OBSERVATION VI
Hémiplégie droite très légère. — Hémianesthésie droite superficielle pendant 10 ans, puis hyperesthésie. — Douleurs intenses. — Perte du sens musculaire à droite. — Hémiataxie et astéréognosie. — Mouvements choréif ormes.
Mme Gar..., fleuriste, âgée de 48 ans, est venue consulter à la Salpêtrière, dans le service du professeur Dejerine.
Antécédents personnels. — Réglée à 13 ans, mariée à 18 ans, la malade a eu 5 enfants et deux fausses couches. Deux de ses enfants sont morts en bas âge. Elle-même n'a jamais eu de maladie ; elle a souffert de maux de tête de 18 à 25 ans. On ne trouve aucun autre antécédent de syphilis.
Son mari, grand alcoolique, la battait souvent, aussi est-elle divorcée depuis 1901.
Antécédents héréditaires. — Mère morte de cancer de l'utérus, père mort de vieillesse.
Histoire de la maladie. — Le 1'='^ janvier 1891, au cours d'une discussion avec son mari, la malade tomba par terre, rouée de coups, et, lorsque elle voulut se relever, elle ne put le faire. Elle resta ainsi toute la nuit par terre, car elle était paralysée du côté droit. Il n'y a pas eu de perte de connaissance ; la malade se souvient que son mari s'est couché et ne s'est plus occupé d'elle. A ce moment, il n'y avait aucune douleur, aucun trouble sphinctérien.
Le lendemain matin, son flls vient la relever, la met sur son lit puis l'enmène à l'hôpital Lariboisière où on ne peut la recevoir, faute de place. Elle pouvait marcher soutenue d'un côté et pouvait également se tenir debout sans soutien. Elle réussit par conséquent avec l'aide de son fils, à remonter les deux étages de son appartement. Dès ce moment, la malade s'aperçut quelle ne voyait pas les objets situés à sa droite. La face n'était pas déviée, la malade est affirmative sur ce point. Elle ne présentait à ce moment aucun trouble de la mastication ou de la déglutition ; pas de xérostomie.
Depuis le jour de son attaque, Mme G... passait ses journées assise sur une chaise et, lorsqu'elle voulait marcher, on la soutenait sous un bras et elle parvenait ainsi à faire quelques pas dans son appartement. Elle n'a jamais présenté de troubles aphasiques, jamais de difficulté de la parole. Le lendemain de son attaque, elle pouvait lire et peu de temps après, elle apprit à écrire de la main gauche.
Roussy 21
Au bout de six mois la malade put commencer à marcher seule, non pas, dit-elle, parce que la paralysie s'était améliorée, mais parce qu'elle-même s'habituait peu à peu à se servir de sa jambe droite qu'elle ne sentait pas ; l'hémianopsie aussi la gênait beaucoup. La jambe était raide, le genou ne se pliait pas en marchant. Le bras, le coude et le poignet étaient légèrement contractures, les doigts fléchis et fermés dans la main. C'est au bout de deux mois que cette contracture disparut complètement.
Elle vint consulter pour la première fois à la Salpêtrière en 1901 et fut à ce moment examinée par M. B^gger, qui nota une hémianesthésie droite très marquée pour le tact, la douleur et la température. Il n'y avait pas à ce moment de douleurs. A la suite d'exercices de sommation, la sensibilité revint assez vite du côté droit.
Etat actueL — lo décembre 1905. — Sensibilité subjective. — La malade souffre depuis quatre ans de douleurs assez vives, qui siègent sur tout le côté droit, dans le bras, la jambe et le tronc, mais surtout au niveau du bras et de la main. Jamais il n'y a de douleur du côté gauche. Ces douleurs sont spontanées, surviennent au repos comme dans les mouvements et ceci par crises paroxystiques. Elles sont influencées par les changements de saisons, apparaissent surtout en hiver, moins souvent en été. La malade éprouve continuellement une sensation de froid de tout le côté droit, surtout au niveau de son pied qu'elle dit être froid comme du marbre.
