XX. — DEUX MENACES : L’ÉCLAIRAGE ET LE TEMPS
Deux périls menacent V œuvre du coloriste : un éclairage , qui détruise son effet , le travail du temps, qui désaccorde son harmonie. Il faut donc autant que possible , modifier sa coloration selon V emplacement auquel elle est destinée. Quant à V effet du temps tout ce que nous avons dit plus haut , au sujet des bonnes et des mauvaises couleurs, et de leurs mélanges , est destiné à donner à l'artiste le maximum de garanties. S'entourer de ces garanties est pour lui , non seulement une nécessité s'il est soucieux de sa gloire , mais c'est un devoir vis-à-vis de l'acheteur. Terminons cet ouvrage en souhaitant que les conseils que nous donnons ici permettent aux peintres de mieux s'acquitter de ce double devoir. Nous n aurons pas travaillé en vain, si la postérité nous doit la conservation d'un chef-d'œuvre.
G. Vasari (1512-1574).
Signalons la déplorable erreur que l’on commet trop souvent en assignant à une peinture ou à une sculpture un emplacement autre que celui en vue duquel l’artiste a exécuté son travail.
Vie des Peintres (Trad. Leclanché).
Gérard de Lairesse (I641-1711).
Il (le peintre) doit commencer, avant tout, par remarquer dans quel endroit et à quelle hauteur le tableau qu’il va faire doit être placé, afin d’en bien disposer en conséquence l’horizon et le point de vue. Il observera aussi de quel côté touche le jour, et s’il faut que la lumière soit ouverte et forte, le tableau devant être placé près du jour ; ou si elle sera faible et vague.
à cause que l'ouvrage doit se trouver loin de la fenêtre. Il ne faut pas non plus qu’il néglige de donner aux reflets et aux ombres mêmes le degré de force qui leur convient ; car il est connu que les objets de grandeur naturelle ne font pas moins un effet fort différent, suivant la lumière à laquelle ils sont exposés, que les petits tableaux de chevalet ; ainsi qu’il est facile de s’en convaincre.
Le grand livre des Peintres.
A. Renou (1731-1806).
Mettre les tableaux ait grand jour . — La plus rigoureuse épreuve pour un tableau est le grand jour; s’il en soutient l’éclat, s’il ne perd rien pour les détails et pour l’harmonie, osez assurer qu’il est beau. Un usage qui donneroit d’excellentes leçons seroit précisément l’opposé de ce que l’on a fait. Les peintres arrangent dans leur atelier un jour calme et favorable à l’accord. Je sais qu’il est indispensable, en peignant d’après nature, que le jour parte d’une certaine hauteur et d’un certain point, parce qu’alors les objets présentent une plus grande variété de nuances dans leur couleur, par la gradation sensible de la lumière et de l’ombre. Je voudrais donc, après cette précaution nécessaire pour opérer, que l’on permît à la lumière d’assaillir le tableau sans ménagement. Telle partie! que l’on croyoit finie, à un jour économisé, appelleroit la retouche. L’onverroit, pendant le travail, ce que l’on n’apperçoit qu’ après, et quand le tableau est sorti de l’atelier, où, le soignant comme un enfant gâté, on s’est arrangé pour masquer ses defauts, et se tromper soi-même sur son compte. On raconte que Rubens retouchait ses tableaux en plein air.
lîart de Peindre, 1789.