SCENE I
Bertrand.
Morgue! je vous dis qu'il n'est point pitoyable : je le connois mieux que vous. Perrette.
Et moi, je gage que ses larmes le débaucheront comme elles m'ont débauchée : je ne les vis pas plutôt couler que je me résolus d'abandonner mon ménage pour aller courir les champs avec elle, quoiqu'il n'y ait qu'onze mois que je sois mariée à Thibaut, le fermier de son père, qui est le meilleur homme du monde, et de la meilleure humeur. Est-ce que ton maître sera plus rébarbatif que moi?
Bertrand.
Ventredienne! vous me feriez enrager. Est-ce que je ne savons pas bian ce que je savons?
Lucinde.
Fais-moi parler à ce jeune homme que tu dis qui est son fils; je le toucherai, je m'assure, et je ne doute point qu'il ne fasse quelque chose auprès de son père en notre faveur.
Bertrand.
Eh bian! eh bian! ne v'ià-t-il pas? Palsanguoi! n'en dit bian vrai, qu'il n'y a îian de si
dur que la tête d'une femme! Ne vous ai-je pas dit, cervelle ignorante, que ce fils est le tu autcm du sujet pourquoi on reçoit ici les femmes comme un chien dans un jeu de quilles? que le père ne veut point que le fils en voie aucune? que le fils n'en connoît non plus que s'il n'y en avoit point au monde, et qu'il ne sait pas seulement comme on les appelle ? que le père, sottement, lui apprend tout cela; que le fils croit tout cela, sottement; et que... que... Que diable! ne vous ai-je pas dit tout cela?
Perrette.
Eh bian ! oui. D'où viant qu'il ne veut pas que son fils connoisse des femmes? Est-ce une si mauvaise connoissance?
Bertrand.
D'où viant... d'où viant... Eh! esprit bouché, ne vous souviant-il pas que, de fil en aiguille, je vous ai conté que le père avoit une" femme qui en savoit bian long, et que, pour empêcher que son fils n'ait comme li le même malencombre qu'il a, li comme bian d'autres, il a juré son grand juron que jamais femme ne seroit de rian à ce fils? Et voilà ce qui fait justement