Les douleurs commencent au niveau de la main, irradient vers l'épaule, en passant comme un éclair. Elles suivent également dans le membre inférieur, un trajet de bas en haut. Au niveau du flanc et de l'abdomen, elles sont beaucoup plus légères. La malade compare ces douleurs à un courant qui monte dans ses membres, courant chaud, dit-elle, qui ressemble à des brûlures et non à des élancements. Ces douleurs enfin ne siègent pas avec prédilection au niveau des articulations, mais bien dans tous les segments des membres ; elles sont profondes et par conséquent plutôt sous-cutanées et osseuses que cutanées.
Sensibilité objective. — a) Tactile : Le contact (pinceau de blaireau) est bien senti et même d'une façon un peu exagérée, sur tout le côté droit du corps^ sauf au niveau du tiers inférieur de la jambe et au niveau du pied (V. schéma, fig. 111) où la sensibilité tactile est abolie. Au niveau de la réunion du tiers inférieur et du tiers moyen de la jambe, la sensibilité revient insensiblement. Mais le sens de la localisation des impressions est altéré. Conservé seulement sur les pulpes des doigts, où la malade localise parfaitement les impressions, il est altéré sur la peau des phalangines et des phalanges où un attouchement est toujours reporté à la peau delà phalangette correspondante.
Au niveau du creux de la main, la malade fait une erreur de distance de 2 à 3 centimètres.
Le seuil extensif (compas de Weber) est également touché ; et à la main, la malade ne perçoit les deux points qu'à partir d'un écart de 5 cent. 1/2.
b) Douloureuse (piqûre d'épingle). — La piqûre est bien perçue sur tout le côté droit du corps et interprétée comme telle, mais il y a là hyperalgésie très nette. Une piqûre très légère fait mal et arrache même des cris à la malade, alors que la même piqûre du côté opposé, quoique bien sentie, est facilement supportée.
Au niveau du tiers inférieur de la jambe droite et du pied, il y a anesthésie pour la piqûre avec même topographie que pour le tact.
Température (tube deau froide et d'eau chaude à S0°). — On note également une hyperesthésie très nette à droite pour le chaud et le froid et une thermo-anesthésie pour l'extrémité inférieure du membre inférieur droit.
La sensibilité des muqueuses est normale. La malade reconnaît et inter-
FiG. 111. Cas Garn.
Hyperalgésie droite comprenant la face, le membre supérieur, le tronc et les 2/3 supérieurs de lajambe. — Anesthésie du 1/3 inférieur de la jambe et du pied.
(Les points indiquent les zones hyperesthésiques, les hachures, les zones d'anestbésie.)
prête les sensations périphériques comme telles : le tact, comme une impression tactile et la douleur, comme une impression douloureuse.
Pression. — La pression est sentie comme telle, mais réveille de la douleur.
Sens des attitudes. — Altéré légèrement, la malade arrive à reproduire avec la main gauche, les attitudes passives imprimées à sa main droite. La notion du mouvement passif est beaucoup plus atteinte ; on arrive en effet, à
plier ou à étendre le petit doigt ou l'index de la main droite sans que la malade s'en aperçoive ou sans qu'elle puisse indiquer le sens du mouvement (flexion ou extension). Il faut naturellement pour cela avoir soin d'obtenir le relâchement complet des muscles.
Les mouvements passifs du poignet sont également mal perçus, mais ceux du coude et de l'épaule sont exactement interprétés.
Au membre inférieur, la notion des attitudes et des mouvements passifs est totalement abolie pour les orteils et le cou-de-pied ; elle est normale pour le genou et la hanche.
En résumé, la perte du sens musculaire est complète à la périphérie du membre inférieur, elle est légère au niveau du membre supérieur.
