‹ La coulure du raisin: ses causes et effets, moyens de l'empêcherChapitre 10 sur 17 · Domaine de Farel à M · texte numérisé non relu

Domaine de Farel à M

Blouquier

2 Le 2 1 avril, lorsque VÀramon montrait ses radicelles dans le sol naturel du champ d'expériences, la température dans ce milieu atteignait 14o,8; le 28 mai, lorsque VHerbemont commença à émettre les mêmes organes dans la même terre, la température de cette dernière s'élevait à 19^,6, soit une différence de près de 5o

des différences de température signalées entre les divers sols, j'ai cru devoir les contrôler par d'autres expériences.

Il importait^ en premier lieu, de constater exactement, et pendant un temps suffisant, la température de milieux où ÏMerbe- ' Twon^ se comporte de manières diverses, et ensuite de s'assurer si, en élevant artificiellement la température d'un sol où jusqu'alors la chlorose avait régné, on parviendrait à enrayer le mal. Pour atteindre ces résultats, des expériences thermométriques ont été installées de la manière suivante. En premier lieu, quatre caisses cubiques en bois de 0", 10 de côté (à l'intérieur), ouvertes par en haut et vitrées sur Tune des faces latérales, ont été remplies avec quatre espèces de terres diverses :

1® Terre du champ d'expériences, pi, n"* VII, où l'Herbemont est chlorose.

2® Terre rouge de garrigue de Gastelnau, où l'Herbecpont n'est pas chlorose.

3** Terre rouge de Saint-Georges d'Orques, pi. X du champ d'expériences, où l'Herbemont n'est pas chlorose,

4** Terre grise de la vigne du Nord à l'Ecole d'Agriculture, où l'Herbemont n'est pas chlorose.

Ces terres, une fois dans les caisses, ont été saturées d'eau que l'on a ensuite laissé égoutter afin de les amener à un degré de tassement analogue|; puis, dans chacune d'elles, un thermomètre a été placé de manière à ce que sa boule occupe le centre de gravité du cube. Les diverses caisses ainsi disposées ont été exposées chaque jour à l'action du soleil, la face en verre tournée à l'exposition du midi, et, chaque jour, la température marquée par le thermomètre a été relevée à 5 heures du soir, heure qui a été reconnue comme donnant dans ce cas à peu près la température maxima.

Les observations ont duré du 19 juillet au 20 août ; en faisant pour chaque nature de terre la somme des températures consta* tées, on a obtenu les chiffres suivants :

!• Terre du champ d'expériences. . . v It46*,2

2* Terre rouge de Oastelnau 1230',3

3" Terre rouge de Saint-Georges 1234'',1

4* Terre grise de la Yigne 1222**,6

ce qui accuse, entre la terre du chaaip d*éludes où THerbemoDt est chlorose et celle qui s'échauffe le moÎDs parmi celles où ce cépage est sain, une différence de température de 76®, 4 en 29 jours, soit, en moyenne, de 2®, 6 par jour.

Un autre lot de terre blanche du Terrai, où THerbemont est chlorose, n'a pu être mis en expérience que le 14 août; si Ton compare la somme de température obtenue depuis cette époque à celle de la période correspondante pour les autres terr^3S, on se trouve en présence des résultats suivants :

1* Terre du cfaamp d'expériences 261*0

2<» Terre rouge de Oastelnau 276^0

3<» Terre rouge de Saint-Georges 270ol

4® Terre grise de la vigne du Nord. • 274*2

5' Terre blanche du Terrai 250«9

soit une différence de 19*^,1 en sept jours, ou 2®, 7, avec ie sol le moins chaud où VHerbemont réussit.

Ces constatations .confirment évidemment nos dires précédents, mais on peut objecter qu'elles ne sont pas faites dans les conditions mêmes où végète la vigne : en plein champ, la température que pourrait acquérir un sol donné, s'il était placé dans un milieu théoriquement constitué, peut être modifiée par diverses circonstances, telles que l'exposition, la situation, la nature, la profondeur et Tinclinaison du sous-sol, les infiltrations, «te... Nous avons doQC pensé quMl importait d'étudier les températures des terres dansleslieux mêmes ett Tépoque où se produisent les phénomènes de végétation qui njus préoccupent ; il était enfin intéressant de voir si ou pourrait parvenir, en élovant .artificiellement la température d'un sol portant des HerbemorUs chloroses et sans modifier autrement ses propriétés naturelles^ à y faire disparaître la maladie.

