‹ La coucarachaChapitre 55 sur 84 · I.KTTIÎIÎ DE M. I)K \(»I1UILI,K A M. 1)1 M(I\T , AVO(MT · texte numérisé non relu

I.KTTIÎIÎ DE M. I)K \(»I1UILI,K A M. 1)1 M(I\T , AVO(MT

Nuirvillo, le l:J uiril IS...

I) Je te remercie bien, mon cher Dumont, des avis que tu me donnes sur l'expropriation que je médite ; car, si on laissait faire ces canailles de fermiers, les fermes seraient les tombeaux de notre ar- (jent ; sans être avare, je tiens à ce que j'ai ; car si je n'en avais plus, personne ne m'en donnerait. .le te remercie bien aussi du modèle de four pour la pâtisserie; mon cuisinier en est enchanté, et par conséquent moi aussi ; j'ai encore à te remercier de la consultation que (u m'as envoyée pour ma femme ; depuis six mois que je me suis lancé dans le ronj"H(/() , comme on dit , c'est la septième ou huitième fois que j'ai recours aux médecins, et ce ne sera probablement pas la dernière ; la santé de ma femme ne s'améliore pas du fout, au contraire, et personne ne conçoit rien à son état ; il faut qu'elle ait une maladie de famille, quelque chose comme d'èlre poitrinaire, car elle maijjrit à vue ri'o'il, ce qui n'est pas II. s

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Ir^s-ayrôahle pour moi ; car elle n'i^lail pas dt-jù trop grassi' : aussi je fais tout ce quo je peux pour qu'elle manj^e de la viande et de la pàlisserie, ça lui donnerait du corps ; mais il n'y a pas moyen ; moi, j'en mange toujours, et cela me profite si bien que j'enj^raisse pour deux , et que si j'ai quelque chose, c'est trop de santé. Ma femme a perdu ce vieil oncle qu'elle avait ; entre nous , je n'en suis pas fâché, car il était sans cesse à me relancer pour savoir pourquoi sa nièce était triste comme un bonnet de nuit : est-ce que j'en savais quelque chose moi ? Et au fait, (|up lui manque-t-il pour être heureuse? Voitures, hôtel à l'aris, diamants, loge aux Bouffons et à l'Opéra, belle terre , bonne lable et bon feu, elle a tout , aussi je suis tranquille comme lîaptisle. Ma conscience est satisfaite, puisque je fais tout pour son bonheur, et elle le mérite, mon cher Dumonf, car elle mène très -bien ma maison : je n'ai plus ces j)eurs (|uc j'avais, avant mon mariage, d'être volé par mon maître d'hôtel ; c'est elle qui se mêle de fout ça, je ne m'en occupe plus ; je dors sur les deux oreilles, comme dit le proverbe; je deviens gourmand comme un dindon et gros comme un tonneau ; c'est moi qui ai un ventre maintenant! mais ça m'est égal, car je n'ai, tu le sais bien, jamais tenu à être un céladon , et encore bivn moins depuis (|ue je suis marié.

)t Va, en v('rité, je ne suis pas l'iîclK' de l'être... — Ah! tiens, de l'êlre!... c'est comme dans une pièce • l(>s Xariéh'"* Von. t/'r'tix' m'irir ! nnlends-lu. fa'TMil-

l\K KEMMF. HIUREISE. iir.

<l<' niininiil ; pas d'cquivoqup. Car c'est un anj^p (pip mil rpininn ; spulomonl tout ce. que jp craignais, c'esl (|n'c(ant noMc , elle fût fipre. Eh bien! pas du <ou(, au conlrairo , car je n'ai jamais pu l'habituer à nie tutoyer, tandis que moi, je l'ai tutoyée tout de suite, dès le premier jour de mes noces.

D \ous voyions peu de monde dans les commcncemeuts de notre mariage. Klle avait quelques-unes des connaissances de sa famille qui venaii nf la vois-, petit à petit tout ça s'est éloigné, et je n'ai plus vu chez moi ou ailleurs que ma société à moi ; mais ma femme n'y va presque jamais : entre nous, je conçois son éloignement ; car dans ma société, elle a paru gauche , pas très-jolie et un peu bète. Entre nous, Dumonf, un mari peut bien juger sa femme. Eh bien! moi , je ne la crois pas trrs-forte , comme on dit; après ça, il n'est pas donné à tout le monde d'avoir de l'esprit ; n'est-ce pas, Dumont?