Le sens sléréognostic est touché, ici, mais d'une façon incomplète. La malade arrive en effet à reconnaître parfaitement la forme géométrique d'un objet et ses propriétés physiques, mais elle est tout-à fait incapable d'en indiquer l'usage ou le nom.
Voici comme exemple, quelques-unes de ses réponses :
Objet. Main droite. Main gauche.
Une clef. C'est un objet assez Une clef,
long-, mince, dur, qui a un trou à une extrémité.
D. A quoi cela sert-il ? — fi. Je ne sais pas ce que c'est.
Un dé à coudre. C'est court, assez Un dé à coudre,
épais, un peu rugueux, rond et percé d'un trou.
D. Cet objet quel est-il ? — /?. Je ne sais pas.
Une pièce de deux C'est rond, c'est min- Une pièce de deux
sous en cuivre. ce, c'est dur. sous.
D. Quel est cet objet, son usage ? — ^. Je ne sais pas .
Une montre séparée C'est un rond plus C'est une montre,
de sa chaîne. grand que l'objet pré-
cédent, c'est aussi plus épais. Ce n'est pas plus dur. Il y a quelque chose sur un des côtés du rond.
D. Quel est le nom de l'objet? — R. Je ne puis le dire, car je ne le reconnais pas en le touchant.
Une boîte d'allumet- C'est long d'un côté Une boîte d'allumet-
tes de la régie vide de et moins long de l'au- tes. son contenu. tre. C'est plus épais que
l'objet précédent et beaucoup moins dur.
D. A quoi sert cet objet ? — ^. Je ne sais pas.
Un couvercle de lampe C'est froid, rond, lisse,
à alcool.
Tube court en verre.
Un morceau de sucre.
Crochet à bottines.
assez long et c'est creux.
Morceau de sucre. C'est une pierre, c'est
plus long- qu'épais, c'est rugueux.
Crochet à bottines. C'est plus dur et plus
froid à un bout, il y a
une extrémité ronde qui
doit être en bois.
l) . A quoi cela sert-il ? — R. Je ne sais pas.
Sensibilité osseuse. — Elle est exagérée pour tous les os des membres à droite, de même que pour les côtes, la clavicule et les différents os de la face et du crâne. La vibration du diapason produit une sensation douloureuse très désagréable à droite, tandis que la malade perçoit fort bien les vibrations osseuses à gauche et ceci sans douleur.
Motilité. — Face : on ne note pas d'asymétrie faciale, les plis cutanés sont également accusés des deux côtés ; ni la langue ni la commissure labiale ne sont déviées. La malade peut fermer isolément les deux yeux. Le réflexe palpébral produit par excitation cornéenne est normal à droite ; le réflexe pharyngé est normal, il n'y a pas de troubles de la déglutition.
L'expression mimique est parfaitement conservée et symétrique.
Mevibre supérieur. — Tous les mouvements spontanés sont possibles, la malade peut ouvrir ou fermer isolément les différents doigts de la main, La force musculaire est un peu diminuée par rapport au côté opposé, mais la malade résiste assez longtemps quand on l'oblige à tenir son bras ou sa main fléchie ou étendue, et lorsqu'elle cède, c'est parce que, dit-elle, on lui fait mal.
Il n'y a pas d'hypotonicité.
Il existe en outre de ce côté un certain degré d'ataxie. En effet, lorsqu'on fait porter à la malade, son index sur le bout du nez, elle hésite, ralentit le mouvement et flnit ordinairement par poser son doigt sur la joue ou sur la bouche. Quelquefois cependant, après plusieurs hésitations, elle parvient à atteindre le but proposé. On remarque dans la main droite au repos, des petits mouvements choréiformes des doigts, mouvements d'élévation et d'abaissement de l'index et d'abduction du pouce que le sujet est impossible à maîtriser. C'est à cause de ces mouvements choréiformes, de l'ataxie et de la perte du sens musculaire de ce côté, que la malade est incapable de se servir de sa main droite soit pour écrire, soit pour manger ; aussi a-t-elle appris à écrire de la main gauche.