Pour altoindre ce but, les expériences suivantes ont été installées dans la planche YII du champ d'expériences, qui est plantée en Herbemont habituellement chlorose et dans la planche X du même champ, dont le sol a été entièrement remplacé par de la terre rouge de Saint-Georges et oiiV Herbemont est àl'état de santé. On a pris sur la planche VII trois carrés de SO"* de superficie ; dans le premier, le sol a été conservé sans modification ; dans un second, le sel primitif a été remplacé par de la terre blanche du domaine du Terrai, à M. Bouscaren, où YHerbemont soufire de la chkM'ose ; enfin un troisième a été recouvert de 0™,06 de débris de coke lavés àTacide chlorhydrique, de manière ^ les débarrasser de toutes les matières solubles qu'ils pouvaient renfermer. Au milieu de chaque carré delà planche YII et dans la planche X, a été installé un thermomètre, système Grova, pour recueillir les températures souterraines à 0'°,25 de profondeur.

Dès le 21 avril, des différences ont commencé à se montrer dans la végétation des divers carrés. Les vignes du carré recouvert de coke * et celles de la planche de terre rouge de Saint- Georges étaient vertes et vigoureuses, tandis que la chlorose commençait à se manifester dans celles situées dans le sol pri* mitiif ou dans la terre blanche du Terrai. Ces différences n'ont fait que s'accentuer dans le même sens jusqu'au 31 mai, après quoi une légère amélioration s'est produite dans l'état despai> ties €hlorosée3, qui sont restées néanmoins toujours très inférieures aux autres.

Parallèlement aux observations sur la végétation , on en poursuivait d'autres sur la température du sol de chaque parcelle, an moyen des thermomètres mentionnés précédemment. La température était relevée chaque soir à 5 heures, moment qui paraît correspondre à peu près au maœimum dans ces conditions. £n faisant la somme des températures ainsi recueillies, ou a obtenu les nombres suivants :

'^ Les vignes du H:arré recoufert de coke se sdin toBjdars moatrôes les pltis vertes.

Sol primitif du champ d'expériences (du ISavril au 15 septembre) . 3558%2 Sol primitif du champ d'expérieuces recouvert de coke (du 13 avril au 11 septembre) 3813°,0

Sol primitif du champ d^expériences (du 23 avrilau 15 septemhte). 3404*.0 Sol primitif du champ d'expériences recoaverl de coke (du 23

avril au 15 septembre) 3652**,9

Terre blanche du Terrai (du 23 avril au 15 septembre) 3264<»,6

Sol primitif du champ d'expériences (du 2 mai au 15 septembre). 3268<»,9 Sol primitif du champ d'expériences recouvert de coke (du 2 mai

aifi 15 septembre) 3513°,5

Terre blanche du Terrai (du 2 mai au 15 septembre)

Terre rouge de Saint-Georges (du 2 mai au 15 septembre) 3325«,6

Les résultats de ces expériences conârmoat, ainsi qu'on peut aisément s'en rendre compte, les vues précédemment énoncées et il nous semble possible d'en tirer les conclusions suivantes :

lo Dans les terres où THerbemont n'est pas atteint par la chlorose la température est sensiblement plus élevée au printemps et en été que dans celles où il souffre de cette maladie ;

2^ Il peut suffire de communiquer au sol une température plus élevée de quelques degrés que celle qui lui est habituelle au printemps pour permettre à ce cépage d'échapper à la chlorose ;

3^ Une matière de couleur foncée et sans action chimique peut jouer un rôle analogue à celui du fer peroxyde auquel certains sols doivent leur aspect rouge, ce qui semble indiquer que ce dernier élément agit surtout par la coloration qu'il leur communique.

En résumé, de ce qui précède on peut, ce nous semble, conclure que dans les cas analogues à ceux où ont été faites les observations que nous venons de rapporter, la première chlorose de THerbemont provient de la discordance qui existe, dans les terres froides, entre l'époque du développement des rameaux de ce cépage et celle où il est pourvu du nombre de radicelles nécessaire pour une absorption active.

