II. Il
\6i LA COUCARATCHA.
Le dîner fut parfait. L'olla podrida, épicée à vous brûler le palais; le giispacho, frais à vous donner le frisson; le vin de Xérès, je n'en dis rien; quant au vin de Catalogne, il sentait la peau de bouc à ce point de vous faire croire qu'on aspirait la vapeur d'une chèvrerie ; en un mot, tout était délicieux.
Au dessert un nègre apporta un flacon de muscatelle, des cigares, un brazero, et se relira. Alors .luan Dulce dit à mon ami Hasth'y : a. Ah çà, maintenant que nous sommes seuls , compère, parlons de notre affaire. »
A ces mots, Hasth'y fit un signe à Tintiila, qui, sans plus de cérémonie, se leva de table , alluma un cigare, qu'elle passa de ses lèvres aux miennes , prit un cigarrito pour elle, et me dit : « Querido, vienstu te promener? — Pourquoi s'en vont-ils? dit le bon vieillard en vidant d'un air capable son grand verre rempli de muscatelle. Corps de Christ, pourquoi s'en vont-ils, mon compère ? est-ce que ta fille et son amant ne sont pas de l'escorte ? »
Avant que j'aie pu entendre la réponse du père de Tintiila , elle m'avait entraîné , sans aucune résistance de ma part, je l'avoue, dans un grand jardin tout couvert de berceaux de vigne qui avaient pour supports des oalmiers-et des orangers. Sous ces berceaux épars et presque impénétrables aux rayons du soleil s'étendait un gazon touffu, sur lequel le prévoyant et sensuel Juan Dulce avait disposé plusieurs bons carreaux bien moelleux et bon nombre de nattes de Lima, afin qu'on put s'asseoir à l'ombre sans