On note enfin la présence de mouvements associés.
Lorsque la malade serre par exemple très fortement avec la main gauche, on aperçoit dans la droite, une ébauche de fermeture des doigts dans la main.
Membre inférieur. — Les mouvements spontanés des orteils, du cou-depied, du genou et de la hanche sont tous possibles ; mais les mouvements des orteils sont cependant plus limités que du côté gauche. La force et la résistance musculaires sont légèrement diminuées au niveau du pied ; cette dernière est encore cependant très notable.
En marchant, la malade ne fauche pas mais traîne un peu la jambe droite. Elle fléchit mal et difficilement le genou, quoique sa jambe ne soit pas contracturée.
En outre, la marche est gênée par le fait que la malade souffre chaque fois qu'elle pose le pied à terre.
Elle présente enfin au niveau du membre inférieur, une légère incoordination ; sans talonner, elle limite mal la direction du mouvement dans le pas. Lorsque, étant couchée, on lui commande de porter son talon droit sur le genou gauche, elle hésite et n'atteint le but qu'après plusieurs oscillations ; l'incertitude est augmentée par la fermeture des yeux.
Il n'y a pas d'hypotonicité au niveau du membre inférieur.
Par moment, les orteils et le pied font de petits mouvements involontaires choréiformes rappelant ceux du membre supérieur, mais à un degré moins prononcé.
Réflexes. — Pour les réflexes tendineux, on note que le réflexe rotulien est plus fort et plus vif à droite qu'à gauche ; que les réflexes achilléens, olécrâniens et radiaux sont égaux et normaux des deux côtés. Pour les réflexes cutanés, le réflexe plantaire est normal à droite ; il n'y a pas de signe de Babinski, pas de signe d'Oppenheim, pas de signe de Strumpel ; le réflexe abdominal est légèrement diminué à droite. Il n'existe enfin ni trépidation épileptoïde, ni trépidation de la rotule.
Sphincters. — Pas de troubles vésicaux ni rectaux.
Organes des sens : OEil. — On note une hémianopsie homonyme latérale droite sans réaction de Wernicke, avec hémiachromatopsie.
Ouïe. — Un peu plus faible à droite.
Goût. — Normal.
Odorat. — Normal.
Troubles vaso-moleurs et trophiqiies. — 11 n'y a pas de modification d'aspect ou de coloration de la peau, pas de troubles vaso-moteurs du côté droit. Les membres du côté droit présentent un volume égal à ceux du côté gauche, les reliefs musculaires sont semblables à ceux du côté opposé. La mensuration ne révèle aucune différence de diamètre des membres d'un côté à l'autre.
Etat général. — La malade est de bonne santé habituelle, elle est plutôt
obèse. Les différents viscères ne présentent rien de particulier à signaler. Ni sucre ni albumine dans les urines.
L'intelligence est parfaite et la malade répond parfaitement aux questions qu'on lui pose ; il n'y a pas trace daphasie. La mémoire laisse un peu à désirer et il arrive souvent que la malade se contredise lorsqu'il s'agit de rappeler ses souvenirs.
Notons enfin, en terminant, que le côté gauche est absolument normal et qu'il n'existe de ce côté aucune altération de la motricité ou de la sensibilité.
Hémiplégie droite légère et incomplète. — Hémianesthésie superficielle et profonde. — Hémiataxie. — Douleurs du côté hémiplégie.
B..., Jules, 48 ans, concierge, entré le 29 octobre 1904 à l'hôpital cantonal de Genève, dans le service de M. le professeur Bard ; médecin-adjoint : D" Long.
Antécédents héréditaires. — Mère morte à 75 ans d'une attaque, 6 frèi'es et sœurs bien portants .
