I. i:S M()\T K! \ l'S !)[•; I,A novDA. i
(le iiioiisieur son prrf , (]iii vil i\ vos croclicls ; au lien (le frcqupntpr la bonne compagnie, où vous selicz si bien placé, où vous trouveriez des plaisirs (Icreiils , » elc.
A cela , moi je répondais avec une naïveté d'enfant : >. Je n'aime pas les plaisirs décents ; en fait de bonheur, personne n'est meilleur juge que soi-même : je Mie trouve bien comme cela, et j'y reste, s Le fait est que j'étais extrêmement heureux , seulement je inaicjrissais à la vue, quoique je manç[easse avec emportement.
Mais j'oubliais de dire de (|uelle façon mon ami Hasth'y dompta mon cheval l''rasco : les cavecons , les entraves, les coups, les mors à bascule, à croc, à lame, ne faisant i-ien sur ce caractère sauvatre et opiniâtre... Hasib'y me conseilla de priver Krasco (le souimei!.
l'our ce faii'e , je le faisais attacher très-court à son r;ltelier par une forte chaîne de fer, et mon palefrenier se relevait avec un autre de mes jrens, pendant la nuit, pour lui faire entendre un roulement continuel de tambour. Au bout de cinq jours de ce iéoime , je montai Fr((sc<) et le trouvai souple comme uu îjant.
V Ous m'avouerez que ce sont là de ces sortes de services qu'on n'oublie pas. .^ussi mon intimité avec îiasih'y se resscrra-t-elle. Je lui pi-êtais de l'arj^jenl qu'il ne me rendait pas, ce dont j'étais ravi, car, sans connaître alors beaucoup les hommes , je de- ; iitais par instinct ([ne les oblijjations de ce <Tenre ,
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qu'il contractait avec moi, devaient le rendre plus indulgent sur ma liaison avec sa fille.
Ce n'est pas que le digne homme fût gênant. Mon Dieu, non ! la chambre de Tinlilla était fort éloignée de la sienne et les fenêtres donnaient sur le rempart ; tous les soirs je sortais à dix heures par la porte et je rentrais par la fenêtre ; les convenances étaient donc parfaitement gardées, et la réputation delà veuve du contrebandier ne courait aucun risque.
Une seule chose m'intriguait assez dans les commencements, c'est que mon excellent ami ne me parlait jamais de madame Hasfh'y. De cela j'augurai assez sagement que des chagrins de famille avaient dû profondément ulcérer le cœur du père de Tintilla, qui, séparé d'une coupable épouse, mettait toute sa joie, tout son avenir dans sa fille;
Ou bien qu'Hastli'y n'était pas plus veuf que sa fille n'était veuve, et que Tintilla était bâtarde.
Après tout , qu'est-ce que cela me faisait à moi ? je n'étais ni maire, ni curé ; aussi , jamais je ne fis à ce sujet la moindre question qui eût pu embarrasser mon ami.
Du reste , Hasth'y était fort amusant à entendre , et nous passions , ma foi , des soirées fort pleines , sa fille et moi , en fumant et buvant de l'agria glacée, à l'écouter parler de ses aventures ; car il avait fait, disait-il, par-ci par-là, un peu de guerre dans les guérillas , et un peu de contrebande avec monsieur son gendre. Or, cette vie de partisan ne manque ni de poésie , ni d'étrangeté ; vivre dans les montagnes
LES MONTA(J\KS D K LA ROXUA. lôT
au l)ord du lorrent ; franchir des précipices en s'accrocliant à une corde., fout cela nous paraissait cliarmaiil à nous deux : aussi nous brodions sur ce thème les phis beaux romans qu'on puisse imatjiner.
