Livre V
J. -G. Vibert (1840-1903).
Couleur des anciens. Résumé de la question. — I)u temps d'Apelle les anciens n’avaient que quatre couleurs : un blanc de craie, un ocre jaune, un ocre rouge, un noir.
Pline, qui est venu plusieurs siècles après, l'affirme, et il nous apprend ensuite que, de son temps, la peinture s'était déjà enrichie d'un grand nombre de matières colorantes nouvelles dont voici la nomenclature en langage moderne :
Blanc de craie de diverses provenances.
Blanc de plomb et ses dérivés.
Massicot et minium.
Orpiment (sulfure d'arsenic) rouge et jaune.
1. Pline donne ensuite de curieux détails sur la nature et le lieu d’origine de chacune de ces couleurs.
Laques rouges de pourpre qu’on retirait d’un coquillage*
Ocres naturelles et brûlées.
Cinabre.
Indigo.
Émaux bleus pulvérisés.
Yert-de-gris.
Terres brunes.
Noirs différents provenant de la combustion de différents corps, tels que l’ivoire, le marc de raisin, etc.
La sépia.
La science de la Peinture (Ollendorff, édit.).
Le moine Théophile (xn® ou xme siècle).
Les couleurs aux xnc, xme siècles.
Du posch , première espèce . — Lorsque vous aurez composé la couleur de chair, que vous en aurez couvert les visages et les corps nus, mêlez du vert foncé et du rouge, qui s’obtient par la combustion de l’ocre, puis un peu de cinabre, et faites le posch , avec lequel vous indiquerez les sourcils, les yeux, les narines, la bouche, le menton, les fossettes autour des narines, les tempes, les rides du front et du cou, le pourtour de la face, les barbes de jeunes gens, les articulations des mains et des pieds, enfin tous les membres qui ressortent dans un corps nu.
Liv. I, ch. ni. Du rose , première espèce. ■— Mêlez à la simple couleur de chair un peu de cinabre et de vermillon; faites la couleur qui est appelée rose. Yous en rougirez légèrement les deux mâchoires, la bouche, le bas du menton, le cou, les rides du front, le front même au-dessus des tempes des deux côtés, les articulations et les autres membres dans le corps nu.
Liv. I, ch. iv. De la lumière, première espèce. — Après cela, mêlez avec la simple couleur de chair de la céruse broyée, et composez la couleur qui est appelée lumière. Vous en éclairerez les sourcils, le nez dans sa longueur, le dessus des ouvertures des narines des deux côtés ; les traits fins autour des yeux, audessous des tempes, au-dessus du menton, près des narines et delà bouche, des deux côtés, la partie supérieure du front, un peu entre les rides du front, le milieu du cou, le tour des narines, ainsi que les articulations des mains et des pieds extérieurement, et toute la rotondité des pieds, des mains et des bras du milieu.
La couleur de chair. — La couleur appelée couleur de chair, qui sert à peindre le visage et les corps nus, se compose ainsi : Prenez de la céruse, c'est-à-dire du blanc qui se fait avec du plomb ; mettez-la, sans l’avoir broyée, mais sèche comme elle est, dans un vase de cuivre ou de fer, placez-la sur des charbons ardents et laissez-la brûler, afin qu’elle se change en couleur jaune ou verdâtre. Alors broyez-la, mêlez-y de la céruse blanche et du cinabre ou du sinople, jusqu’à ce que cela devienne semblable à la chair. Que le mélange de ces couleurs soit à votre disposition : ainsi, voulez-vous avoir des visages rouges, ajoutez plus de cinabre; des visages blancs, ajoutez plus de blanc ; des visages pâles, mettez au lieu de cinabre, un peu de vert foncé.
Diversârum artium Schedula.
Cannino Cennini (1360-1435). *
Nomenclature des couleurs naturelles. — Sache qu’il y a sept couleurs naturelles ou, à proprement parler, quatre d’une nature terreuse comme le noir, le rouge et le vert ; trois autres
naturelles, mais qui doivent être travaillées, comme le blanc Foutremer ou azur d'Allemagne, et le jaune clair \
Le lime de l'Art .
G. Vasari (1542-1574).
Les couleurs aux xive et xve siècles. — C'est aussi plus tard* qu'on a découvert la terre d’ombre, le jaune dit giallo-santo , les smalts pour la fresque et pour l'huile, et quelques autres jaunes et verts pour l'émail, couleurs dont manquaient les peintres de cette époque.
Pour donner plus de ressort à ses carnations, Bufïalmacco3 avait coutume de se servir de laque violette, qui, avec le temps,
4. Cennini dans son Livre de l’Art, terminé le 31 juillet 1437, nous donne les moyens de produire ou de se procurer les couleurs suivantes :
Le noir.
Le rouge sinopia ou porphyre (sans doute une terre rouge obscure, ou un oxyde de fer brun) .
Le rouge cinabrese (rouge clair propre aux carnations).
Le rouge cinabre (chimique).
Le rouge minium (chimique).
Le rouge sanguine (pierre naturelle).
Le rouge sang de dragon.
Le rouge laque.
Le jaune d’ocre (couleur naturelle).
Le jaune giallorino (jaune de Naples, oxydes de plomb et d’antimoine).
Le jaune orpin (chimique) (produit par la sublimation du soufre et de l’arsenic blanc).
Le jaune risalgallo (jaune minéral) composé de chaux vive et d’arsenic.
Le jaune argica (probablement la gomme gutte).
La terre verte (terre naturelle).
Le vert-azur (se fait avec l’azur d’Allemagne : minerai de cobalt).
Le vert-de-gris (se fait avec du cuivre et du vinaigre) .
Le blanc de Saint-Jean (blanc de chaux) .
Le blanc de plomb.
L’azur d’ Allemagne (oxyde de cobalt combiné avec la potasse, la silice et l’oxyde d’arsenic).
Le bleu d’ outremer .
En outre Cennini indique les couleurs que l’on obtient par le mélange des précédentes.