Il est vraisemblable que ce sont les mêmes causes qui agissent souvent sur d'autres plants d'une adaptation difficile dans le Midi, tels que le Norton's Virginia, THermann, Tlves Seedling, le Concord, etc.. C'est du reste ce que nous nous proposons de vérifier prochainement.

Quant à la seconde chlorose, qui se manifeste en juillet et août, elle parait due à un arrêt du développement des jeunes racines et peut-être même à la destruction d'une partie des radicelles situées dans les couches supérieures des sols qui perdent beaucoup d'eau en été. Une étude suivie des terres où cette maladie est commune nous a du moins révélé, comme caractère commun entre elles, une grande propension à se dessécher pendant cette saison, tandis que celles où V Herbemont garde le mieux sa verdeur conservent au contraire des proportions d'eau relativement plus considérables. Les dosages d'humidité suivants, recueillis au mois de septembre dernier, démontrent d'une manière évidente ces propriétés respectives :

Sol naturel du champ d'études. . 9,82 p. •/• ) où l'Herbemont

Terre blanche du Terrai 5,00 — ) ne réussit pas.

Terre rouge de Saint-Georges.. . 11,94 — ) où l'Herbemont

Terre de la vigne du Nord 11,96 — ) réussit.

Si Ton rapproche ces indications de quelques-unes de celles qui ont été données précédemment (pag. 144), on pourra s'étonner devoir parmi celles qui conservent le mieux leur humidité, quelques terres que nous avons signalées comme caillouteuses, et qui sont généralement regardées comme sèches; n^ais si l'on examine les choses de plus près, on ne tarde pas à reconnaître que les sols de cette nature sont souvent moins secs qu'on ne le croit d'ordinaire\ En effet, si les cailloux d'un certain volume facilitent

1 Un mètre cube de terre caillouteuse considéré dans son ensemble renfermera évidemment moins d'eau que le môme volume de terre franche, par exemple ; mais si Ton sépare la terre renfermée entre les cailloux, cette dernière contiendra plus d'eau que la terre franche, si les conditions du milieu où on les a recueillies sont d'ailleurs identiques. Or c'est dans la terre et non dans les cailloux qu'habilent les racines et qu'elles doivent rencontrer Thumidité nécessaire à la plante.

régoattoment des eaax reofermées en excè$ daos la ooqche arable, ils s'opposent d'autre part au de$sôcbeaieat par évaporatioxi delà terre mteroalée eptr^ eux.

En somme, on peut conclure de Tensemblede ee qui précède, que:

V VHefbemont est exposé à deux chloroses : celle du printemps, qui résulterait de riosuffîsance de la température du sol dans oette saison^ et celle d'été, qui proviendrait du dessèchement trop considérable du terrain pendant les grandes chaleurs ;

2o Les sols qui conviendraient le mieux à l'^er&^mon^ seraient , par suite, ceux qui s'échaufferaient le mieux au printemps et conserveraient toute l'année une quantité moyenne d'humidité ;

30 Toutes les opérations qui sont de nature à favoriser réchauffement du sol, telles que le drainage, rapplicalion des aqpende* ments diviseurs, ou celles qui en diminuent le dessèchement en été, telles que les défoncemenls profonds, les binages répétés, l'emploi des palUis ou les irrigations, peuvent contribuer dans une certaine mesure à la réussite de ce cépage.

SUR

rHlSîOlM 1)11 TRAIÎllT M

par le SULFATE de CUIVRE

Grâce aux efforts d*un grand nombre d'observateurs et d'expérimentateurs, nous connaissons aujourd'hui un agent capable de prévenir les effets désastreux du mildiou. Non seulement il est établi que les sels de cuivre, notamment le sulfate, constituent un moyen prophylactique certain du fléau, mais nous sommes en possession de plusieurs procédés pratiques de traitement. Il m*a paru intéressant de rechercher par quelles phases cette découverte a passé, et de mettre le résultat de ces recherches sous les yeux du public.