Jetais donc fort heureux, point jaloux du tout, surtout depuis que Tintilla m'avait sacrifié les assiduilcs d'un certain colosse appelé Matteo Torreados, fort eu vogue , qu'elle paraissait accueillir avec assez de coquetterie : aussi rien ne semblait-il devoir troubler mon heureuse existence. Un jour pourtant que j'entrais chez Hasth'y, je rencontrai sous le pâtis un ;;rand homme scrupuleusement enveloppé dans un manteau brun , qui sortait de chez mon ami.
Quoique son chapeau fût enfoncé sur ses yeux et que sa cape fût relevée jusqu'à son nez , je vis assez sa figure rude et brune pour être convaincu ([ue je ne l'avais jamais rencontré chez le père de Tintilla.
L'homme au manteau se rangea pour me laisser passer, et j'entrai avec un cruel pressentiment, qui, je ne sais pourquoi, se rattachait à la visite de cet inconnu. En effet, je trouvai Tintilla toute rêveuse, et Hasth'y profondément préoccupé. — a Xous quittons Cadix pour une quinzaine, •• me dit cet excellent homme ; Tintilla , elle, ne me dit rien ; seulement elle me regarda d'une certaine façon que je connaissais bien , ce qui fit que je me promis de ne pas quitter Tintilla, quoi qu'il pût in'aniver. — u Kt où allez-vous donc ? lui dis-je. — Oii ! vous êtes bien curieux, seigneur Arthur. — Je puis bien être ou-
lieux de saioir où vous allez , lui dis-je, puistjuc
je veux aller avec vous. — Avec nous ! rcpéta-(-il avec les iiiurqucs du plus prolond élounemenl , avec lious !..., Tintilia, dit-il à sa fille, d'au air si stupéfait qu'il en était comique. — Kt pourquoi pas? dit Tiulilla. — Pourquoi pas? lui disje à mon tour. — Pourquoi pas ? repiil Hastîi'y
.Allons doue! lu es folle, cnfaiit. ■ — Xon , je ne suis pas folle; s'il le veut, il peut venir. » Puis elle parla assez longtemps à l'oreille de son père , (pii finit par dire : a Si tu promets cela , à la bonne heure! l'^li bien, seigneur Arthur, nous allons visiter visiter un de nos parents dans les montagnes
de la Ronda. — Kt vous y allez seul ? lui dis-je. — Seul avec Tintilia. — l'our quinze jours ? — Pour quinze jours. — Je pars avec vous. — Kt votre
frégate? me dit Tintilia. — Ma frégate ! Eh bien
elle m'attendra , je m'en moque , le service du roi m'ennuie. Si à mon retour ils me donnent des arrêts pour trop longtemps, je me fais bourgeois. "
Je fus largement payé de ce sublime dévouement par un coup d'œil de Tintilia. Le soir de ce jotu*, cet animal de capitaine de frégate que j'ai dit me fil appeler au moment où je me disposais à descendre à terre. — n Vous allez à terre , monsieur? — Oui , capitaine. — J'y consens, mais soyez ici avant la retraite. — Pourquoi cela, capitaine, avant la retraite ? \e puis-je pas rester la nuit à terre ? Mon tour de garde n'est que dans deux jours. — Il n'y a pas d'explications à vous donner, on stdt ros (illures, mon-
I,ES MOMAliNliS UK LA KO.\UA. IM
sivur ; et, puiscjue vous voulez à toute l'orcc ruiner votre santé et votre bourse , il est du devoir de vos supérieurs de mettre ordre à vos débordements. — delà sullil, eapitaine, dis-je d'uu air sournois, el riant sous cape de la ligure qu'il ferait eu ne me re-
\oyant ni le lendemain, ni le surlendemain, ni
ni etc. .l'arrivai chez Tintilla léger comme un oiseau, et comme je n'avais emporté du bord que du linge et de l'argent, je trouvai cbez Hasth'y une surprise fort agréable que m'avait ménagée sa fille
C'était un costume de inajo complet fait à ma taille. Ce costume était de couleur brune, avec des broderies et galons de soie noire sur toutes les coutures ; rien n'y manquait, depuis le chapeau jusqu'aux grandes guèlres de cuir de Sévillc brodées de soie de mille couleurs et garnies de laiges éperons d'acier brillant qui rappelaient ceux des chevaliez's du irioyen-àge.
