PARIS
M. de Privas n'était pas à Paris lorsque j'y arrivai, j'appris qu'il était parti pour le Havre avec un de ses amis. On ignorait l'époque de son retour.
M. de Privas était un de ces hommes froids et graves qui inspirent au pre-
mier coup d'œil plus de réserve que d'abandon ; un de ces hommes avec lesquels on se lie difficilement, mais que Ton garde pour ami.
Il avait beaucoup souffert dès son enfance et dans sa première jeunesse; la vie de famille lui avait été rude et pénible; on le devinait plutôt qu'on ne le savait, car il parlait peu de lui , et ce qu'il avait d'amertume au fond du cœur se perdait dans la tendresse dévouée dont il entourait ceux qu'il aimait.
Si j''avais eu un service à demander à un homme, un de ces services dont la vie ou l'honneur dépendent, je l'aurais demandé à M. de Privas ; ma confiance en lui était égale à mon estime.
Je me sentais à l'aise avec lui, et jamais il ne nous était arrivé d'être en désaccord dans nos jugemens et nos goûts.
C'était entre nous une de ces liaisons douces et sans arrière pensée qui ne sont ni l'amitié, ni l'amour, une de ces liaisons qui ne gênent en rien et qui reposent le cœur le plus agité, l'imagination la moins raisonnable.
Je fus très contrariée de son absence.
Je désirais savoir ce qu'il pourrait m'apprendre de cet homme énigmatique, qui, pendant mon séjour à Pornic, avait si vivement excité mon intérêt et ma curiosité.
Ne pouvant voir M. de Privas, je lui écrivis, et quelque temps après, je reçus sa réponse.
La voici.