La première mention que je connaisse de l'emploi du sulfate de cuivre contre le mildiou se trouve dans un travail sur le développement et le traitement du mildiou et du rot y publié par moi, le 15 mars 1883 (0- ^^ 7 ^^^ ^" effet, quelques lignes avant la fin de l'article : « Quelques observations récentes me font espérer qu'on aurait peut-être des résultats plus satisfaisants par la pulvérisation de certaines solutions minérales, sulfate de fer ou de cuivre^ par exemple. » — Les observations récentes, auxquelles je faisais allu-

(i). Zeiischrift fût Wein — ,Obsi — und Gartenbau, fur Elsasz-Lothringen^ numéros des i«r et 15 mars 1883.

sîon, sont celles que j'avaî^ faites, ainsi que je l'ai dit ailleurs, à la fin d'octobre 1882, sur les bons effets des aspersions avec le mélange médocain.

On lit, dans un travail récent de M. P. de Lafitte (i) que, le 20 septembre 1884, M. Ricaud et M. Paulin ont publié, dans le Journal de Beaune, une note sur la constatation des bons effets que les échalas de bois blanc sulfatés récemment, au moyen d'une solution concentrée de sulfate de cuivre, avaient exercés, cette année (1884), en Bourgogne. M. Ricaud cite le fait comme signalé récemment.

Le 23 du même mois, le même journal — toujours d'après M. de Lafitte — contenait une note de M. Montoy sur le même sujet.

Enfin, toujours d'après le même auteur, M. Bidaud aurait écrit dans le même sens et dans le même journal, au courant du mois de septembre, mais à une date qui n'est pas fixée par M. de Lafitte.

Les publications originales dont il vient d'êj;re question me sont inconnues. Mais il me semble certain qu'en écrivant ce qu'on vient de lire (je n'ai fait que copier M. de Lafitte mot à mot) l'auteur dont je parle était bien renseigné. Je lis, en effet, à la page 5 (en note) du Bulletin du Comité d agriculture de V arrondissement de Beaune, octobre 1885^ ^^^ ^ ^^^ journaux de Beaune ont publié, » sur la constatation de l'efficacité des échalas sulfatés, des artî- » clés ou notes émanant de MM. Ricaud, Paulin et Montoy, dans » les numéros des 20 et 23 septembre 1884. »

Ces communications furent suivies de près par celle de M. Ad. Perrey à l'Académie des sciences. Dès le 29 de ce même mois de septembre, M. Perrey fait part à l'Académie des mêmes observations et les discute de manière à mettre l'action du sulfate de cuivre complètement hors de doute. Sa note se termine par les paroles suivantes : « Sans vouloir exagérer lès conséquences d'une observation que de nombreux témoignages viendront sans doute bientôt confirmer, nous nous bornons à faire connaître l'agent prophylactique, comptant sur l'effort commun des intéressés pour

{i\ Journal d'agriculture pratique, numéro du i»' octobre 1885, p. 479.

hâter le moment où l'application en pourra être généralisée par un procédé économique. »

Par ces derniers mots, M. Perrey semblait promettre d'étudier, par lui-même, l'action du sulfate de cuivre sur le mildiou. Il a tenu parole, ainsi qu'on le verra plus loin.

Tels sont les premiers documents qui, à ma connaissance, ont été publiés sur l'action que le sulfate de cuivre exerce sur le funeste parasite. Il est juste d'en faire honneur aux Bourguignons en gêné-» rai et au Comité de Beaune en particulier (i).

Le 3 décembre de la même année, un grand propriétaire du Médoc, M. le baron Chatry de La Fosse appelait l'attention de la Société d'agriculture de la Gironde sur les bons effets qu'exerce sur le mildiou un mélange de chaux et de sulfate de cuivre. On a l'habitude, en Médoc, de salir, avec ce mélange, les pampres et les raisins, le long des chemins, pour en éloigner les grapilleurs. Quelques semaines après, M. de La Fosse faisait part de la même remarque à ses collègues de la Société des agriculteurs de France.

La première publication de quelque étendue que j'aie faite personnellement sur l'usage du sulfate de cuivre est insérée aux Annales de la Société d'agriculture de la Gironde^ à la date du !•' avril 1885. Cette communication fut publiée dès le iw mai par le Journal d'agriculture et d'horticulture de la Gironde, Qu'il me SQÎt , permis de l'analyser rapidement, afin de montrer qu'elle constitue sur les précédentes un progrès notable.

