moins du monde le caractère de Cécile , et qui, voyant un homme jeune, immensément riche, d'une figure agréable, demander la main de sa nièce, éprouvai
UNK FKMME HKL'REUSE. 117
le plus vil désir de voir ceUc union se conclure. Or, le matin que vous savez, il entra chez madc- ?noisclle dElmont, et lui dit brusquement :
tt Ma chère enfant, voilà ce qui arrive : un M. de Xoirville, énormément riche, jeune, beau et bon {{arçon, qui sera bientôt député , vous demande en mariaye. J'ai pris les renseignements, ils sont parfaits; seulement son origine est assez commune, son père était un parvenu ; mais au temps où nous vivons, on fait peu de cas des noms. Et puis d'ailleurs, ce garçon-là a l'espoir d'être député; une fois député, comme il est grand propriétaire, il peut bien devenir pair de France; quoique la pairie soit une bètisc maintenant, c'est un titre qui est toujours un peu plus décent que celui de député... Quelles sont vos intentions, mon enfant?... d
Cette ])roposition si inattendue et si étrange stupélia Cécile, qui, à vrai dire, était bien loin de songer à se marier. S'isolanl le plus possible de la réalité, elle s'était fait dans sa retraite un monde de pensées oii elle vivait tout entière : aussi réponditelle d'abord à son oncle qu'elle ne voulait pas se marier.
a C'est fort bien, mon enfant, — dit le colonel , — c'est fort bien quant à présent ; mais que demain je meure, à qui vous confier? l'onlez-vous que j'emporte avec moi la douloureuse incertitude de ne pas être fixé sur votre avenir, que je voudrais voir si prospère et si beau? IV'avez-vous pas promis à
IDS LA (JOLCAllA'l (.11 \.
votre mère de vous iicr à moi pour assiiicr uido sort?... i>
A ecs raisons, Cécile objecta qu'il fallait au moins (ju'elle vit M. de Xoiriille.
Le surlendcmaiu il (ut présente chez, le marquis.
.\u premier abord, M. de Xoirvillc déplut souverainement à Cécile, et, après une conversation de cinq minutes, elle eut mesuré l'immense intervalle (|ui les séparait; aussi, lorsque la première visite lui terminée, elle déclara positivement à sou oncle qu'elle aimerait mieux mourir que d'épouser jamais M. de Xoirvillc.
Ce dernier continua nonobstant ù se présenter chez le marquis, et Cécdc persista plus que jamais dans ses relus.
En voyant la conduite de sa nièce , le colonel commença par se mettre en colère, puis il Unit pai' se cîiagrinei' beaucoup, et sa santé s'allér-a visiblement.
Aux yeu.v de cet excellent bommc, Cécile passait pourl'olle et e\trava;janlc, et.il s'ailliffcait profondément de la voir, de f|aietc de cœur, manquer un aussi beau parti et perdre ainsi son avenir.
a Alais enfin, qu'a-t-il pour vous déplaire? Trouve/.-Ini un défaut, un vice, et je me rends, — disait le colonel désespéré. — l'iSt-ce son orijjinc ?
— Toutes les origines sont respectables (juand elles sont honnêtes, — disait Cécile.
— Alais alors, qu'avez-vous à lui reprocher?
r\K r F.M\i I". II K r u !•: r s K . loo
- - Rion ; \]. (\o \oirvillf os( liaoïirnisonu'iil coiiviMiable.
— Et vous le refusez pourtant? et pourquoi?... » Cécile était dans une position cruelle. Son père
el sa mère ne lui eussent jamais fait cette question, ou plutôt n'eussent jamais songé à Al. de Xoirville pour leur fdle, eùt-il été cent fois plus millionnaire qu'il ne l'était.
Comment CNpliquer au colonel (jucl était le sentiment de répulsion qui l'éloignait de ce préfendu? Cela était au delà du pouvoir de Cécile et de l'intelligence de son oncle.
Alademoiselle d'Elmont se fût résignée à passer pour folle et fantasque, si elle n'avait pas vu la santé de son oncle s'altérer par la peine qu'il éprouvait. Aussi n'eut-elle pas le courage de résister à celle 'douleur si profonde : elle se sacrifia.
(]e fut le mot qu'elle employa, et qui fit heaucouji rire le bon colonel, qui s'écriait en se froltaiil les mains : a Se sacrifier à deux cent mille livres de renie et à un brave garçon qu'elle mènera comme elle voudra!... Peste! on n'en fait pas tous les jours des saciifices comme ceux-là... »
un LA COUCARATCIIA.