Antécédents personnels. — A toujours joui d'une bonne santé. Pas de syphilis, marié, 2 enfants bien portants. Boit depuis longtemps du vin en excès.
Début de la maladie actuelle. — Le 25 octobre, pendant son travail, sans malaises antérieurs, il a un vertige et tombe; il est un peu étourdi mais ne perd pas connaissance. 11 ne peut se relever, le côté droit est paralysé, la parole est intacte. 11 est envoyé aussitôt à l'hôpital.
Etal actuel. — L'examen de l'appareil respiratoire, du système digestif et des urines ne révèle rien d'anormal. Les battements cardiaques sont bien frappés, un peu irréguliers. Pouls : 80. Temp. : 37»9.
Système nerveux. — A l'entrée le malade, un peu obnubilé, se prête mal à l'e.xamen, mais le surlendemain déjà on peut prendre son observation complète .
Motilité. — Face : pas de déviation (il n'y en a pas eu même au moment de l'ictus). Tous les mouvements sont conservés, le malade peut siffler, gonfler les joues, plisser le front, fermer les yeux également des deux côtés. Pas de déviation conjuguée des yeux ni d'abolition du réflexe palpébral. Intégrité des mouvements des yeux dans toutes les directions. Langue mobile en tous sens. Pas de troubles de la déglutition et de la phonation.
Membre supérieur droit. — La paralysie, presque complète le jour de l'ictus, est déjà en voie d'amélioration. L'élévation du moignon de l'épaule et du bras se fait à droite moins énergiquement et moins haut qu'à gauche. L'extension et la flexion de Tavant-bras sur le bras se font faiblement. Les
(1) Celte observation inédite nous a été communiquée par notre ami Long ; qui, à la suite de la présentation du malade à la Société médicale de Genève (séance du 24 nov. 1904) ne fit paraître qu'une petite note sur ce cas [In Rev. méd. de la Suisse romande, 1904, p. 791).
mouvements de la main et des doigts (supination, pronation, flexion, extension, rotation) sont faibles mais aucun n'est impossible ; on ne peut donc parler que de parésie.
Mouvements du tronc. — La flexion et la rotation du tronc à droite sont moins bien effectuées que du côté gauctie.
Membre inférieur droit. — Diminution en force et en amplitude des mouvements de la cuisse, de la jambe et du pied. Les mouvements des orteils sont presque nuls.
En résumé, la paralysie motrice est un peu plus marquée au tronc et au membre inférieur droit qu'au membre supérieur ; elle n'existe pas à la face.
Réflexes. — Réflexes rotulien et des radiaux très affaiblis à droite. Pas de trépidation spinale du pied. Signe de Babinski positif à droite, négatif à gauche. Réflexe abdominal égal des deux côtés, réflexe crémastérien diminué à droite.
Sensibilité générale. — 1" Contact (pinceau ou rouleau de papier) : anesthésie de toute la moitié droite du corps, y compris la face. La moitié droite de la muqueuse buccale et la narine droite perçoiA^ent le contact moins que du côté gauche. La moitié droite de la langue et la conjonctive droite n'ont qu'une faible diminution de la sensibilité tactile. La moitié droite du scrotum n'a également qu'une légère hyperesthésie. Sur la ligne médiane, à la face et au tronc, l'anesthésie n'a pas de ligne de démarcation nette et en répétant les contacts (sommation) on peut sur cette zone médiane réveiller plus facilement la sensibilité que sur les régions excentriques.
2° Douleur. — Hémianalgésie droite. La piqûre ne donne une sensation vague que si elle est profonde. Vers la ligne médiane, la sensibilité douloureuse reparait graduellement.
3° Température. — La sensibilité au chaud et au froid est abolie à droite.