!) Ce qui la rend si triste parfois, ma femme, c'est peut-être aussi qu'elle a été jalouse de l'effet de cette belle mademoiselle Germon, la fdie du fournisseur, qui fut mariée en même temps que nous deux ma femme, une créature superbe, qui avait des couleurs magnifiques, une poitrine admirable, enfin une prestance de reine, et de l'esprit! ah! que d'esprit! In vrai boute-en-train, une rieuse, qui, à la campagne, était toujours pour qu'on fit des niches dans les chambres , et qui par farce veut faire ses enfants prolesfauls pour taquiner le curé de sa campagne

« Tu conçois bien qu'auprès d'une ferunir aus«

amusante, la mienne devait être joliment enfoncée, avec sa figure pâle , sa taille à croire qu'on allait la casser en soufflant dessus et son air triste et presque bégueule. Après ça , ce que je crois , vois-tu , Dumont, c'est qu'elle est triste parce que c'est son caractère d'être triste ; on naît comme ça, et on n'en est pas plus malheureuse ; c'est dans le sang, comme on dit. Aussi je ne m'en inquiète guère. Qu'est-ce qui lui manque à ma femme? n'est-ce pas, Dumont?

11 Quant à être bégueule, c'est la mauvause éducation qui donne ce défaut-là. Et à propos de ça, (u sais bien, Rercourt, cet agent de change qui est si spirituel , qui est ventriloque , imite le basson à s'y méprendre, et lit si drôlement les charges de Monnier ; Bercourt , qui vivait maritalement avec la petite Augusfa. ]''h bien! ma femme l'a relevé si durement une fois qu'il disait sur les prêtres et les religieuses des choses pourtant pas trop fortes pour une femme mariée, que ce pauvre Rercourt n'a plus osé revenir chez nous. "

» V^oilà comme c'est arrivé : pendant que BercourI continuait de dire ses bêtises, qui me faisaient rire comme un bossu, voilà que ma femme a sonné, et de son air de princesse, que je ne lui ai vu prendre du iTsIe ([ue cette lois, elle a dit au domestifjue en lui mondant ce pauvre Bercourt d'un geste très-insolent : Moiixieio' demande si ses gens sont là. Tu conçois bien qu'il s'en est allé tout de suite et tout penaïul : ce qui m'a vexé, car il était bien amusant. Knfin, mon cher Dûment, je suis ici à \Oirville depuis le mois d'avril ;

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car ma femme a voulu quitter Paris avant l'hiver tcrmiué. Je chasse, je mange et je dors, voilà ma vie, qui n'est pas trop mauvaise, comme tu vois; et surtout je ne m'occupe pas de ma maison. Comme ma femme ne parle pas heaucoiip , j'ai imaginé un moyen pour passer nos soirées plus agréablement : j'ai fait monter un tour dans mon salon et je tourne pendant que ma femme lit son anglais ou rêvasse à je ne sais quoi; j'aurais bien aime qu'elle me fasse de la musique pour m'cndormir, mais elle n'a pas voulu, sous le prétexte qu'elle ne peut faire de la musique que toute seule, ce qui m'a fait soupçonner qu'elle joue très-mal de la harpe , ce que je saurais si j'étais musicien ; mais je n'ai jamais pu apprendre une note ; car c'est une (ièrc bèlisc que la musique, n'est-ce pas , Dnmont?

D Enfin le soir à dix heures sonnant , nous nous couchons, l'^t à propos de ça , est-ce que ma femme ne s'était pas imaginé d'avoir son appartement séparé, mais pas de ça, Lisette ; et comme quand je veux une chose je suis lé(u comme un mulet, nous vivons à la bourgeoise , comme on dit. A propos de cela, tu sais que tu es de droit le parrain de mon premier (si j'ai un premier).

» En voilà bien long pour ne te dire que des balivernes , mon cher Dumont; viens donc à Xoirville aux vacances ; lu nous apporteras ta iîazcUc des tribunaux , que tu lis d'une manière si farce en imitant la voix des juges et des accusés; mais, ce qu'il y aura d'ennuyant, c'est qu'il faudra gazer, à cause

I 18 LA cote AllAlCll.l.

(le ma l)i;^olL' de l'emme ; car, j'oubliais encore ra , elle est bijjolc, mais je lui passe ça , ou dit que c'est d'un bon elfet pour les domestiques.

D Adieu , mon clier Dumont ; je t'envoie ci-joint une autorisation pour retirer des i'onds de chez ■'", tu les emploieras à acheter de la rente de \aplcs , si elle continue à èlrc en baisse.

J AdOI.I'HK MK XoUU'ILLE. 1)

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