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I.KS MOXTAGXES D K l.A RONDA

» Lue nuit, des klephtcs, qui lui voulaient plus de bien que de mal, sont eufi'és dans sa maison pendant qu'il dormait, et l'ont doucement garrotté avec leurs belles ceintures de soie ouvragée.

D Et puis ils ont commencé à prendre les sequins du Juif, non pour les voler par Alabom, mais pour lui acheter du bon vin de Chiraz et du bon miel d'Eschil, et des torches de gomme d'olivier qui sentent si bon ; et ils ont apporté tout cela dans la maison du Juif; entends-tu, Shispa'y?

» Et les klephtes lui ont dit avec de grandes menaces :

n Toi qui n'as jamais bu que de l'eau froide et s insipide de l'Irmack, bois ce vin de Chiraz ;

D foi qui n'as jamais senti que l'odeur mauvaise D de tes vieux murs, sens les parfums de cette gomme I) embaumée ;

Il Toi qui n'as jamais mis sous ta dent que du » maïs cuit sous la cendre , goûte ce miel mêlé " d'ambre et de raisin de Corinthe. n

» Et quand le Juif a eu goûté de tout cela, les bous klephtcs se sont en allés sans emporter seulement un talek, Shispa'y.

i De sorte que le Juif, trouvant le chiraz meilleur que l'eau, le miel meilleur que le maïs, et la senteur de la gomme d'olive meilleure que l'odeur de sa masure, employa désormais ses sequins à acheter du chiraz, du miel et de la gomme d'olivier, et devint aussi prodigue qu'il avait été avare.

D Voilà ce qui arriva au Juif, Shispa'y. Maintenant

1«« \..\ COUCARATCUA.

écoule ce (|ui larrivera à toi, Shispa'y, écoule, car je sais l'avenir ; je suis Bohème. — Et la Holième prit la main de Shispa'y et lui dit... -

Mais voilà que mes souvenirs m'cntraineut un peu (rop loin ; car il faut laisser ignorer la fin de ce holéro, qui est en vérité d'une naïveté un peu crue cl laul soit peu bihiique.

Tiulilla, qui n'avait pas à garder avec moi les mêmes ménagements, la chanta jusqu'au bout; non pas tout à l'ait , car je l'interrompis avant la lin du jour... pour lui demander, je crois, si les petits pois llcurissaient en avril.

Après cette sotte et inten)pcstive question, je m'endormis d'un profond sommeil.

Ouaiid je m'éveillai, il était nuit close, et je pouvais voir les étoiles scintiller à travers les feuilles de vigne qui se balançaient sur ma tète ; j'allongeai les liras, et je m'aperçus qu'une main charitable m'avnit soigneusement couvert de mou manteau.

A ce moment, j'entendis marcher près de moi.

u Qui va là?

— C'est moi , (.)uerido , — répondit Tinlilla. — Allons, vite à cheval ! il est tard ; mon père est déjà parti. Vous le rejoindrons.

— Pourquoi diable ne nous a-t-il pas attendus? — lui dis -je avec élonnement.

— l'arce qu'il a de l'argent à retnetlre à un es- « I ibano de la rue Anclia, et qu'il ne veut pas (c faire atlendre à la poi-lc de cet àue en i-obe. t

l.KS \10.\ lAGXKS DE LA KU.\lt.\. Iti

La raisou n'étant pas absolument mauvaise , je Mi'on contentai ; et nous allâmes avec Tiiitilhi, qui avait repris ses habits d'homme , cherciier nos chevaux que le vieux nègre tenait par la bride.

i. Ah çà! — dis-je à Tintilla, — où sont les gens de Juan Dnlce , que je leur doinie ma bien-venue?

— Ils sont couches... partons, partons, — repritelle avec vivacité.

— Et leur maître?...

— Aussi couché... Mais à cheval I à cheval!...

Ceci me paraissait assez bizarre; pourtant je sautai en selle avec l'abnégation insouciante qui alors surtout me caractérisait.

Il j'allai t que Tintilla fût alors bien pressée de sortir de la maison du respectable .Juan Uulce, car, au lieu d'ordonner au nègre d'ouvrir une espèce de claire-voie de quatre pieds de haut qui servait de porte au jardin , elle lit intrépidement franchir celle barre à son cheval. Je la suivis, car Frasco sautait comme un cerf; et la grande mule blanche, encouragée par cet exemple , nous imita, malgré les cris et les injonctions contraires du vieux nègre , qui jetait des cris de paon.

\ous prîmes une ruelle qui nous conduisit sur la route où nous devions retrouver Hasth'y. Tintilla ne nie disait mot; et, comme nos chevaux étaient lancés à fond de train, nous n'entendions que le branle sonore et régulier du galop qui retentissail sur ce sol i'erme et batlu , et au loin dci-rièi c nous les sonn('(l<-s de la grande mule i)!anche.

