‹ La coucarachaChapitre 73 sur 84 · I.I'.S \10\T \(1 V KS l)K 1, \ ROVOA. hil · texte numérisé non relu

I.I'.S \10\T \(1 V KS l)K 1, \ ROVOA. hil

fiiiuc i( (le beauté ; je demandai à la femme de mou ami qui elle était, i Ah! bon Dieu, — me dit-elle, — c'est une pauvre enfant bien à plaindre ; il y a six mois qu'elle devait se marier avec un de nos voisins de terre, le fds d'un homme fort riche. Quoique ce jeune homme fût un sot, cette ange de douceur et d'amabilité en était éprise sans aucune arrière-pensée d'intérêt, je vous jure, car elle est riche, et avait auparavant refusé un parti aussi brillant comme forlune ; cet imbécile s'est amouraché d'une femme ([ui est a mille lieues de valoir cette charmante personne, mais qui est, dit-on, d'une grande naissance. C'est à cette considération qu'il a sacrifié l'affection la plus pure et la plus désintéressée. Depuis ce temps la pauvre enfant dépérit à vue d'œil , et in- ([uiète vraiment beaucoup ses amis ; mais si vous i oulez voir le sot en question , mon mari vous mènera chez son père, qui est assez amusant à voir et ;\ entendre une fois : c'est un homme qui s'est enrichi on ne sait trop comment dans les fournitures, (|ui mène un train de prince et fait le libéral à donner un mal au cœur. L'occasion est belle, car c'est, je crois, dans trois jours que son fils se marie. »

Les moyens de distraction sont assez, rares en province. J'acceptai la proposition, et je partis avec mon ami pour assister aux noces , à l'occasion desquelles on déployait Ihospitalité la plus large et la plus généreuse.

Nous arrivâmes au château de AI. Hardou. Mon ami me présenta, et Je m'aperçus que mon titre fla(^

lOJ LA COUCARATOHA.

tait extrêmement l'aristocratique démocratie du fournisseur.

Il nous présenta son fils : c'était un grand et fort garçon, d'un blond fade, rouge, commun à faire peur, avec de gros yeux bètes en l'air, aussi sot qu'insolent.

Ce n'est pas que j'aime assez l'impertinence ; mais ce niais avait la plate et lourde insolence d'un laquais.

Somme toute, je concevais l'engouement de cette pauvre petite fdie pour cette espèce, qui était ce qu'on appelle un bel homme de province; la preuve de cela est qu'on le nommait le beau Bardou.

La noce était pour le surlendemain; nous nous mîmes à lable. Après dîner, les deux filles de M. Bardou se cramponnèrent l'une à un piano, dont elle tapa, et l'aulre à une guitare, dont elle gratta. C'était à faire dresser les cheveux sur la tète.

Le beau Bardou, lui, avait disparu au dessert pour aller faire la cour, comme me l'apprit son père.

Le père Bardou était un gros homme d'une liaute taille, avec les façons d'un crocheteur. Je causais avec mon ami : il s'approcha de nous.

a N'est-ce pas que mon dîner était bon? — nous dit-il.

— Tout est parfait ici, monsieur, i — lui dis-je.

Cette réponse le mit en confiance.

a Kt mes filles ont un fameux talent, n'est-ce pas? One voulez-vous? elles ont une si bonne mailre.s.se!

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Qu'est-ce (|uc je dis, uue maîtresse! uuc amie... el ([ui bientôt sera leur sœur. .. sera ma lille. Mais il laut que je vous conte eela, monsieur, — clil-il, — puisque vous voulez bien assister à la uoee ; il laul bien que vous sachiez comment et pourquoi mou IJardou se marie - (c'est ainsi qu'il appelait ce grand corps dont la ligure ressemblait à un abricot eutortillé dans de la fdasse). Et cet animal se mit à cheval sur une chaise en appuyant ses deux grosses mains rouges sur le dossier ; il commença ainsi :

> D'abord, monsieur, moi je brave le pouvoir, el je dis tout haut que je suis libéral. J'ai l'ait ma fortune moi-même, et je n'entends pas que les despotes me vilipendent. Xous ne sommes pas faits pour être les esclaves des jésuites et de la prètraille ; aussi j'ai acheté deux mille exemplaires du Voltaire-Tou- (|uet, que j'ai distribués à mes paysans, et dix mille tabatières à la charte.

