‹ La coupe de CorailChapitre 9 sur 15 · LETTRE DE M. DE PRIVAS · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. DE PRIVAS

« J'ai dépensé beaucoup d'argent « pour vous , et vous n'en avez guère « profité ; je ne suppose pas que vous ■ deveniez jamais un brillant sujet.

«■ — Vous avez donné de l'argent « pour ma nourriture , mais pouviez- « vous faire autrement , et le respect « hamain vous laissait-il libre à cet «égard? M'avez -vous jauiais donné « autre chose que de l'argent ? Ne m'*- « vez-vous pas toujours traité comme « un fardeau incommode ? . . . . C'est

• à ces tristes pensées que je dois ma

• nature sauvage

Alphousb Kabr.

Vous avez connu Georges, madame, et vous me demandez ce que je sais de lui.

Son histoire est triste comme toutes les histoires vraies. Elle ressemble pour le cadre aux romans d'autrefois ; c'est un long 61 tendu, auquel se rattachent des fils

étrangers , qui finissent sou\ ent par tout enlacer.

Il n'a pas dépendu de moi de façonner aux exigeances du roman , un manuscrit, dont le titre, La vie réelle, dit assez qu'il ne s'agit pas d'un ouvrage d'imagination.

Je ne justifie , ni n'excuse la route, sans ordre et sans haltes, que je vais parcourir. J'ai écrit ce que l'on m'a confié, ce que j'ai vu, et non ce que j'ai inventé.

Qu'importe le point de départ et d'arrivée , si la traversée a été pleine d'intérêt ? — En lisant l'histoire de Georges , vous sentirez que ce n'est pas une fiction.

Lorsque vous recevrez ce manuscrit, je serai retourné à la Martinique.

Georges est mort au monde ; il m'a promis de vous écrire du fond de la retraite qu'il s'est choisie.

J'ai pensé que vous pourriez , un jour, publier ce manuscrit. Dans ces pages dont mon ami a écrit la plus grande partie, vous trouverez de hauts enseignemens , à côté des tristesses qui ont brisé sa vie.

Cela vient de ce que la religion est toujours restée au fond de son cœur.

Elle seule peut retenir sans cesse les mains désespérées prêtes à briser le calice amer de la vie. C'est toujours à travers le voile de nos larmes, que nos regards cherchent le Ciel.

Georges était né pour comprendre et sentir ces choses; mais Georges est en proie à celte maladie de l'àme , qui s'appelle la vie, et dont meurent si jeunes tous les êtres, dont la place est marquée dans des régions plus vastes et plus éthérées ! Le reverrai-je jamais !

J'emporte , en vous quittant, madame,

pour un voyage dont j'ignore la durée > Fespoir que vous songerez à m'envoyer ce livre , s'il vient à être publié.

Il me parlera de tout ce que j'ai aimé dans ce monde; et, loin de la France , j'éprouverai la joie que Dieu laisse aux vieillards , la joie des souvenirs.

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