‹ La couleur. Choix de textes précédés d'une étudeChapitre 5 sur 45 · ÉTUD · texte numérisé non relu

ÉTUD

Si

liquide transparent comme du vernis, ou qu'on les emploie en couches minces, on les rend translucides... Frottées sur des tons sombres, elles se rapprochent du bleu et deviennent plus froides. Frottées sur des tons clairs, elles se rapprochent de l’orange et deviennent plus chaudes. »

Malheureusement ces pratiques qui obtiennent des effets charmants sont dangereuses pour l’avenir de l’œuvre. Car le jour où il faudra revernir, les glacis partiront avec le vieux vernis, et la fleur de la coloration s’effacera.

Nous sommes ainsi amenés, pour terminer, à mettre encore l’artiste en garde contre deux ennemis qui guettent sa peinture et la menacent. L’un est un mauvais éclairage, une luminosité fâcheuse qui en modifient l’effet. A ce risque il n’est, la plupart du temps, aucun remède. Car le peintre ignore où ira son œuvre, en sortant de son atelier. Si toutefois il le sait, il devra tenir compte de la loi dite de Purkinge, qui peut ainsi se formuler : « Tous les tons d’un tableau vivement éclairé, reçoivent une teinte jaunâtre qui les modifie en conséquence. Si le tableau est faiblement éclairé, tous les tons sont mélangés de bleu sombre. »

Enfin il y a le plus mortel ennemi de toutes les œuvres humaines, je veux dire le temps. En admettant que les matériaux employés, vernis, huiles ou couleurs, aient été choisis assez judicieusement pour n’en pas préparer la ruine, comment l’œuvre se patinera-t-elle? Ici il y a deux écoles : les pessimistes, comme Hogarth, ou Watelet, et les optimistes, comme Dinet. « Le tableau qui sort des mains d’un bon artiste, disent les uns, est un instrument qui vient d’être parfaitement accordé. . . Cet instrument, abandonné à lui-même, se désaccorde immanquablement. » « Ne craignez rien, répond le peintre optimiste, le temps est un fin connaisseur, et, quand une matière est laide.

il l’enlaidit encore, et la détruit avec une sorte de rage, tandis qu’il embellit et affermit celles qui sont capables de lui résister longtemps. » Souhaitons que cet augure ait raison. Et souhaitons aussi qu’aux dangers inévitables que la vieillesse entraîne pour les œuvres de nos coloristes, ne vienne pas s’ajouter celui, plus redoutable encore, que leur feraient courir d’ignorants restaurateurs. Car en nous laissant leurs chefs-d’œuvre, ce sont les plus pures de leurs joies que les grands coloristes nous lèguent ; grâce à eux, la sensibilité des générations disparues livre son secret le plus intime aux générations nouvelles, et c’est un peu l’âme de ces grands hommes qui se fait vivante à nos yeux. La couleur, pure lumière, est, en somme, ce qu’il y a dans ce monde de plus propre à nous en faire oublier les laideurs, à ennoblir la matière misérable, à nous ouvrir des horizons magnifiques où toute misère se perd dans un rayonnement de joie infinie.

Henri Guerlin.

Planche II.

VÉRONÈSE. — Rencontre d’Esther et d’Assuérus.

( Venise, église de San Sebastiano.)

L’école vénitienne est par excellence celle des grands coloristes. Véronèse a hérité de Giorgione et de Titien ces qualités de somptuosité, de magnificence joyeuse qui en sont les caractéristiques. Ses compositions radieuses sont une fête des yeux, comme l’était la vie de Venise au temps de la Renaissance.

Guerliii. — La Couleur.

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