Tintilla voulut me coifler à la bohème : elle releva mes cheveux, que je portais fort longs et les noua par derrière, ce qui faisait à peu près une coiffure à la chinoise ; puis elle m'attacha sur la tète un grand mouchoir de soie rouge dont les bouts flottaient sur mes épaules, et me coiffa ensuite d'un chapeau tout plat et à larges bords.
Ma veste brune était doublée de satin cerise comme i'écliarpe el ornée de deux gros réseaux de soie noire à franges , qui faisaient des espèces d'épaulettes ; le gilet était de satin noir, et garni, ainsi que la veste, d'une multitude de petits boulons d'or; la
IdO LA COl'GARATCHA.
culotte courte de tricot brun avait aussi une raunjcc de ces petits boutons d'or, qui couraient tout le long de la cuisse sur un large fjalon de soie noire qui s'arrêtait au-dessus des oucires. Vêtu de la sorte et monté sur Frasco , équipé à la moresque , ayant à mon côté ma carabine et un long poignard de marine passe dans ma ceinture, j'étais méconnaissable. Tinfilla, hardiment placée sur un Tort beau cheval rouan , était habillée en femme et avait un costume tout pareil au mien.
Enfin Hasth'y, vêtu d'un costume de même façon que le nôtre, mais de couleur noire, maniait avec ime habileté rare un petit cheval pie, qui m'avait bien l'air de venir de Tunis.
Ce fut donc par un beau clair de lune, par le temps le plus délicieux du monde, au bout de la mer qui mourait sur la grève, que nous sortîmes de Cadix, Tintilla, son père et moi, bien montés, bien armés, bien enveloppés dans nos' manteaux et fumant nos cigarritos (car Tintilla fumail aussi son pelil papelito, la vraie Bohême qu'elle était l ) nos cigarritos, dont l'odeur suave se mariait merveilleusement à la senteur forte et aromatique que les bruyères espagnoles exhalent pendant ces belles nuils, si douces cl calmes. \ous avions pour toute suite un vieux nègre, perché sur une grande mule blanche, qui faisait lièrcmen* sonner ses sonnettes.
Nous devions marcher toute la nuit pour éviter la grande chaleur du jour, et nous arrêter seulement à
i.F.s montai; \i:s dk i.a noxnv loi
\(''i'('s , où lïaslli'y ((rail, disait -il, inif r'isilr à fnii-r.
CHAIMTHE 11.
Kii arrivant à Xérès, nous allâmes loger ciiez le seigneur Juan Dulce , l'hôte que Hasth'y y avait à visiter.
Juan Duire demeurait (oui au bout delà ville, près de la Chartreuse ; sa maison , isolée , paraissait vaste et commode.
Il vint à notre rencontre, et je n'oublierai jamais sa belle et respectable figure. Comme sa haute taille était un peu voûtée par l'âge, il s'appuyait sur un des bàlons à crosse appelés cachiporra; ses grands «lieveux blancs et brillants comme l'argent .s'('cliappaient d'une résille noire qui couvrait sa tète, et jamais gentilhomme espagnol n'avait été plus noblement drapé sous les longs plis d'un vaste manteau brun.
Sans même s'informer de mon nom , le bon vieillard m'accueillit avec une cordialité expansive qui m'aurait touché jusqu'aux larmes .s'il ne m'avait pas paru un peu ivre. Quoiqu'il en fût, il nous prévint que le dîner nous attendait , un simple puchero, ditil avec une feinte et orgueilleuse modestie.
'i'iiililla disparut et revint hienlôl velue de ses lia-
l)i!s de lemme.