xive siècle
produit un sel qui ronge et mange le blanc et les autres couleurs. On ne doit donc pas s’étonner si les peintures de l’abbaye de Settimo sont aujourd’hui grandement endommagées.
Vies des Peintres (Trad. Léclaüché),
Léonard de Vinci (1452-1519).
Les couleurs au xvie siècle. — Le vert est fait avec du vertde-gris, quoique broyé à l’huile; il s’en va en fumée et perd sa beauté, son éclat, si après l’avoir employé on ne lui donne une couche de vernis ; et non seulement il s’évapore et se dissipe en fumée, mais si on le frotte avec une éponge mouillée, il se détache du tableau et s’enlève comme une couleur en détrempe, surtout par un temps humide. Gela vient de ce que le vert-degris est une espèce de sel que le temps humide et pluvieux dissout et particulièrement lorsqu’il est mouillé et lavé avec une éponge.
Si on mêle au vert-de-gris de l’aloès caballin, ce vert-de-gris sera plus beau ; il ferait mieux encore avec le safran ; s’il ne s’évaporait pas. On reconnaît le bon aloès caballin à ce qu’il se dissout dans l’eau-de-vie chaude ; cette dernière a plus de force de dissolution que lorsqu’elle est froide. Après avoir employé ce vert-de-gris, si on passe dessus une couleur légère de cet aloès liquéfié, la couleur deviendra très belle. On peut le broyer à l’huile séparément, ou avec le vert-de-gris, ou avec toute autre couleur.
Traité de la Peinture (Traduction J. Péladan. Delagrave, édit.). J.-G. Vibert (1840-1903).
Les couleurs au temps de Rubens. — Il existe dans un grenier du musée d’Anvers une malle ayant appartenu à Rubens, que l’on conserve religieusement, et dans laquelle celui-ci avait
eemmagasiné des provisions de couleurs récoltées sur pîac pendant ses voyages. A part le prix inestimable qui s’attache à ce souvenir du peintre, cette malle est pour nous un précieux enseignement. On y voit la preuve du soin que mettaient les grands artistes à s’occuper eux-mêmes du choix de leurs couleurs, et les spécimens authentiques qu’elle contient nous permettent de nous rendre compte absolument des matières avec lesquelles ont été peints les tableaux que nous admirons encore aujourd’hui, et de choisir parmi ces matières celles qui se sont le mieux conservées.
Le blanc de plomb, le cinabre, le lapis, les charbons, les laques de garance, les terres et les ocres ont assez bien résisté; mais les stils de grains, comme tous les jaunes, les rouges et les verts végétaux ont plus ou moins disparu.
La science de la Peinture (Ollendorfl) .
William Collins (1788-1847).
Les couleurs à l'époque moderne. — Parmi les premières do ses anxiétés était celle de peindre avec des matériaux qui assurassent la parfaite conservation de ses œuvres, en ce qui concerne la couleur et le subjectile, jusqu’au temps le plus lointain. Les couleurs dont la solidité était le plus légèrement douteuse, les huiles, les vernis et autres ingrédients de la peinture, dans leurs combinaisons variées, dont une longue et patiente expérience lui avait appris à se défier, étaient rigoureusement proscrits par lui, quelle que pût être leur actuelle séduction dans les procédés de l’art. C’était sa maxime, que les acheteurs de ses tableaux avaient le droit de compter sur une possession non seulement inaltérée durant leur propre vie, mais qui devait parvenir intacte à leur postérité et sur une couleur qui durerait aussi longtemps que le support sur lequel il était peint.
Faire une bonne peinture était son premier souci; en taire une durable était le second.
Memoirs of the life of William Collins Esq. R. A. by his son (Trad. par H. Guerlin).
J. D. Regnier.
Nouvelles couleurs . — La science moderne a amené la découverte de quelques matières colorantes belles et fixes, ce sont : le sulfure de cadmium jaune, le vert de cobalt, le vert de chrome, lo bleu d’outremer factice, qui remplace le bleu d’outremer des anciens, et le vert émeraude, couleurs dont les anciens n’ont pas eu connaissance, et qui, cependant, semblent pouvoir produire beaucoup de bons résultats dans le tableau, si elles sont employées avec prudence et à propos.
De la lumière et de la couleur (18G5).
P. A. Renoir (né en 4841).
Comparaison entre les couleurs des anciens et les nôtres. — La palette des peintres de Pompéi est la meme que celle des peintres d’aujourd’hui, en passant par le Poussin, Corot et Cézanne. Je veux dire qu’elle ne s’est pas enrichie. Ils employaient les terres, les ocres et le noir d’ivoire, avec lesquels on peut très bien faire. Comme rien ne peut échapper au progrès on a ajouté, depuis, quelques autres tons, mais on aurait pu s’en passer et comment! Ainsi, on a cru faire une grande trouvaille en substituant le bleu et le rouge au noir, mais ce mélange est loin de donner la finesse du noir d’ivoire, qui, en outre, n’oblige pas le malheureux peintre à chercher midi à quatorze heures.
Avec une palette restreinte, les peintres anciens faisaient aussi bien qu’aujourd’hui — il faut être poli pour ses contemporains — et, à coup sûr, plus solide.
La Revue (15 septembre 1915).
E. Dinet (né en 1861).
Il est généralement admis que la mauvaise conservation des œuvres modernes est due à la mauvaise qualité des couleurs modernes. « Ah ! les admirables couleurs des primitifs ! Ah ! leurs secrets merveilleux ! Qui donc nous les rendra ! » ont-ils coutume de s'écrier.
Eh bien, il faudra que les artistes se résignent à faire leur « mea culpa » ; en effet, ils ont à leur disposition, s'ils savent les choisir, des couleurs mille fois plus brillantes et plus solides que celles dont disposaient les anciens. Seules les méthodes défectueuses, dues à ce que l'étude technique des couleurs fut négligée depuis le jour où l'artiste trouva les produits dont il avait besoin tout préparés chez un marchand, sont responsables de tout le mal.
Cité par Moreau-Vauthier. La Peinture.