FLEURS DE MAI
Belles fleurs de mai, orgueil et jeunesse de la terre, je ne vous aime plus, vous que j'ai tant aimées I Vos parfums ne m'enivrent plus; les brises qui vous caressent ne réveillent plus l'ange de ma poésie, qui reposait naguère au fond de vos riants calices. Gardez-le parmi vous, cet ange trop jeune qui ne me connaît plus î qu'il consacre avec vous, dans le secret, des nuits printanières, ces divins hyménées que je savais surprendre et chanter autrefois; initiez quelque autre enfant des hommes à vos chastes mystères. Mon esprit a perdu sa candeur ; la sainte ignorance du poète n*habite plus avec moi. Belles fleurs de mai, je ne vous aime plus, vous que j'ai tant aimées !
Jacinthe blanche au cœur vert, toi qui me parus un symbole d'espérance et de pureté, et qui me fis verser des larmes sur ma colère, je ne t'ai point oubliée 1 tu naquis et mourus pour moi seul; tu fus pour moi pius qu'une fleur, plus qu'un ami, tu fus le mystérieux langage de Dieu. Tu me parlas pendant trois nuits, et tu m'enseignas des choses que je ne savais pas. Mais tes sœurs fleurissent loin de moi. et
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je n'ai rien ù leur «hMnunder f|irellps puiH<;ent me donner; car l«» temps n'esl pluî» où j'ëialH pot'*!!*, r'esl-.'i-iliro seul (laiis la ii.ituro avec la beauté*. Je suis honuno ; l'hoinnie a besoin des autres honmies; sa vie est lic^e à celle de ses fn-res, et, si les hommes tuent son âme, c'est en vain que la nature sera féconde, c'est en vain (pu* la terre reverdira et que les fleurs seront belles. Jacinthe blanche au ceur veri, je ne t'ai point oublire; tu m'as ensci^'ii»' bien des (•hos(»s du rirl, ni:iis tu ut* m'as rien r/vrl»'- des maux de la terre.
(iyclauK'n de la Brenla, sauye du Tyrol, gentiane du n)ont r>lanc, je vous ai confié des douleurs que je n'aurais pas essayé de raconter aux hommes. J'étais seul avec mon ennui ; je ne demandais rien, je n'aspirais à rien dans la société de mes semblables; j'étais naïf, j'étais égoïste comme l'une d'entre vous. Je ne soullrais que de me sentir froissé par le vent; je n'avais d'ennemi que l'orage qui courbait ma télé, ou que la séclieresse qui flétrissait mon sein. Vous pouviez, dans ce temps-là, me comprerulro et me consoler; je ne demandais au ciel que ce qu'il vous accorde : la puissance d'exister, la faculté d'être |)ar soi-même et pour soi-même. Je n'avais d'autre besoin que celui qui vous fait éclore, vivre afm de vivre. Vos grâces éternellement jeunes, votre In^aulé éternellement ri<'he réponilaient aux a-piralions de ma jeunesse aveugle. Je pouvais reprendre confiance en Dieu, comme le fait chaque créature bornée au sentiment de sa propre existence. Fleurs du torrent, lil'ns d»;s m(>nlayne^el des j;l aciers, je ne saurai* plus vous conlier les douleurs que l'on peut raconter aux bonimes.