‹ La coulure du raisin: ses causes et effets, moyens de l'empêcherChapitre 3 sur 17 · DES MOYENS D'EMPÊCHER LA COULURE · texte numérisé non relu

DES MOYENS D'EMPÊCHER LA COULURE

Nous reconnaissons donc trois causes principales de la coulure accidentelle des raisins : 1** Texcès de vigueur des ceps ; 2"* une végétation chétive ; 3"* le froid et la pluie pendant la floraison.

Les causes étant connues, voici comment on les combattra préventivement :

A. — L'excès de végétation sera réprimé^ ou plutôt utilisé au profit du champ de vigne et du propriétaire par

une MÉTHODE RATIONNELLE DE CULTURE.

B. — La végétation chétive deviendra luxuriante avec

une CULTURE AMÉLIORANTE PAR LES ENGRAIS.

C. — L'influence des intempéries sera détournée par la concentration sur l'appareil floral des éléments nutritifs de la plante , au moyen des opérations suivantes :

G. I. Le pincement des rameaux fructifiants;

G. II. La suppression des vrilles ;

G. III. L'écimage de la grappe ;

G. IV. L'incision annulaire du sarment.

Nous passerons sous silence la méthode d'un viticulteur bourguignon (M. Petitjean), qui s'arme d'un bâton matelassé et frappe le pied des ceps pour terrasser la coulure.

N'est-ce pas de la même province qu'un soi-disant arboriculteur (M. Poulet) recommandait de rouer de coups de trique la tige des arbres stériles pour les amener à fruit? Quelle discordance entre ces formes brutales et la prudence discrète des gens sensés qui n'osent entrer dans leurs vignes pendant la floraison, afin de laisser s'accomplir dans le mystère le rapprochement des organes !

Abordons maintenant chacun des procédés que nous recommandons.

A. — Méthode rationnelle de culture.

Nous ne voulons pas faire ici un cours de viticulture, ni examiner quelles sont les conditions de sol, de climat, d'orientation propres à Tarbuste; nous supposons le champ de vigne en bonne venue, nous voulons le soigner de manière à en tirer la plus grande production possible sans qu'il en soit fatigué.

Si les ceps sont plantés trop profondément, — cause d'infertilité, — il conviendrait de les provigner de 0"" 20, en entourant le provin d'une pelletée de terreau indiqué au chapitre suivant, et en disposant les sujets en ligne. L'intervalle à respecter entre les plants et les lignes est calculé sur l'extension probable des ceps.

Les treilles seront étabhes en fil de fer ou en perches et tuteurs sulfatés. Le système en ligne a l'avantage sur la vigne en désordre de simplifier les frais de culture, d'amener la charrue-vigneronne au pied des ceps, d'augmenter l'aération et l'insolation des sarments et des raisins.

En supposant que la vigne pèche par excès de vigueur, nous la taillerons à long bois et la paUsserons en abaissant, en ployant ou en tordant la branche à fruit. Dans ce cas, on observera les principes suivants : taille longue, ébourgeonnement modéré, pinçage successif, suppression des gourmands, palissage rigoureux, effeuillage gradué, labours

superficSeîs, absence totale d'engrais liquide et de ïumier, privation momentanée d'amendements et d'excitants. Plus tard, la taille longue deviendra taille mixte et la branche à fruit sera raccourcie de moitié, à moins d'exceptions. On comprend que nous ne parlions pas de taille courte lorsqu'il s'agit d'une vigueur extraordinaire à dompter et à faire fructifier.

Une fois la vigne ramenée à l'état normal , elle serait soumise à une culture rationnelle. Nous en posons les jalons sous forme de calendrier ; nos observations sont basées sur une température moyenne.

Janvier. — Terrage des vignes; extraction des souches mortes ou à peu près ; réparation des chemins, des treilles ; travaux d'assainissement; préparation des sarments-bouture pour la pépinière, on les coupe avec talon et on les stratifié horizontalement dans un trou avec des lits de terre.

Février. — Provignage pour garnir les vides ; mise en place de nouveaux ceps avec de jeunes élèves d'un an, ou des rameaux-boutures que l'on entoure d'un demi-panier de terreau ; préliminaires de la taille par le retranchement des brindilles inutiles, des branches à fruit épuisées.

Préparation de la terre à pépinière par le bêchage et la fumure ; la pépinière est utile pour tenir en réserve quelques élèves en nourrice.