CHAPITRK III.
Il A RI ACE.
AI. de Xoirville était encore on vohc de cliand)re, occupé de regarder les passants, lorsque son noIaiiT vint lui annoncer qu'il était agréé.
11 C'est fini, elle consent, — lui dit l'Iiomme do loi.
— Tant mieux, — répondit son client, — car je m'étais dit : Si au bout d'un mois jour pour jour après ma présentation elle me refuse, je clierclierai ailleurs. Au reste je suis fort content, car iiuimzellc d'Elniont n'est pas une beauté, mais elle a une petite figure chiffonnée qui me revient assez ; et puis elle paraît avoir une très-jolie éducation et être assez li())i)ic rnf(i)it : seulement je ne lui crois pas beaucoup d'esprit, car elle est tacilurne en diable; mais j'aime mieux cela qu'une femme qui jahottc comme une pie borqne. Il y aurait bien encore quelque clioso à redire, car elle a l'air bien maigre.
— j\Ia foi, je ne li'ouvo pas, moi, — dit le notaii'o, qui pensait au contrat.
— Mais bah ! — reprit son client, — sa première couche l'engraissera, comme on dit. Ah çi\! je ne vous parle pas de sa naissance, — ajouta-t-il, — car ca no prouve rien. I.a proiuo est que -moi, qui
U\'E FEMME HEUREUSE. m
suis fils d'un chauflronnier , j'épouse la fille d'un marquis. »
Les noces se firent et furent splendidcs, mais d'une splendeur horriblomenf bourgeoise.
La corbeille et les diamants valaient bien cent mille écus.
Aussi pendant huit jours tout Paris parla de la corbeille, et par conséquent du bonheur de mademoiselle d'Elmont, qui avait pourtant les yeux bien rouges en allant à l'arifcl.
Entre autres choses, elle pensait avec désespoir qu'il lui faudrait qsiiffer son petit appartement du faubourf] Saint-Germain, oïl se ratlachaient tant de souvenirs, pour aller habiter le riche hôtel que M. de \oirville avait déjà acheté dans la rue de Londres.
Car une des habitudes de cette race d'hommes est de changer de demeure avec une effroyable facilité. En effet, que leur importe, qu'ont-ils dans la pensée qui puisse les lier au passé , au présent ou à l'avenir?
En revenant de l'église, M. de Noirville fit voir à sa femme tout son gros luxe, qu'elle admira médiocrement. Dans son boudoir, comme il disait, elle trouva un nécessaire à écrire tout en or et surchargé de pierreries.
M. de Xoirville, en hii montrant le meuble d'un air étonnamment satisfait, dit à Cécile :
a .l'espère que cela vaut un peu miouv (|iie celle antiquaille qui était clie/. toi.
112 l. \ COI C \n ATCH \.
— Se no vous compicnds pas, monsipiii-, — dil ('('•cile, affrciispiiiPiif blcssép de ce fiifoirmont si subit.
— Parbleu ! c'est bien clair , je te dis que j'ai remplacé cette vieille niachine à écrire que fii avais envoyée ici.
— Mon Dieu ! qu'ave/.-vous fait de cet ancien nécessaire qui m'appartenait , monsieur, — s'écria Cécile, ajjifée par une crainte indélinissable.
— ila foi, je n'en sais rien, moi ; c'est mon valet de chambre qui profite de tous ces vieux rojja- (ons.
— Ah ! monsieur, c'était l'écritoire de ma mèiT, — dit Cécile en pleurant.
— Consolc-^o/, — tu n'as pas tout vu , — lui ilil son mari, et, souriant, il ouvrit le nécessaire.
— Il y a là 20, 000 francs, ce sont frs épin;;les, fii vois que je fais bien les choses, chère amie.
— Au nom du ciel! monsieur, — dit Cécile sans lui répondre, — retrouvez-moi à tout priv le m'-cessaire de ma mère. '
M. de \oirville prit ce désir pour un caprice de jeune fdle, fit tout au monde pour avoir ce meuble ; mais ce fut en vain , son laquais l'avait déjà vendu à un brocanteur qu'on ne rencontra plus.
Si l'imparfaite analyse de ces deux caractères a pu en donner quelque idée, on comprendra .s'il est au monde une position plus horrible que le fut celle de mademoiselle d'KImont lorsqu'elle se vit seule avec son mar-i dons son immense hôlel/
UXE KKMMK HEUREUSE. 113
Va pourlant, aux yeux du monde raixotiiuihlc, que lui manquait-il pour être heureuse?