— Pour un ennemi du gouvernement, vous encouragez furieusement les droits réunis, — lui iis-je.

— Ah ! je vais vous dire, — reprit-il : — c'est que j'ai quelques plants de tabac ; mais, pour en revenir au mariage de mon fils, ligurez-vous, monsieur, que j'ai demandé à ces canailles de ministres , moi qui suis grand propriétaire, un mauvais titre de baron qu'ils m'ont refusé, comme je m'y attendais; car, une ruse de ma part , j'avais demandé cela exprèi? pour les mettre dans leur tort, et avoir le droit d'être d'une opposition bien plus enragée ; et c'est ce que j'ai fait, comme vous allez \oir. Lors de la guerre

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d'Kspafjiie , il y a eu des réfugiés politiques , lous logés chez moi, monsieur! Les rclugiés , tous!... défrayés de fout et entretenus à mes frais. Il fallait voir la figure du gouverneur pendant ce temps-là!... Vous concevez s'il était humilié ! si humilié, qu'un membre du comité directeur m'a dit qu'à .Aîontrouge on avait proposé de m'assassiner ; mais on a craint une révolte du département, et voilà comme j'ai été sauvé. Mais ce n'est pas tout; vous allez voir jusqu'oîi va l'humiliation du gouvernement. Ces réfugiés sont rentrés en Espagne pour la plupart ; mais il en est resté un, ef cet un est un grand seigneur, un marquis, un général en chef, un gouverneur d'une foule de provinces, pas plus lier que vous et moi, un digne vieillard qui a été la victime des nobles et des prêtres de son pays, parce qu'il parlait pour le peuple, .^h ! monsieur, quel homme ! il me fendait le cœur en me racontant qu'on avait rasé son château, abattu ses arbres, bouleversé ses jardins, de façon, me disait-il, que je retournerais maintenant en Catalogne , où j'avais une terre qui me rapportait vingt mille piastres de rentes (les piastres sont les pièces de cent sous de leur pays), que je ne pourrais plus, disait-il, reconnaître seulement la place de mes propriétés. V^oilà pourtant où les jésuites veulent nous mener, monsieur! Et puis, ce saint vieillard me conduisait sur la montagne, et là, monsieur, il ne passait pas une hirondelle qu'il ne lui dit des choses à fendre l'àme sur le bonheur qu'elle avait de retourner dans son pays natal. Tenea,

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il y a niègie une chanson de Béranger dans ce genrelà... Et moi, je pleurais comme un enfant, rien que de l'entendre. ^lais ce n'est pas tout : ce digne sei- «jucur avait avec lui sa lille , une personne superbe , un peu brune, mais si bien élevée que c'est un charme depuis bientôt six mois qu'ils sont venus loger à la maison du l'efit-Parc ; elle a donné des leçons de guitare à mes filles... et quelles manières distinguées, monsieur!... Ah! tenez, on peut avouer cela entre soi : il n'y a que les grandes familles pour ces manières-là. Enfin , tant il y a que mon fds , mon Bardou, qui était presque fiancé à une petite fille de rien, est devenu fou de la demoiselle de M. le mar- (|uis de la Ronda-Mayor; et, après bien des peines, il s'est fait aimer de la belle Espagnole. Son père veut bien la lui donner en mariage, et a l'extrême I)onté de lui conférer son titre. Aussi, après-demain, monsieur, mou Bardou sera le marquis Bardou de la Rouda-llayor, et le plus heureux des époux. Maintenant jugez du camouflet que reçoit le gouverne^ ment! Il ne voulait pas me faire baron, et mon fils est marquis ! car J'ai là les titres de général sur parchemin , ainsi que ses brevets de général et de gouverneur. Maintenant, vous savez tout, monsieur, et j'espère que vous nous honorerez en signant au contrat, d

Jusqu'au moment où cet imbécile d'homme parla de Konda-Mayor , je n'avais eu aucun soupçon. J'étais à mille lieues de penser que Tinlilla et .<;on diane père, que je croyais encore aux galères, fussent pour

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