J'y disais, en effet, comment j'avais été frappé, en octobre 1882, c'est-à-dire deux années avant M, de La Fosse, du bon effet qu'exercent sur le mildiou les aspersions cuivreuses qu'on a l'habitude de faire, en Médoc, le long des chemins, sur la vigne et le raisin, dans le but de prévenir le grapillage. J'indiquais les essais

(i) Il sera bon, sans doute, de mentionner ici une communication faite au Progrès agricole du 4 novembre 1884, par M. P. Estève, de Montpellier, sur une poudre de son invention appelée Sulfatine. Cette poudre est composée de soufre, sulfate de cuivre, sulfate de fer et sulfate de chaux. D*après son inventeur, depuis deux ans, elle se serait montrée efficace contre le mildiou. Les doses exactes des diverses substances qui composent la Sulfatine n'ont pas été données par M. Estève qui exploite sa découverte.

auxquels je m^étais livré, soit seul et dans mon jardin, soit avec Faide de M. David, régisseur du château Dauzac (Médoc), en grande culture, sur ^efficacité de divers sels de fer et de cuivre y pendant les années 1883 et 1884. Enfin je donnais la formule du mélange qui semblait, d'après ces deux années de recherches, devoir le mieux réussir, et des indications précises sur Fépoque à laquelle le traitement doit être appliqué. J^ajouterai que Texplication même de l'action du traitement se trouve en germe dans ce document (i).

On sait ce qui est arrivé depuis. A la suite de cette communication, plusieurs grands propriétaires du Médoc ne craignirent pas de traiter, par le procédé que j'avais étudié et proposé le premier, des surfaces considérables de vignobles. Le résultat fut d'autant plus remarquable que mes indications avaient été suivies plus fidèlement dans ces divers traitements : nulle part ailleurs aussi complet que

(i) Je citerai textuellement quelques passages.

« Voici comment on peut préparer le mélange préservateur : — Dans loo litres d'eau quelconque (de' puits, de pluie ou de rivière) on fait dissoudre 8 kilos de sulfate de cuivre du commerce. D'un autre côté, on fait, avec 30 litres d'eau et 15 kilos de chaux grasse, en pierres, un lait de chaux qu'on mélange à la solution de sulfate de cuivre. Il se forme un dépôt bleuâtre. L'ouvrier verse, en l'agitant, une partie du mélange dans un seau ou dans un arrosoir, qu'il prend dans la main gauche ; tandis que, de la droite, à l'aide d'un petit balai, il asperge les feuilles avec la bouillie préservatrice, tout en prens^nt des précautions pour ne pas atteindre les raisins. •

i> Je ferai remarquer que le traitement doit être préventif ; qu'il ne s'agit, en aucune façon, de détruire le Peronospora, mais simplement d'empêcher ses germes de pénétrer dans l'intérieur de la feuille. Or, le mildiou n'apparait guère, dans les vignobles, avant le milieu de juin. Jusque-là, les propriétaires peuvent consacrer leurs loisirs au traitement des autres fléaux de la vigne. Mais, à partir de ce moment, pendant les mois de juillet et d'août surtout, que leur attention soit constamment enjéveil, afin qu'à la première constatation du parasite, immédiatement, dans les vingt-quatre heures, le préservatif soit appliqué, au moins comme essai, pour une première fois. Aucun accident n'est à redouter, même à l'extrémité des pousses et sur les bourgeons les plus tendres. Cela vient de ce que tout le sulfate de cuivre est décomposé par l'action du lait de chaux et passe à l'état d'hydrade d'oxyde de cuivre, qui, vraisemblablement, ne se dissout que très lentement et en quantités infinitésimales dans l'eau déposée à la surface des feuilles par la pluie, le brouillard et la rosée. »

dans les propriétés de M. Johnston, à Dauzac et Beaucaillou, où le traitement avait été dirigé par M. David, qui, depuis deux années, l'expérimentait sur une petite échelle. La surface traitée chez M. Johnston seul dépasse vingt-cinq hectares.