Mars. — Plantation ; provignage ; taille combinée au moyen de coursons et de longs bois, quand la végétation le permet, sinon, taille courte; commencer les fumures de printemps avec des engrais terreux ; remonter la terre des vignes en pente ; extirper les mauvaises herbes ; se mettre en mesure pour les nombreux travaux qui s'annoncent.

Avril. — Tailler ; planter ; provigner ; racler les mousses et lichens sur les vieilles souches ; recéper les vignes gelées, les ceps mal formés ; grefier en fente souterraine les cépages à restaurer; planter les boutures en pépinière. Paisseler les vignes dès le premier labour (pour pro-

longer la durée des échalas, on les fait tremper tout aiguisés, pendant huit jours, dans un bain de sulfate de cuivre, dosé à raison de 2 kilogr. de sulfate par hectolitre d'eau). Redresser les treilles en fil de fer par la tension à la force des bras, sans raidisseur ; sombrer la terre buttée au pied des ceps; épandre Fengrais liquide; paUsser les branches et les coursons ; incliner, courber les longs bois.

Mai. — Pailler le sol sujet à gercer ou à brûler ; palisser la branche à fruit avec arqûre, torsion, inclinaison; labourer la vigne par un beau temps ; enfouir l'herbe ou la porter au fumier; supprimer par Fébourgeonnement les jeunes pousses stériles qui naissent sur la souche, ou qui sont inutiles à la forme du cep; détruire en tout temps les insectes, les escargots, etc.; commencer le pincement et le palissage des scions fructifiants les plus avancés.

Quand la gelée menace, disposer dans le champ de vigne de petits récipients en métal, comme des boîtes à sardine, que Ton emplit d'huile lourde ; après minuit et avant Taurore, on y met le feu, alors une fumée épaisse couvre le champ et le préserve du refroidissement.

Juin. — Continuer rébourgeonnement; pincer les rameaux à 6 feuilles au-dessus de la grappe ; palisser les scions déjà grands; éviter de pincer et d'accoler les rameaux faibles; soufrer la vigne avant et après la fleur; retrancher les vrilles ; écimer la thyrse florale.

Pendant la fleuraison de la vigne, il est prudent de ne point ébourgeonner, ni paUsser, ni labourer; seul, le pincement des scions fructifiants serait admissible.

Juillet. — Biner la vigne après la fleur ; continuer le pincement; entretenir le palissage pour permettre aux agents atmosphériques d'agir favorablement sur le bois et sur le fruit ; épamprer, c'est-à-dire couper à une feuille du talon les jets anticipés nés sur le rameau herbacé , à l'exception du jet terminal de seconde pousse qui sera rogné à trois ou quatre feuilles ; extirper les jets au collet du cep.

Août. — Continuer répamprage ; rogner assez long les rameaux gardés pour la taille future , ils formeront les futurs coursons et les futures branches à fruit ; enterrer les rognures herbacées au pied des ceps ou sur le tas d'engrais; tenir la terre en état de propreté. Vers la fin du mois, détacher quelques feuilles dans les parties confuses, autour des grappes , et seulement en dessous et à leur côté nord.

Septembre. — Achever les labours, à moins de pluie ; accoler sans confusion les rameaux portant fruits, pour favoriser la coloration du raisin et empêcher la pourriture; continuer Tefifeuillement avec précaution en ménageant à titre de parasol, les feuilles qui préservent la grappe de Faction directe de la lumière ; on ne touche pas aux feuilles qui n'accompagnent pas de grappes, et Ton effeuille moins dans les situations chaudes.

Remarquer les sujets d'une mauvaise nature pour les détruire, les malades pour les soigner, les meilleurs pour les propager par bouture, greffe ou provin.

Dans certaines localités, on vendange; huit jours avant la récolte, on peut effeuiller totalement le raisin, de manière à l'exposer à l'action directe de la rosée et des rayons caloriques et lumineux.

Octobre. — Vendanger par un beau temps et à la complète maturité du raisin ; on reconnaît cet état à la vue et au goûter du fruit, à la couleur plus accentuée de la rafle, le pépin lui-même passe du vert clair au brun, et la fleur cendrée, bleuâtre, qui pruine la grume a fait place à un coloris brillant , vernissé ; il y a peut-être là le résultat d'une excrétion cireuse, mucilagineuse, ou d'une huile essentielle que la pulpe exsude au profit de la cuvaison.

Novembre. — Fumer les vignes comme nous l'indiquerons plus loin, en dégageant le collet et en couvrant les racines d'amendement préparé à l'avance; fumer avant tout les ceps malades ou fatigués. Relever la terre au pied des ceps, sans dégager les racines; dépaisseler les vignes à pied.