Sens musculaire et notion de position. — 1° A l'état de repos la notion de position est très altérée pour le côté droit du corps. Le malade ne trouve sa main droite qu'en tâtonnant depuis l'épaule. Il ne peut reproduire avec le bras ou la jambe gauches les attitudes passives données aux membres droits ; il fait des erreurs considérables et lorsqu'on les lui montre il dit : « Je ne sais pas où est mon bras, où ma jambe. »
2° Dans les mouvements volontaires le sens musculaire et la notion de position sont beaucoup moins altérés (II faut d'ailleurs tenir compte de la parésie du côté droit qui rend les mouvements lents et pénibles). On note que le malade peut imiter avec le bras droit parésie une attitude passive du bras gauche mieux qu'il ne le fait en sens inverse. Cependant, il y a une hémiataxie droite évidente ; les mouvements de la main et du pied droit se font avec des oscillations qui les font dévier du but.
Troubles subjectifs de la sensibilité : le malade dit ne sentir aucune douleur dans le côté paralysé.
Sens spéciaux — Vue : pas d'hémianopsie. Pupilles égales réagissant bien à la lumière et à la convergence.
Ouïe : pas de diminution.
Olfaction émoussée des deux côtés ; le malade dit qu'il n'a jamais bien senti les odeurs.
Goût. — La perception du sel et du sucre se fait également sur les deux moitiés delà langue, mais lentement et avec hésitation.
Evolution de la maladie. — Pendant les semaines qui suivent, jusqu'à la sortie de l'hôpital, les troubles de la sensibilité cutanée et profonde persistent sans changement appréciable. Par contre, les troubles moteurs s'améliorent notablement. Quelques jours après l'ictus, il n'y a plus qu'une hémiplégie légère du côté droit, tous les mouvements peuvent être effectués ; ils ne manquent pas de force et d'amplitude. Le malade marche en traînant la jambe droite. Il se sert de sa main droite pour manger. L'hémiataxie persiste. Les réflexes tendineux d'abord diminués à droite reparaissent, puis s'exagèrent. Le signe de Babinski reste positif de ce côté. Il n'y a pas de trépidation spinale du pied.
Il est à noter que vers le milieu de novembre, le malade commence à se plaindre de troubles subjectifs de la sensibilité : sensations vagues dans la jambe qu'il compare à des nerfs qui le tirent.
Il est présenté le 24 novembre à la Société médicale de Genève (1) comme exemple de lésion du thalamus.
Il quitte l'hôpital le 28 décembre 1904,
Le 20 septembre 190o, il vient se présenter pour faire constater son état. On note à cette époque :
Molililé. — Amélioration notable sur l'état de l'année dernière. Le bras droit peut être élevé aussi haut que le gauche. L'extension et la flexion de l'avant-bras sur le bras se font avec force. Tous les mouvements de la main et des doigts peuvent être exécutés, le pouce est opposable aux autres doigts. Au membre inférieur tous les mouvements sont possibles, mais la jambe droite traîne encore dans la marche et se pose brusquement sur le sol.
Avec ces troubles moteurs légers le malade ne peut faire cependant que de gros ouvrages, balayer, porter des paquets, etc. Et encore, il se fatigue assez vite ou se plaint de raideur s'il marche trop longtemps. Pour les mouvements demandant plus de dextérité, il éprouve une gêne notable ; son écriture est irrégulière et tremblée, ce qui doit tenir aux troubles de la sensibilité.
Réflexes. — Exagération des réflexes patellaires et des radiaux à droite. Pas de clonus du pied ; signe de Babinski positif à droite. Réflexe abdominal et réflexe crémastérien presque nuls à droite ; le réHexe abdominal est remplacé par un mouvement d'adduction de la cuisse. De même le chatouille-
(1) V. Bévue médicale de la Suisse romande, 1904, p. 791.
ment de la plante du pied donne en même temps que le signe de Babinski, une contraction des muscles antérieurs de la cuisse.