Je dois ajouter, pour être complet, un fait encore inédit. Ayant été consulté, dans les premiers jour d'août, par un de mes correspondants italiens, M. Giuseppe Rebora, de Novi (Ligurie), je lui indiquai le traitement en question. Il l'appliqua, dès le milieu d'août, à dix hectares de vignes. Quelques voisins l'imitèrent. Parmi les personnes à qui il communiqua ce procédé de traitement, se trouve M. le marquis G. Pinelli Gentile, au château de Tagliolo, qui traita quatre-vingts hectares de vignes. Partout le résultat a été complètement satisfaisant.

J'ai rendu compte de ces faits, sauf du dernier, dans ma communication du 5 octobre à l'Institut, laquelle se trouve reproduite dans le numéro du 8 octobre de ce journal. Dans deux notes plus récentes, en collaboration avec M. Gayon (i), j'ai démontré l'inocuité des vins produits par les vignes traitées, et j'ai donné l'explication de l'action du traitement, de manière à en rendre compte d'une façon à peu près complète.

Cependant, M. Perrey, qui, le 29 septembre 1884, avait signalé les bons effets des échalas sulfatés sur le mildiou, essayait une solution de sulfate de cuivre, en Bourgogne. Il a communiqué à l'Académie des renseignements circonstanciés sur la pactie technique du traitement et sur ses bons effets, dans la séance du 5 octobre dernier, le jour même où je publiais le résultat des traitements faits, sous mon inspiration, à Dauzac. — La solution, à 5 0/0, a été appliquée à l'aide d'un pulvérisateur à main. La surface totale des quatre parcelles traitées, quoique un peu moindre qu'un hectare et demi, est parfaitement suffisante pour juger de la valeur absolue du procédé. Il sera nécessaire, sans doute, de le comparer attentivement, à tous les points de vue, à celui que j'ai proposé, pour déterminer la valeur relative de l'un et de l'autre.

Enfin, le 2 de ce mois de novembre. M, Miintz, professeur à

(i) Voir les numéros des 12 et 19 novembre du ^^tfrna/ d^ agriculture pratique.

l'Institut agronomique, a communiqué à TAcadémie des sciences les résultats d'expériences faites, dans le Sud-Ouest, par la même méthode, c'est-à-dire par pulvérisation d'une solution de sulfate de cuivre à lo o/o. Dans ce cas, encore, le traitement a été suivi de bons résultats.

Cependant, d'autres faits antérieurs à quelques-uns de ceux dont je viens de parler, et d'un ordre différent, viennent s'y ajouter pour les corroborer ou même les compléter.

Au cours de cette dernière année 1885, M. P. de Lafitte, à qui les observations faites en Bourgogne, l'année précédente, sur l'efficacité des échalas sulfatés, étaient connues, instituait, à Agen, des expériences méthodiques pour éclaircir ce fait encore contesté par beaucoup de personnes, dans le Sud-Ouest. Le 22 septembre, il écrivait au Ministre de l'agriculture pour lui faire part des résultats remarquables que ces expériences avaient donnés (1). Elles démontrent, en effet, aussi nettement qu'on peut le désirer, l'influence favorable des échalas et des liens sulfatés sur le mildiou.

D'autres personnes, en Bourgogne, ont fait, cette année (1885), des observations et des expériences qui confirment tous ces faits. Ainsi, MM. Magnien (2), professeur départemental d'agriculture de la Côte-d'Or; Montoy, vice-président du comité d'agriculture de Beaune, et plusieurs autres dont on lira les noms dans le rapport de M. Montoy (3). Un des faits les plus intéressants, constatés par les Bourguignons, est l'efficacité du sulfatage des liens de paille dont on se sert dans le pays pour accoler la vigne aux échalas, ou d'une petite poignée de paille sulfatée que l'on attache avec les pampres à la partie supérieure des échalas (4).

On trouve encore, dans le Bulletin dont je parle, l'indication d'une expérience faite par M. Bouchard, président de la Chambre

(i) Ce rapport est reproduit, quant au fond, dans le numéro du i^^' octobre du yournal d'agriculture pratique.

(2) Voir Journal de l'agriculture, numéro du 31 octobre, p. 712.

(3) Bulletin du Comité d'agriculture de V arrondissement de Beaune, octobre 1885, p. 4 à 10.