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l'our la première fois, ce qui paraîtra bizarre peut-être, je me demandai où diable j'allais ainsi. Je commençai à trouver la conduite d'Hasth'y assez mystérieuse, et la demande de Juan Dulce à propos de l'escorte me vint à la pensée.

Après tout , me dis-je , je suis bien armé, bien monté ; y compris le diable, je ne crains à peu près rien : voyons donc jusqu'au bout.

Il Parbleu, — dis-je à Tintilla, — ton père n'avait pas, je le vois, dix mille piastres à compter à l'escrii)ano, car il a pris une furieuse avance sur nous.

— .Je suis sûre qu'il nous attend à la Tienda, qui est au bas de la montagne, — dit Tintilla ; — nous y voici bientôt, vi

En effet, deux minutes après, nous aperçûmes, car la nuit était claire et la lune pleine, nous aperçûmes les murs blancs d'une hôtellerie. Tintilla mit son cheval au pas , et je ralentis aussi l'allure do Frasco.

II Kcoute... écoute, Querido, — me dit tout à coup la Bohême en arrêtant son cheval et prenant la rêne du mien pour l'arrêter aussi, — écoute. »

IVous écoutâmes, et nous entendîmes le bruit assez éloigné des clochettes de plusieurs mulets et le roulement sourd d'une voiture.

« Ce sont eux, — dit vivement Tintilla en partant comme un trait.

— Ah çà! mille tonnerres, à la fin, qui, eux? n criai-Je avec colère à Tintilla, en la suivant de près.

LKS MONTAGXKS U K LA IIOXDA. ITI

Mais elle ne m'entendit pas, ou uc voulut pas in'entendre, et j'allais arrêter son cheval de force, lorsqu'à vingt pas , à un détour que faisait la route, nous vîmes devant nous une voiture attelée de quatre mules; à l'une des portières se tenait Hasth'y, qui se dandinait sur son cheval en sifflant un air de fandango ; ù l'autre portière était 1 homme au manteau que j'avais rencontré chez Hasth'y le jour où il m'apprit son départ. Je le reconnus bien.

Le cocher qui conduisait la voiture chantait aussi un de ces airs monotones, particuliers aux muletiers d'Andalousie; la voiture, dont les stores étaient baissés, allait au pas, car la côte était longue et rapide.

Fort étonné de tout ceci, et voulant savoir à quoi m'en tenir, je poussai mon cheval près de celui d'Hasth'y, et je lui dis d'un air assez sec :

K Ah çà , mon cher, voilà donc l'escorte dont ce vieil ivrogne de Juan Dulce vous parlait tantôt, je veux savoir, et à l'instant, ce que cela signifie, ou je m'en retourne...

— Chacun son goût, n me répondit Hasth'y d'un air froid et railleur que je ne lui connaissais pas encore.

L'âge m'a calmé, mais j'étais alors d'une violence épouvantable. Cette réponse me mit hors de moi, et, lui saisissant le bras avec force :

a Ce n'est pas répondre, monsieur... — m'écriaijc. — Parbleu je saurai à quoi m'en tenir sur le rôle

ni LA OOliOARATCH.V.

qu'on me fait jouer ici , ou vous n'avaucerez pas. Et je mis mon cheval en travers du sien.

Aux premiers mots de notre dispute, l'autre homme à manteau avait dit tranquillement à Hasth'\ , entre deux houllées de tahac :

u Alaître, quand il faudra deharigare el mosu (ce. qui peut à peu près se traduire par ces mots : éveii- (rer le jeune homme), je suis là. s

Tintilla vint mêler sa voix glapissante aux nôtres, et gourmanda son père , dont le calme , le sangfroid me faisait bouillir le sang ; car, au lieu de tourner bride el de regagner Xérès comme j'aurais du le faire, je m'emportais, je criais avec une fureur telle que je réveillai sans doute les gens qui étaient dans la voitm-e, puisque j'entendis une voix de femme pousser un cri d'effroi, en disant en français :

» Ces brigands se disputent entre eux ils vont

nous assassiner.

— Vous êtes une folle,.» avait répondu dans la même langue une voix d'oncle ou de mari.

A ce cri de femme, moi et Tintilla restâmes stupéfaits.

« Par les mille plaies du Christ, il y a donc une femme là-dedans, — cria la Bohémienne avec une expression indéfmissahl'e de colère, de crainte et de jalousie... — Pourquoi ne me l'avoir pas dit? n

Et elle regardait son père et moi d'un air presque léroce.

K Parce que je n'eu savais rien moi-même, — dit Hasth'y ; — mais ne me rompez pas la lêtedavan-

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