Sensibilité cutanée (Contact, douleur, température). — L'hémianesthésie droite est encore très nette. A la face, elle s'est améliorée plus que sur le tronc et les membres, et on peut ici réveiller la sensibilité par la répétition d'un contact simple, d'une piqûre légère, de l'application d'un tube chaud ou froid. La moitié droite de la muqueuse bucco-linguale et la narine droite ont recouvré encore plus leurs fonctions sensitives. Sur le tronc et les membres, l'anesthésie reste beaucoup plus marquée et il faut une impression forte et répétée pour provoquer une sensation émoussée.
Sens musculaire et notion de position. — L'amélioration est plus marquée que pour la sensibilité superficielle. Il reste une légère incoordination dans les mouvements de la main droite et le malade tâtonne un peu pour trouver, les yeux fermés, la situation de sa main droite.
Troubles subjectifs de la sensibilité. — Le malade se plaint toujours de « tiraillements dans les nerfs )>. Ces sensations vagues dans le bras et la jambe droites ne sont pas constantes et reviennent quelquefois à plusieurs jours d'intervalle.
Sans entrer à l'hôpital le malade se présente à nouveau le 5 novembre 1906, soit deux ans après l'ictus paralytique. Son état est le suivant :
Motilité. — Il y a encore une amélioration évidente depuis l'année précédente. La main droite a repris une grande partie de son habileté d'autrefois et le malade peut même écrire d'une façon assez lisible. Il ne reste qu'un peu de gène dans les mouvements des doigts et un peu moins de force que du côté gauche. La jambe reste proportionnellement plus prise que le membre supérieur, elle traîne encore un peu dans la marche. Les orteils du pied droit remuent bien, mais le malade ne peut les actionner que par un mouvement synergique en fléchissant et étendant en même temps les doigts de la main droite.
Réflexes tendineux et cutanés. — Même état qu'en 1905. La recherche du signe de Babinski (positif à droite) et du réflexe abdominal produit toujours des mouvements des muscles antérieurs de la cuisse.
Sensibilité cutanée. — On trouve comme par le passé une hémianesthésie droite manifeste, à la face elle s'est améliorée, mais sans arriver à la normale ; la muqueuse buccale par contre, ne montre plus de différence de perception d'un côté à l'autre. Sur le tronc et les membres cette hémianesthésie au contact, à la piqûre, à la chaleur et au froid cède à la sommation; une excitation un peu énergique et répétée éveille une sensation, mais faible encore et souvent mal reconnue et les erreurs sont bien plus fréquentes qu'à la face.
Sens musculaire et notion déposition. — Cette dernière esta présent presque normale. Dans les mouvements intentionnels, il y a encore un peu d'incertitude, surtout les yeux fermés.
Les troubles subjectifs de la sensibilité semblent avoir augmenté (?). Le malade se plaint d'avoir des douleurs vagues et intermittentes à l'épaule droite, à la jambe et sous le pied, jamais rien à gauche.
Résumé de l'observation. — Hémiplégie droite légère débutant subitement sans apoplexie, Dès le début, prédominance des troubles de la sensibilité sur les phénomènes paralytiques. L'hémiplégie est incomplète, elle n'atteint pas la face et la langue, les mouvements des doigts sont affaiblis et non abolis, la jambe est prise plus que le bras et les orteils sont paralysés. L'hémianesthésie est complète et s'étend à la face et à la moitié droite de la muqueuse bucco-nasale. Troubles de la sensibilité profonde, hémiataxie. Dans la suite, l'hémiplégie s'améliore rapidement et dans de plus fortes proportions que l'hémianestliésie. Cette dernière, deux ans après l'ictus est encore persistante : Tamélioration des fonctions sensitives a porté plus sur la face et la muqueuse buccale que sur le tronc et les membres, plus sur la sensibilité profonde que sur la sensibilité cutanée. Signe de Babinski permanent à droite. Les troubles subjectifs de la sensibilité (douleurs A^agues dans les membres droits) qui ont débuté quelques jours après l'ictus, persistent sans amélioration.