‹ La couleur. Choix de textes précédés d'une étudeChapitre 20 sur 45 · L. Petit de Bachaumont · texte numérisé non relu

L. Petit de Bachaumont

Méthode de Chardin. — Sa manière de peindre est singulière. Il place ses couleurs l’une après F autre, sans presque les mêler, de façon que son ouvrage ressemble un peu à de la mosaïque, ou pièces de rapport, comme la tapisserie à l’aiguille qu’on appelle point carré.

Cité par G. Schéfer. Chardin (ïï. Laurens, édit.).

Cl. -N. Cochin (1715-1790).

Coloris des fresques de Rome. — Les tableaux des plus grands maîtres de l’école romaine, et surtout leurs fresques, pourraient être regardés, si je puis m’exprimer ainsi, comme des ouvrages de clair-obscur enluminés. La pratique ordinaire de ces artistes est de faire des cartons ou dessins fort étudiés des différentes parties de leurs ouvrages. C’était d’après ces dessins d’une seule couleur qu’ils peignaient, sans prendre la nature, pour imiter la couleur propre des objets; aussi voit-on, quelles que

soient les couleurs de leurs draperies rouges, jaunes, bleues, qu'ils les peignaient sur les mêmes principes que si elles eussent été blanches. Une draperie rouge, par exemple, est peinte chez eux comme s'ils eussent copié une étoffe blanche avec une couleur rouge, ou à peu près comme on ferait l'étude d’une draperie blanche avec du crayon de sanguine ; c'était ainsi que peignait Raphaël... Dans la plupart des fresques, dont l’Italie est remplie, vous verrez souvent une draperie bleue, ou même rouge, dans lequel seulement il est entré moins de blanc, mais sans aucune rupture ni mélange d'autres couleurs qui puissent modifier la teinte de ce bleu ou de ce rouge.

Ils n'ont point connu ce secret de la peinture, ce secret d’harmonie, qui a été habilement employé par tous ceux qui se sont rendus célèbres comme coloristes, et particulièrement par les Vénitiens.

Cité par Paiilot de Monlabert. Traité complet.

Eug. Delacroix (1799-1863).

La couleur de Lesueur. — Je suis convaincu qu'une grande partie du charme de Lesueur est due à sa couleur. Il a Fart, qui manque tout à fait au Poussin, de donner l'unité à tout ce qu'il représente... Poussin perd beaucoup au voisinage de Lesueur... La grâce est une muse qu'il n'a jamais entrevue.

La couleur de David. — Il est passé en principe, pour ainsi dire, que la sobriété était un des éléments du beau.

Je m'explique : après le dévergondage du dessin et les éclats intempestifs de couleurs qui ont amené les écoles de décadence à outrager en tous sens la vérité et le goût, il a fallu revenir à la simplicité dans toutes les parties de l’art. Le dessin a été retrempé à la source de l’antique : de là une carrière toute nouvelle ouverte à un sentiment noble et vrai. La couleur a par-

ticipé à la réforme; mais cette réforme a été indiscrète, en ce sens qu'on a cru qu'elle resterait toujours de la couleur atténuée et ramenée, à ce qu'on croyait, à une simplicité qui n'est pas dans la nature. On trouve chez David (dans les Sabines , par exemple, qui sont le prototype de sa réforme) une couleur qui est relativement juste; seulement les couleurs que Rubens produit avec des couleurs franches et virtuelles telles que des verts vifs, des outremers , etc., David et son école croient les retrouver avec le noir et le blanc pour faire du bleu, le noir et le jaune pour faire du vert, de Y ocre rouge et du noir pour faire du violet , ainsi de suite. Encore emploie-t-il des couleurs terreuses, des terres d ombre ou de Cassel, des ocres , etc. Chacun de ces verts, de ces bleus relatifs, joue son rôle dans cette gamme atténuée, surtout quand le tableau se trouve placé dans une lumière vive qui, en pénétrant leurs molécules, leur donne tout l’éclat dont elles sont susceptibles ; mais si le tableau est placé dans l'ombre ou en fuyant sous le jour, la terre redevient terre et les tons ne jouent plus, pour ainsi dire. Si surtout on le place à côté d’un tableau coloré comme ceux des Titien et des Rubens, il paraît ce qu'il est efïectivement : terreux, morne et sans vie. Tu es terre et tu redeviens terre.

Yan Dyck emploie des couleurs plus terreuses que Rubens, Y ocre, le brun rouge , le noir , etc.

Mercredi 14 mai 1830. — Article sur Michel-Ange1. Heureux homme! il a pétri le marbre et animé la toile, etc. Mais qu’importe après tout, si la nature nous a donné, dans quelque genre que ce soit, d’animer, de faire vivre ! Quel bonheur de rendre la vie, l’âme ! — Chacun des plans, dans l'ombre, ou plutôt dans tout effet de demi-teinte, doit avoir chacun son reflet

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