(4) Ihid,

de commerce de Beaune, qui confirme et étend les conclusions de MM. Perrey et Miintz sur l'action du sulfate de cuivre en dissolution dans l'eau. Une solution à 3 00/00, appliquée à l'aide du pulvérisateur Riley, fut suivie de très bons résultats.

Mais le fait le plus important, contenu dans le document dont je parle, est la constatation de l'efficacité d'une poudre, à base de sulfate de cuivre et chaux fabriquée par un vigneron du hameau de Gigny, Louis Podechard.

Cette poudre est composée essentiellement comme le mélange que j'ai proposé. Il peut se faire qu'elle constitue une variété utile ou même un perfectiojinement de ce dernier. Il sera bon assurément de la comparer méthodiquement, soit à celui-ci, soit au traitement par pulvérisation proposé par M. Perrey, car rien ne prouve qu'un procédé qui donne de bons résultats en Bourgogne soit suffisant pour le Sud-Ouest, et réciproquement.

Il me reste à signaler un travail récent de M. B. Chauzit, professeur d'agriculture du Gard, qui, dans diverses sortes d'expériences avec le sulfate de cuivre, dit n'avoir obtenu que des résultats sensiblement nuls.

Cette revue rapide suffirait, je crois, à faire apprécier la part de chacun dans la grande victoire qui vient d'être remportée sur le mildiou, si je n'avais passé légèrement, à dessein, et pour ne pas retarder mon exposition, sur des faits importants. J'y reviens en terminant.

J'ai avancé, le i®^' octobre dernier, dans le Journal d^ agriculture et d! horticulture de la Gironde, en conviant le public à aller s'assurer des bons résultats du traitement, à Dauzac « que, le premier, j'avais conçu, expérimenté et proposé ce traitement à la pratique ». Quand je dis ce traitement, ]q veux dire un traitement par le cuivre. Je désirerais démontrer, avant de poser la plume, que cette proposition n'a rien d'exagéré et qu'aujourd'hui encore elle est l'expression de la vérité.

On trouvera la preuve que le premier j'ai conçu l'idée d'un traitement par le cuivre dans une lettre que M. David m'écrivait en décembre 1884, ^t dans laquelle il me rappelait l'observation, que j'avais faite en octobre 1882, des bons effets du mélange médocain au sulfate de cuivre. « Vous aviez raison d'attribuer, il y a

deux ans, me dit-il, à l'aspersion des feuilles que Ton pratique le long des chemins, en vue de prévenir la maraude, leur bon état de conservation et leur résistance au mildiou. » Je tiens l'original de cette lettre à la disposition de toute personne qui désirerait se convaincre de la vérité de mes assertions. Elle a été communiquée à la Société d'agriculture de la Gironde et se trouve actuellement entre les mains de la Société nationale d'agriculture.

Mais une autre preuve plus décisive encore que celle dont je viens de parler, puisqu'elle repose sur un fait A.^ publicité, consiste dans la simple phrase que je citais, au début de cet article, et que j'ai publiée, ainsi qu'on l'a vu, dès le 15 mafs 1883. J'y manifestais, en effets l'opinion, fondée sur des observations récentes, que le sulfate de cuivre agirait plus efficacement sur le mildiou que tous les moyens employés jusqu'à cette époque. C'est là une simple constatation, il est vrai, mais elle n'est pas d'une autre nature, sans doute, que celle de l'action des échalas sulfatés.

Or, il me paraît, et je ne crois pas faire erreur en ceci, que cette simple observation possède toute la valeur désirable en pareille matière, lorsqu'il est prouvé qu'elle a été suivie d'expériences assez méthodiques et nombreuses, pour qu'elles eussent dû être décisives dès 1883 ^^ 1884 si le hasard n'avait empêché d'en apprécier rigoureusement les résultats.

