‹ La coupe de CorailChapitre 7 sur 15 · LES BAINS DE AIER · texte numérisé non relu

LES BAINS DE AIER

On va de Paris à Dieppe et à Boulogne comme on va se promener aux Tuileries, sans fatigue, sans émotion. Mais de Paris à Pornic la scène change, on traverse des routes montueuses , rocailleuses. On court des demi-périls , on s'isole de Paris

comme si Ton passait les mers les plus lointaines. Costumes, mœurs^ langage, tout prend une autre face ; l'esprit le plus blasé s'éveille et redemande à la "vie des plaisirs et des sensations nouvelles.

La petite ville de Pornic fut longtemps, comme les rochers sur lesquels elle s'appuie, sauvage, anguleuse et renfermée en elle-même, parce qu'elle était pauvre et isolée de toutes les autres villes. Mais depuis qu'elle est devenue le rendez-vous d'une foule d'étrangers, l'hospitalité et l'urbanité y ont pénétré avec l'aisance. Le luxe seul n'y est pas encore acclimaté, et c'est un bonheur ; tout y est commode, nouveau, inattendu ! On y a la jouissance ignorée ou perdue par les riches de îi'obtenir qu'après avoir désiré.

Plus de 1800 étraagcTâ peuplent pendant deux ou trois mois, Pornic et ses

enyirons. — Italien , Russe , Allemand , Anglais , on y parle toutes les langues, et d'après le calcul qui a été fait, ces étrangers versent dans Pornic, 180,000 fr., à chaque saison des bains.

La température de la mer, sur les côtes de Bretagne, donne rarement plus de quinze ou seize degrés ; à Pornic, elle varie entre quatorze et seize pendant l'été. A Dieppe et sur les côtes de la Normandie, le thermomètre ne monte guère au-dessus de treize à quatorze. La mer est donc moins froide à Pornic ! Dans les jours de chaleur, au milieu de la journée ou vers le soir, lorsque la marée roule les vagues sur cette plaine sablonneuse devenue brûlante aux rayons du soleil, on peut y trouver des zones de dix-sept et dixhuit degrés. Le sabîe tiède sur lequel se poser ': !es pieds , donne à ces bains une cha-

leur inaccoutumée. Pornic est depuis plusieurs années le rendez-vous de la noblesse, et l'archevêque de Tours n'a pas peu contribué à faire de cette petite ville oubliée, une ville à la mode.

11 s'est joué plus d'un drame sur ses côtes hérisées de rochers, il s'y est noué plus d'une passion, il s'y est brisé plus d'une vie!

Lemédecindel'établissementsait toutes ces histoires du cœur, qui dévorent la vie ou font vivre.

Car, d'amour, dit une bien vieille chanson, '< il faut vivre ou mourir. »

Georges était-il venu demanderausable des falaises de Pornic, la trace des pas de cette femme dont il avait parlé au vieux marinier? ce nom que je n'avais pu lire sur la vitre, était-il le nom de cette

femme ? — et cette coupe si miraculeusement perdue est retrouvée!....

Il y a de Tamour au fond de toutes choses, même lorsqu'on n'y croit plus.

Jules Sandeau a créé Marianna, l'hiver, à Pornic, aux pieds de ces rochers superbes, à force d'être tristes et solitaires , et ces admirables pages, ces pages arides et désolées, où l'on sent qu'une âme est morte pour avoir trop aimé , il les a écrites, souvent au bruit de la tempête, quelquefois aux rayons du soleil ; presque toujours au reflet de ses souvenirs.

L'amour est au fond de ce livre, malgré l'auteur, malgré le livre lui-même.

Allez à Pornic prendre des bains de mer, et lisez Marianna.

dO

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