Décembre. — Mêmes travaux qu'en novembre et en janvier. Terrer les ceps déchaussés; remonter les terres dans les champs en déclivité ; préparer des échalas ; commencer les travaux de terrassement et de réparation w

Il ne faudrait pas croire que ces jalons soient invariables et complets ; nullement. La vigne se soumet à troj) d« méthodes de culture pour qu'il soit possible de les résumer dans un tableau unique. Si le vigneron est très satisfait de sa méthode de culture, s'il n'en connaît point de supérieure après en avoir expérimenté d'autres, il n'a qu'à rester dans cette tradition. Mais s'il est soucieux de l'avenir de la viticulture et de sa maison, nous l'engageons à expériihenier les conseils que nous venons de résumer.

Si, après cette épreuve, les accidents de coulure pefsiîstent, la faute n'en serait plus a!u système cultural, niais à la santé de la vigne ou aux intempéries. Mors les chapitres ci-après devraient être consultés.

B. — Culture améliorante par les engrais.

Une vigne fatiguée à la suite d'une production aboti^dànte ou atteinte dans ses organes par des causes maladives ^ ne reviendra à la vigueur qu'avec le concours parcimonieuat d'engrais appropriés à la nature du terrain.

Les meilleurs amendements que l'on prisse fabriquer sont des mélanges de diverses substances, capables d'amé- Uorer le sol et de ranimer la végétation; ici encore, nous invitons le cultivateur à s'inspirer de son expérience.

On prépare les composts à l'avance afin qcre leurs éléments aient le temps de s'assimiler et que le coup de fea soit passé, de telle sorte qu'il m'y ait plus à craindre de fermentation qui entraînerait la moisissure des radnës. L'engrais étant réduit à l'état de 4ert*eau, ces crsàstes dis-

paraissent. Un engrais non consumé conviendrait sous forme de couverture ou de paillis.

Employé seul, le fumier présente des inconvénients; mais stratifié de lits de bonne terre recueillie soit à la surface des champs fumés, soit dans les prés ou sous les taillis, il constitue un bon amendement. On établit des tas de 1°" 30 de haut par couches alternatives de terre et de fumier ; tous les mois, on les arrose avec de l'eau de purin ou de lessive. Six mois après, Vengrais converti en terreau est arrivé à point.

Comme il s'agit d'encourager une production hgneuse, il serait avantageux d'introduire dans les tas d'engrais, des matières fertihsantes à décomposition lente, telles que : gadoue, raclure de cour, de route, d'étable, Umon de rivière, curures de fossé, résidus de fosse d'aisance, cendres de bois, de houille et de four à chaux, suie , chiffons de laine, phosphates, herbages, gazons^ feuilles d'arbres, sarments hachés, poussières de charbon, tourteaux de graines, noir animal, résidus de distillerie, de marcs, débris d'os, râpures de corne, sels minéraux, nitrate de potasse, sulfate de fer, décombres, etc. Ces ingrédients seront croisés, mélangés , mis en tas avec la terre et le fumier, arrosés avec les eaux de ménage, les déjections animales, les rinçures de tonneau, remués, manipulés souvent, en prenant soin que les Uts de terre soient en contact direct avec le fumier. Avec Ujoe richesse semblable d'éléments végétatifs, le fumier devient une superfétation. Toutes les substances indiquées ne sont pas indispensables ; on utilise celles que l'on trouve, et l'on tâche d'apporter au sol les principes qui lui font défaut.

Par ce procédé, 20 mètres cubes de funaier de ferme se trouveront transformés en 100 mètres cubes de terreau. En lemps ordinaire, 60 mètres suffisent pour fumer un hectare de vigne tous les quatre ans, soit 15 mètres cubes par année et par hectare. Comme il s'agit de la restauration d^mxe

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vigne malade, on portera à 25 ou 30 mètres cubes la quantité d'engrais pour un hectare.

On pratique la fumure à l'automne, aussitôt la chute des feuilles, et les vendanges finies, vers le mois de novembre. On déchausse le cep avec précaution , dans la zone parcourue par les racines, et l'on répand le terreau dans le trou, de manière que les chevelus y puisent leur nourriture. Il convient de ravitailler avec prodigalité les sujets les plus souffrants.

Il vaut mieux donner moins d'engrais à la fois, et répéter l'opération plus souvent, par exemple une fois chaque année, jusqu'à guérison complète.

Le même compost est employé pour planter un champ de vigne ou le provigner; une pelletée de terreau suffit à chaque plant.

