‹ La coucarachaChapitre 80 sur 84 · I;KM MUSCADE · texte numérisé non relu

I;KM MUSCADE

Cotait i la fin (riino snpnrbe journée d'août 159 V, le soleil ne lançait plus ([ue des rayons obliques sur les riantes clairières du petit bois de Barret'; les plantes, ranimées par une brise fraîclie et vivifiante, relevaient leurs liges inclinées vers le sol ; et les oiseaux, prêts à se livrer au sommeil, s'agitaient sous leurs verts lambris, en saluant d'un bruyant et dernier concert le coucber de l'astre du jour.

A cette époque de troubles et de guerres intestines, il était rare qu'on osât s'aventurer liors des villes; et si quelque affaire vous y forçait, ce n'était que bien armé ou même avec une escorte : tant était grande la crainte des bandouliers et des bommes d'armes en déroute qui infestaient les campagnes en employant leurs loisirs à détrousser et rançonner les voyageurs.

Ce jour-là, pourtant, à l'heure où les ouvriers quittent le travail, deux hommes étaient partis de Boi-deaux, et s'étaient acheminés vers le bois de

' Le bois (le Bairet , silué à Ircs-ppii de distiiuce de Bordeaux , sur la roule de Bayonne , servi! souvent de repaire à des l)ri<;aiid6 qui désolaient la contrée. Ce n'est plus aujourd'hui qu'une promenade fort agréable.

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Barret. Quoiqu'ils ne portassent ni cotle d'armes, ni cuirasse, ni buffleterie, ni dague, ni rien de ce qui constituait alors l'accoutrement militaire, le tromblon à canon de cuivre , à col évase , dont chacun d'eux était muni, indiquait assez que leur excursion avait un tout autre but qu'une simple pi-oinenade.

Il y avait déjà quelque temps qu'ils étaient cachés dans un laiHis qui bordait la route, vers laquelle ils jetaient souvent des regards impatients, lorsque l'un d'eux rompit enfin le silence :

a Rien encore, — s'écria-l-il avec un jurement énergique, — et voilà huit heures qui sonnent à Saint-André. Conçois-tu quelque chose à ce refard, Bertrand?

— Tiens, Maurice, — répondit l'autre qui paraissait moins déterminé, — si lu m'en crois, nous abandonnerons la place ; aussi bien tu t'es trompé de jour, et notre expédition est manquée.

— Manquée, dis-tu ? non pas, je suis sûr de mon fait. \e sommes-nous pas à la mi-aoùt, et n'est-ce pas toujours à cette époque que le prieur de Saint- Dominique va recueillir ses dîmes? Le vieux chrétien est riche et la proie sera belle.

— Porter la main sur un homme d'église, — reprit Bertrand, — c'est un crime horrible!...

— Bah! nous gagnerons les indulgences au prochain jubilé... D'ailleùis, ne s'engraissent-ils pas à nos dépens, ces gens d'église? VA celui-ci a-f-il eu pitié de toi quand tu (us cité à l'olficial pour avoir tué des lapins sur les plaisirs de sa seigneurie!

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— C'est vrai, mon dos attesterait encore le prix (|ue me coûtèrent ces maudits lapins ; mais aussi le prieur a plus d'une fois secouru mon père... mon pauvre père que ma mauvaise conduite a réduit à l'aumône : ce malin encore il est parti pour aller mendier sa vie dans les villages environnants ; il doit revenir par cette route... S il voyait le métier que je fais, il mourrait de douleur!...

— Toujours des scrupules, — interrompit Alaurice ; pauvre sot ! Ta probité t'empècliera-t-ellc de mourir de faim ? Te fera-t-elle épouser la mie Ger- (rude, la fille du messier Raimbaud?...

— Gerlrude ! pourquoi as-tu prononcé ce nom? Oui, il le faut... que mon sort s'accomplisse donc!

— Silence, — reprit Maurice en mettant l'oreille contre terre... — j'ai entendu du bruit... Vive Dieu !

nous n'aurons rien perdu pour attendre Allons!

du courage, voici la fortune qui nous arrive. »

En effet, comme il achevait ces mots , un nuage de poussière s'cleia à l'horizon , et , en se dissipant peu à peu, laissa voir le coche du prieur de Saint- Dominique qui s'avançait au trot pesant de quatre mules vigoureuses. De l'autre côté de la route, cheminait péniblement un vieillard à barbe blanche, couvert de haillons et chargé d'une besace ; mais la voiture le masquait entièrement. En ce moment, elle atteignit la lisière du bois ; Maurice poussa du coude son compagnon.

Il V^oici l'instant, — dit-il à voix basse en ravivant la mèche de son espingole , — à moi le postillon !

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