La preuve que ces expériences ont eu lieu, dès cette même année 1883, se trouve dans un autre document, qui, comme le précédent, a fait foi devant la Commission nommée par la Société d'agriculture. C'est une copie authentique des passages — entremêlés, dans l'original, de notes diverses — du journal d'exploitation du château Dauzac, tenu par M. E. David, régisseur de M. Johnston, qui se rapportent aux expériences qui ont été faîtes à Dauzac, sous mon inspiration, pendant ces trois dernières années. Ce document, qui n'a pas moins de sept grandes pages, contient, à leurs dates respectives, les relations de nos essais les plus importants sur l'action des sulfates de fer et de cuivre, soit à l'état pur (en pulvérisation), soit en mélange avec la chaux, sur le dosage des divers éléments de ce mélange, sur d'autres méthodes de traitement, etc. Les premières de ces expériences remontent au milieu d'août (le 18 août, autant que je me rappelle, car je

cite de mémoire) 1883. En 1884, elles furent poursuivies dans la même direction. Mais le hasard a voulu qu'en 1883, comme en 1884, Dauzac fut presque épargné par le mildiou, ce qui nous a empêchés, M. David et moi, de retirer de ces essais tous les renseignements que nous étions en droit d'en attendre ; de telle sorte que c'est en 1885 seulement, c'est-à-dire après trois années de recherches, que le succès a couronné nos efforts. Il n'y a aucun doute que si le mildiou avait sévi à Dauzac en 1883, nos essais étaient assez nombreux et méthodiques pour servir de base à un traitement tout à fait efficace. Les pertes incalculables causées par le fléau, dans ces deux dernières années, auraient été ainsi épargnées aux viticulteurs.

On m'accordera, sans doute, maintenant, le droit de dire que le premier j'ai conçu et expérimenté le traitement par le sulfate de cuivre. Il me semble impossible qu'on me refuse celui d'ajouter que le premier fai proposé ce même traitement à la pratique. Car, ainsi qu'on Ta vu, le traitement qui a donné, à Dauzac, les résultats vraiment merveilleux qu'a enregistrés M. Prillieux dans son remarquable rapport (i), ce traitement, dis-je, se trouve décrit jusqu'aux moindres détails dans ma communication à la Société d'agriculture de la Gironde du i®' avril 1885. A cette époque, c'est-à-dire au moment où j'en formulais les prescriptions, prescriptions qui ont reçu la- consécration du plus éclatant succès, tant en France qu'en Italie, personne n'avait que des données plus ou moins vagues et incomplètes sur la manière d'appliquer le cuivre au traitement du fléau.

Je revendique donc hautement l'honneur d'avoir le premier conçu le traitement par le cuivre, celui de l'avoir expérimenté le premier et de l'avoir, le premier également, proposé à la pratique. Qu'on me permette d'ajouter — car ce sont là, pour nous autres savants, nos titres et nos souvenirs les plus chers — que le premier, en 1878, en même temps que M, Planchon, j'ai constaté la présence du

(i) J'aurais beaucoup de réserves à faire sur la manière dont les faits sont présentés dans ce rapport, si M. Prillieux n'avait déclaré, lui-même, qu'il se proposait seulement de constater les résultats du traitement.

mildiou en France, et que, depuis, j'ai constamment été sur la brèche. Mes travaux en font foi (i).

MiLLARDET.

21 novembre 1885.

(i) Je saisis cette occasion pour répondre à l'objection que me fait M. Prillieux, dans l'avant-demier numéro du journal (p. 723). Il est vrai que les travaux que cite M. Prillieux sont antérieurs à mon mémoire publié dans le ZeiUchrift^ etc. Mais, dans mon article : Le mildiou dans le Sud-Ouest en 1882, inséré au numéro du 24 août 1882 du journal d'agriculture pratique ^ je donne la description la plus circonstanciée du Rot du Jacques, et, ce qu'il jr a de curieux, des mêmes ceps de Jacquez qui ont servi à M, Prillieux pour ses notes des 18 septembre et 2 octobre de la même année. Je conserve donc, comme je l'ai écrit, la priorité. — M. Prillieux n'eût pas fait cette objection, si ma citation avait été plus complète et plus précise. Sur deux notes que je pouvais citer, j'ai choisi la plus complète, celle qui offre des figures, mais qui est postérieure à l'autre de six mois. J'en exprime mes regrets à mon savant collègue de l'Institut agronomique.

(Extrait àM Journal d'agriculture pratique, numéro du 3 décembre 1885.)

9839. — Bordeaux, Vo Cadoret, impr., rue Montméjan, 17,

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