On pourrait encore donner un coup de charrue dans l'espace intercalaire des treilles et y enterrer l'amendement, mais si la vigne n'était pas souffrante en totalité, il vaudrait mieux adopter la fumure individuelle, afin de forcer l'engrais aux plants délicats, et le ménager aux plants forts. A l'égard de ceux-ci, on doit entretenir la vigueur et non l'exciter outre-mesure, au détriment du raisin et du vin.

Un de nos voisins, M. Dupont-Poulet, utilise avec succès, dans son vignoble de Montgueux, le mélange de boues de rues avec les résidus de chaux ayant servi à l'épuration des gaz d'éclairage, cette chaux carburée entre pour un cinquième dans la composition.

Dans le Livre de la Ferme et des Maisons de campagne^ par P. Joigneaux, M. Mares recommande le soufrage des fleurs contre la coulure, et M. de Vergnette-Lamotte, un composé de poudre d'os et d'urine en fumure.

L'enfouissement en vert de plantes semées exprès dans le champ de vigne, rend au sol du carbone, de la potasse, des phosphates et de l'humus , dont la vigne est gourmande.

Quand rafiTection est grave, on double TefiTet de la fumure souterraine avec un paillis extérieur en litière. Après la récolte, on enterre cette couverture au milieu des treilles, et on la renouvelle au printemps, s'il y a lieu.

Dans les terres noires, ou siliceuses, ou argileuses, on répandra à la surface du sol, des plâtras, de la craie; la marne convient aux alluvions secs et les argiles délitées rafraîchiront les terrains légers, sablonneux ou calcaires. Les labours annuels aideront à leur assimilation.

Si la vigne est ravinée par suite de la déclivité du sol, un terrage sera toujours salutaire.

Après ces apports de substances fortifiantes, de sucs nourriciers, si la vigne reprend ses forces, on modère la fumure^ puis on cesse totalement; il ne conviendrait pas de transformer la vigne débile en vigne folle, et de nuire à la qualité de son fruit. Si elle recommençait à couler, il n'y aurait plus à hésiter, elle reviendrait au rang des vignes soumises aux opérations spéciales indiquées dans cette notice contre Texubérance de végétation, ou contre Tinclémence de la température.

G. — Procédés contre les intempéries.

Nous avons dit que ces moyens étaient de quatre sortes :

Le pincement des rameaux fructifiants ;

La suppression des vrilles ;

L'écimage de la grappe ;

L'incision simple et Tincision annulaire.

Ces diverses opérations pourront être pratiquées isolément ou combinées sur le même cep. Plus le plant sera vigoureux et sujet à la coulure , plus on redoublera d'efforts en y accumulant les remèdes qui ont fait leurs preuves depuis longtemps dans des vignobles placés sous des conditions toutes différentes.

Les abris en paillassons et en toile sont coûteux et d'un maniement difficile ; leur effet incertain n'a pu encore leur donner asile dans la grande culture.

G. I. — Pincement des sdonB fiructiflants.

Le pincement, c'est-à-dire le rognage des rameaux fructifiants, équilibre la végétation du cep, et contribue à donner de la nourriture au fruit, en même temps qu'il dispose le sarment à la lignification. L'absence du pincement serait au détriment de la charpente équilibrée du plant de vigne, et contraire à la beauté du fruit, — la force absorbante des feuilles étant supérieure à celle des raisins. Par la même raison, un rognage tardif sur des rameaux vierges de mutilation antérieure produirait un mauvais effet , par suite d'une réaction violente^ et le fruit ne pourrait plus regagner ce qu'il aurait perdu.

L'opinion de plusieurs savants est que le pincement entrave la coulure, en concentrant sur les organes reproducteurs la chaleur et l'acide carbonique. Il est constant que la rupture du rameau porte-fruit suscite un arrêt momentané dans l'ascension de la sève, et le raisin noue mieux. Depuis longtemps, les cultivateurs du Médoc rognent leurs vignes basses avec une sape-faulx, comme s'ils tondaient une haie vive; ils agissent, ainsi quand vient la fleuraison, pour s'opposer à l'avortement des raisins. Dans le canton d'Astaffort (Lot-et-Garonne), M. Léo Dufour, frère de notre imprimeur, nous disait avoir reconnu l'efficacité du sabrage contre la coulure par une expérience comparative. Il a imaginé, à cet effet, un couteau-sabre, et chaque année, au moment de la fleur, il abat rapidement la sommité des rameaux accolés aux échalas; sa récolte est assurée.

La bonne saison du pinçage est pendant que les rameaux sont dans toute leur force végétative. Le premier pincement a lieu vers la fin de mai, alors que la jeune panicule florale

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