LES FLEURS DE MAI
Bruyère blanche, qui étales tes grappes de perles avec tant d'orgueil, d'où vient que je ne pense plus à toi en te regardant? que m'importent tes mille fleurons semés comme une neige légère sur ta palmetie llexible? est-il un seul de ces petits êtres qui s'in- ({uiète de la vie de son frère, et qui se sente issu de la même tige, nourri de la même sève, soumis à la même loi? Vous n'êtes que de vains fantômes de l'immortelle beauté, vous n'êtes que de froids emblèmes de l'impérissable harmonie, êtres charmants et stupides que la poésie adore et que l'amour ne peut invoquer. Vous ne pouvez parler à la pensée humaine que par des signes glacés et des manifestations vagues; vous n'aimez pas, vous ne sentez pas, vous ne connaissez pas. Bruyères fleuries, quand le sang des hommes vous arrose sur les champs de bataille, vous vous teignez de pourpre, et la rosée du soir lave vos souillures; mais vous ne demandez point aux cieux si c'est une pluie qu'ils épanchent pour vous purifier, ou si ce sont des larmes répandues d'en haut sur les crimes de l'humanité.
Belles fleurs de mai, orgueil et jeunesse de la terre, je ne vous aime plus, vous que j'ai tant aimées ! Vous ne savez pas ce que souffrent les hommes, et vous n'avez rien à leur enseigner pour les rendre purs et tranquilles comme vous. Vous ne savez pas que les plus nobles et les plus vivantes créatures de Dieu se haïssent et se déchirent. Vous ne savez pas qu'elles se disputent le moindre coin de cette terre où vous naissez, où vous vivez toutes libres et à l'aise sous l'œil de la Providence; vous ne croissez pas sur nos tombes pour consacrer la douleur de nos mères et pour couronner la dépouille de nos héros. Vous vous
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iiourri^Np/ «U» nos cailavres, el nos unirai II*'»» ne «^onl pour vous qu'un ««UKrais I Mais, hi'lasl l'im-viiahle main «1»' la (h'siim'e vous menare vous-mriiu*s: le l«iu|)S appro(!lie, peut-rln*. où riiuinanil»'* loul mti»*nî sera une arnu'f, où la terre tout entirre si-ra un rhainp i\v. balailU'. Alors, des hordes de spectres atlanii's rava^'eront (es jardins où vous croissez pour les délices du poëte. La charrue tranchera vos racines; la hache nivellera peul-«*lre ces buissons où vous entrelace/ vos jj;uirian(les; et il se passera quelfjiies jours avant que la lern'son^^'e à sa heautt^, avant que I hoinnie avide de pain lui redemande des roses. — (3u bien, je fais un plus doux rêve ! Sur les som~ mets nus et chauves des collines incultes, sur ces vastes landes désertes où vos humbles sœurs, les pâles asphodèles et les sombres fougères croissent au bord des tristes marécages, le trop-plein de la famille humaine, les enfants dt'shérités de la civilisation, les mendiants et les parias, troupeau du Christ, iront planter dans les terres vierges, avec le pic et la bêche, armes des conquérants pacifiques, le signe sacré d'une religion nouvelle. Là fleuriront alors, sous l'œil de Dieu et sous la main des honmies purifiés, ces dons immortels, la foi, l'amour, l'idéal. Alors nos vieilles sociétés dissoutes et dévastées par les éléments de destruction qu'elles nourrissent fièrement dans leur sein, ne paraîtront plus que connne d'affreuses solitudes, d'où s'exileront par milliers les âmes pieuses, d'où se détourneront à jamais les grâces d'en haut. Alors, vous aussi, reines orgueilleuses et délicates, roses des parterres, jacinthes sans taches, tulipes enflammées, vous irez dans la demeure des lionnnes réconciliés vous marier aux naïves fleurs de
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la solitude, et des races plus charmantes et plus parfaites naîtront de vos hyménées ! Oh! alors, riantes conquêtes de la civilisation nouvelle, symboles de la poésie ressuscitée, palmes aux mains de l'esclave affranchi, couronnes au front de la Liberté, je vous rendrai mon culte et mes soins, ô belles fleurs que j'ai tant aimées !